Cine Die - mars 2017

dimanche 5 mars 2017
par  Raymond SCHOLER
popularité : 18%

L’heure du bilan est arrivé ! et vous allez enfin connaître la liste des films considérés comme les plus intéressants de l’année 2016...

Trump et Polanski
On ne sait pas ce qui nous pend au nez avec le bouffon menteur qui s’est emparé de la Maison Blanche et qui réduit tout ce qui se passe dans le monde à quelques paramètres simplistes (migrants, musulmans, commerce chinois) dont il croit maîtriser l’évolution. La seule source d’informations qu’il consulte étant Breitbart News, tout ce qui émane des vrais organes de presse est estampillé nul et non avenu. En apprenant la levée de boucliers des néo-féministes (dont la ministre française du droit des femmes) à propos du choix de Roman Polanski pour présider la cérémonie des Césars, je me rends compte que la mouvance est de ne plus lire les documents historiques, mais de ne se fier, tel Trump et consorts, qu’aux échos sur les réseaux sociaux, aux appels à la vindicte publique des charognards qui sont persuadés qu’ils sont dans leur bon droit. Il faut le répéter aux ignares (qui en fait n’en ont rien à cirer, mais qui hurlent avec les loups) : Polanski a payé, il a purgé sa peine. Loin d’avoir fui la justice, comme le répètent en boucle les crétins "pavlovisés", Polanski, en 1977, est retourné aux États-Unis pour se constituer prisonnier, entrer au pénitencier de Chino et purger la peine décidée par le juge Rittenband, après audition et accord des parties. Point barre !

Bilan de 2016
J’ai eu beaucoup de peine à isoler une quinzaine de titres que j’aimerais voir passer à la postérité comme la crème de la crème de 2016.
Les voici par ordre purement alphabétique :

1. El Abrazo de la Serpiente de Ciro Guerra
Superbe évocation de la pénétration indue de l’Amazonie par des explorateurs européens, entraînant nolens volens l’exploitation des ressources par des colonisateurs sans scrupules : le noir blanc scintille de mille reflets sur les peaux indiennes martyrisées et l’eldorado d’une panacée contre le spleen du Vieux Monde recule opiniâtrement.

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« El Abrazo de la Serpiente »

2. Elle de Paul Verhoeven
Portrait acide d’une maîtresse femme qui se joue de son violeur avec maestria tout en fantasmant sur lui à haut débit ; elle est incarnée par une Isabelle Huppert impériale qui ose sortir des enclos rigides du bon goût.
3. Evolution de Lucile Hadzihalilovic
Conte d’initiation mystérieux et énigmatique où des petits garçons sont chouchoutés par des infirmières maternelles à des fins pas très claires, mais assurément médicales, inquiétantes et donc monstrueuses, au bord d’une mer impavide. Intensément poétique et réaliste en même temps.
4. Eye in the Sky de Gavin Hood
Où l’on assiste en direct à la quadrature du cercle que doit résoudre le colonel Helen Mirren à propos de la destruction par un drone d’une cellule terroriste imbriquée dans une agglomération grouillant d’innocents, notamment des enfants.
5. The Girl with All the Gifts de Colm McCarthy
Le film le plus original de SF qu’on a vu depuis longtemps : dans une Angleterre en désolation avancée, le dernier bastion des humains retient une enfant zombie qui est tout ce que ceux-ci ne sont pas : vive, intelligente, réfléchie et affectueuse. Bref, elle donne le change et pourrait être le vaccin tant attendu pour l’avenir de l’humanité.

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George Clooney dans « Hail, Caesar ! »

6. Hail, Caesar ! de Joel et Ethan Coen
Savoureux billet de la St-Valentin adressé au Hollywood des années cinquante, celui de la toute-puissance des studios, de la chasse aux sorcières maccarthyste et de l’hypocrisie morale ambiante, avec des portraits à clef à la pelle.
7. The Hateful Eight de Quentin Tarantino
Un chasseur de primes blanc fait cause commune avec un collègue noir et un shérif sudiste pour élucider la disparition des propriétaires et du personnel d’une mercerie-relais (Chez Minnie) sur une piste enneigée au milieu de nulle part. Ce qui débute avec une diligence et ses occupants lors d’un blizzard à décorner un bœuf, se transforme très vite en un huis-clos passionnant de tirage de vers du nez, probablement le seul dans l’histoire du cinéma à être filmé en 70 mm avec un rapport largeur:hauteur de 2,76:1.

