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Shifting character : le devoir de l'enseignant - [Apprendre en ligne]
Philosophie
Shifting character : le devoir de l’enseignant
L’expérience de l’ouverture selon Gaston Bachelard

Le « shifting character » est pour Bachelard une exigence professionnelle pour tout éducateur. Qu’entendait-il par là ?

Article mis en ligne le 1er janvier 2007
dernière modification le 26 juin 2013

Selon Bachelard, la pensée rationnelle trop droite risque l’entêtement. Elle peut conduire l’évolution à une impasse. La défaillance guette l’esprit lorsque le cerveau vieillissant perd son shifting character.

Qu’est-ce que le « shifting character » ?

Bachelard, étudiant perpétuel, lecteur nocturne assidu, a consacré toute sa vie à se former. L’aboutissement des études est pour lui une idée absurde et il considère la science comme un moyen d’apprendre sans fin. La défaillance guette l’esprit lorsque le cerveau vieillissant perd son shifting character. Bachelard a emprunté ce terme au comte Alfred Korsybski qui souhaitait - pour éviter que les idées ne s’installent dans des significations univoques - établir des concepts de carrefour. Avec eux l’esprit n’aurait plus à choisir entre le oui et le non, le tout ou rien de la logique traditionnelle.

Le non-aristotélisme tel que l’expose Korsybski, n’est rien de moins qu’une bifurcation des fonctions des centres nerveux élevés. Il s’offre à canaliser et régler la frénésie de mutation psychique que tout observateur de l’homme moderne a cent occasions de déceler. Pour Korsybski, lier des événements de pensée, c’est lier des fonctions cérébrales ; se libérer de certaines habitudes de pensée, c’est rompre le déterminisme cérébral. [1]

Une éducation à l’ouverture

Pour Bachelard, l’âge adulte est la mort de la pensée et il se demande comment sauver le cerveau de l’enfant de la « formation » que lui impose la société et particulièrement l’école.

L’enfant naît avec un cerveau inachevé et non pas, comme le postulat de l’ancienne pédagogie l’affirmait, avec un cerveau inoccupé. La société achève vraiment le cerveau de l’enfant : elle l’achève par le langage, par l’instruction, par le dressage. [2]

Il rêve d’un mode d’éducation qui constituerait le cerveau de l’enfant comme l’organisme des fonctions psychiques ouvertes, et d’une croissance intellectuelle qui multiplierait segmentations et liaisons entre les concepts. La liberté de pensée est entravée par l’éducateur « aristotélicien » :

Il faut d’abord psychanalyser les éducateurs, rompre le système de blocage psychique qui les caractérise trop souvent, leur apprendre la technique de la segmentation, en considérant leur idéal d’identification comme une obsession à guérir. [3]

Un véritable maître à penser se reconnaît à cet état d’enfance cérébrale :

Tout éducateur qui voit baisser son shifting character doit être mis à la retraite. Il est impossible d’éduquer par simple référence à un passé d’éducation. Le maître doit apprendre en enseignant, hors de son enseignement. Fût-il très instruit, sans un shifting character en exercice il ne peut donner l’expérience de l’ouverture. [4]

Comment y parvenir

Dans les leçons qu’il fit à Olivet College quelques années après la publication de son grand ouvrage [5], Korsybski revint sur le problème de l’éducation. Pour lui, la base de la santé intellectuelle et corrélativement de la santé générale, c’est l’éducation par les mathématiques et la physique, seules habilitées à poser fortement, clairement, normalement les conditions d’une éducation objective et inventive. [6]