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Kurt Russell et Jennifer Jason Leigh dans « The Hateful Eight »

8. Hell or High Water de David Mackenzie
Un péquenot texan, qui veut léguer quelque chose de solide à sa femme et à ses fils, monte à l’aide de son repris de justice de frère une suite de braquages censés lui fournir les fonds (dûment blanchis dans un casino) pour racheter l’hypothèque de la maison familiale à la banque qui a tiré profit de la crise de 2008 pour s’en emparer. Comme le duo ne s’attaque qu’aux filiales d’une seule banque, un shérif futé a vite deviné la combine. Un film de genre jouissif, mais aussi âpre et réaliste, au service de la justice sociale.

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« Hell or High Water »

9. Mademoiselle de Chan-wook Park
Jeu de dupes érotique d’inspiration sadienne, le nouveau film de Park se déroule dans les années 1930, sous l’occupation japonaise de la Corée. Sookee, une jeune femme d’extraction modeste, est choisie pour devenir la femme de chambre d’une Japonaise de noble famille, Hideko. Celle-ci est soigneusement tenue à l’écart du monde dans un vaste manoir, sous la coupe d’un oncle autoritaire et bibliophile, en fait un parvenu érotomane qui vise à accaparer son héritage. Mais la nouvelle venue fait elle-même partie d’une bande de trafiquants (dirigée par un faux comte venu dispenser à Hideko des cours de peinture) qui convoite précisément la même fortune. L’attirance imprévue entre Sookee et Hideko, s’interposera entre les convoitants et leur proie et battra en brèche le désir des mâles. D’une sensualité envoûtante.
10. Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children de Tim Burton
L’internat de Miss Peregrine, qui n’est pas moins extraordinaire que les enfants hors du commun qu’elle héberge (puisqu’elle a le pouvoir de se transformer en faucon pèlerin), vit dans une boucle temporelle qui oblige les occupants à revivre chaque jour le 13 septembre 1943, lorsqu’un raid aérien de la Luftwaffe s’apprête à détruire la belle bâtisse. Un désagrément mineur pour les Particuliers, car ils sont de cette façon à l’abri des Sépulcreux, sortes d’âmes damnées qui se nourrissent des yeux de Particuliers pour redevenir humains. Voilà les conditions de départ et maintenant il ne vous reste plus qu’à visiter l’internat et faire la connaissance de ces enfants tous plus faramineux les uns que les autres. Émerveillements à gogo.

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Asa Butterfield dans « Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children »

11. A Quiet Passion de Terence Davies
Rien de moins que la vie complète de la poétesse Emily Dickinson relatée avec le même soin du détail pertinent et juste que Davies a appliqué aux existences des membres de sa famille dans des films comme Distant Voices, Still Lives (1988) et The Long Day Closes (1992).
12. Sully de Clint Eastwood
Le spectateur est au courant de ce qui se passera : tout le monde sortira indemne de l’ amerrissage forcé d’un Airbus sur le Hudson. Eastwood recrée l’accident par la bande, mais s’attache surtout à montrer de façon exemplaire la calme détermination de ce pilote ordinaire qui doit défendre sa conduite devant une commission d’enquête qui mettra en doute ses compétences professionnelles. Alors que lui a fait son boulot au mieux. Comme Eastwood fait le sien, encore une fois à merveille.

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« La Tortue rouge »

13. La Tortue Rouge de Michael Dudok de Wit
Un marin, naufragé sur une île, subit les taquineries d’une tortue géante chaque fois qu’il essaie de prendre le large sur un radeau. Un jour, l’homme la blesse, puis, pris de remords, la soigne. Et voilà qu’elle se métamorphose en femme. Le couple s’aime et conçoit un fils. Le fils grandit et prend congé de ses parents. Le temps passe. Lorsque l’homme meurt, la femme retourne à la mer sous sa première forme, car les tortues vivent bien plus longtemps que les humains. Sans paroles, seules opèrent la magie du dessin et celle des sons naturels.
14. Vor der Morgenröte de Maria Schrader
Magistrale évocation des derniers mois d’exil de Stefan Zweig et de son épouse avant leur suicide. La détresse grandissante se lit sur les traits de plus en plus fatigués de Josef Hader, interprète prodigieux.

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Josef Hader et Aenne Schwarz dans « Vor der Morgenröte »

15. Zootopia de Byron Howard, Rich Moore
Tous les mammifères marchent sur leurs pattes arrière, causent comme vous et moi et gardent leurs tailles relatives correctes. Il n’y a pas d’humains. L’héroïne du film est une jeune lapine qui s’est mis en tête de devenir flic, un métier d’ordinaire réservé aux citoyens de taille un peu plus massive. Son meilleur ami s’avérera un renard, car, dans cette société multiraciale, les instincts meurtriers ont été définitivement éliminés par l’évolution. Tout n’est pourtant pas parfait, sinon pourquoi avoir engagé des paresseux comme guichetiers ? D’une inventivité comique soutenue, ce film a aussi les meilleurs dialogues entendus dans un film d’animation depuis belle lurette.

Des 560 longs métrages visionnés en 2016, le plus indigeste que je trouve digne de mentionner est Juste la fin du monde de Xavier Dolan, un des cinéastes les plus surévalués de la planète.
De tous les films suisses que j’ai vus, Ma Vie de Courgette de Claude Barras est certes le meilleur.

La saison cinématographique 2017 s’annonce bien : Passengers de Morten Tyldum est un fantasme devenu réalité pour un adepte de science-fiction. Pour la première fois au cinéma, on décrit de manière réaliste à quoi pourrait ressembler le transport de colons en hibernation vers un autre système solaire. Que la plupart des critiques n’ont aucune idée de ce que cela implique se voit dans le texte d’Owen Gleiberman (critique du prestigieux corporatif Variety) qui affirme que "tout sur le vaisseau est programmé pour faire de l’obstruction : aucune information ne transpire vers l’extérieur, même si votre vie en dépend." Le pauvre n’a pas compris que le passager qui veut envoyer un SOS se trouve à 19 années-lumière de la Terre : ergo, son message prendra bien 19 ans pour arriver à sa famille. C’est de la physique, pas de la malveillance ! La réalité n’a rien à voir avec Star Wars et compagnie !

Au mois prochain

Raymond Scholer


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Nouveautés du mois !

THEATRE

Genève, « Les Hauts de Hurlevent » du 25 avril au 14 mai

Cologny : « La valse du hasard », du 25 avril au 21 mai

Lausanne : « Greek », du 18 avril au 7 mai

Renens : « Le bal des voleurs », du 26 avril au 2 mai

Tournée : « 2h14 », du 20 avril au 7 mai

Tournée : « Souris, souris ! », du 27 avril au 29 avril

CINEMA

Lausanne : Cinémathèque suisse en avril

Cine Die d’avril

MUSIQUE

Genève : Carte musicale d’avril

Genève : Julien Doré, le 26 avril

Genève : Gli Angeli Genève, le 2 mai

Lausanne : Carte musicale d’avril

Lausanne : Concert de gala de La Camerata de Lausanne, le 22 avril

Neuchâtel : « Le Violon des Passions », le 23 avril

Neuchâtel + Chaux-de-Fonds : « Viva Rossini ! », les 28, 29, 30 avril

Neuchâtel : Quatuor Talich, le 18 mai

Neuchâtel : Ensemble Symphonique Neuchâtel, le 21 mai

Pully + Genève : « Le Violon des Passions », 5 et 27 avril

SPECTACLES

Ailleurs : l’affiche d’avril

Genève : spectacles d’avril

Genève : Harlem Globetrotters, le 10 mai

Lausanne : spectacles d’avril

Suisse romande : l’affiche d’avril

Zurich + Genève : « OVO » par le Cirque du Soleil, en octobre

EXPOSITIONS

Cologny : Goethe et la France, jusqu’au 23 avril

Le Sentier : « James Bond Time », jusqu’au 23 avril

Pully : « Evidences du réel », jusqu’au 30 avril

Paris : Elias Crespin, jusqu’au 6 mai

Paris : « L’esprit français », jusqu’au 21 mai

Fondation Beyeler : Claude Monet, jusqu’au 28 mai

Bruxelles : « Malta. Land of Sea », jusqu’au 28 mai

Évian : Raoul Dufy, jusqu’au 5 juin

Martigny : Hodler Monet Munch, jusqu’au 11 juin

Conegliano : Bellini et les belliniens, jusqu’au 18 juin

Paris : « Sérénissime ! », jusqu’au 25 juin

Bâle : « Arabie heureuse ? », jusqu’au 2 juillet

Paris : Camille Pissaro, jusqu’au 2 juillet

Bâle : « ¡Hola Prado ! », jusqu’au 20 août

Paris : chefs-d’œuvre du Bridgestone Museum, jusqu’au 21 août

Amsterdam : 1917. Romanov & Révolution, jusqu’au 17 sept.

Bâle : Malevich, Kandinsky & porcelaine, du 22 avril au 8 octobre

Lausanne : Chefs-d’œuvre de la collection Bührle, jusqu’au 29 octobre

FESTIVAL

Les Rencontres de Coppet, dès le 4 avril

Nyon : Visions du Réel, du 21 au 29 avril

Crissier : Blues Rules Festival, les 19 et 20 mai