Cinémathèque suisse - avril 2017

, par  Raymond SCHOLER , popularité : 12%

Avril à la Cinémathèque : suite des projections de films québécois, et de la rétrospective Ken Loach.

Les programmateurs de la Cinémathèque ne se sont pas foulés pour trouver d’autres films pour le mois d’avril. Ceux que vous avez manqués au mois de mars seront donc à nouveau à l’affiche. Le cinéma québécois aura ainsi occupé trois mois de suite avec 24 titres. Prière donc de vous référer au bulletin de l’Institution.

Eric Cantona dans « Looking for Eric »

Pour ce qui est de Ken Loach, seulement une dizaine de titres n’ont pas encore été montrés en mars. Il s’agit tout d’abord des œuvres de fiction postérieures à 2003. Ae Fond Kiss (2004) - où un musulman, DJ à Glasgow, tombe amoureux d’une enseignante irlandaise, donc catholique. Dans cette version actualisée de Romeo et Juliette, Loach évoque l’obscurantisme religieux et s’approche des corps en fusion comme "une demoiselle qui cille en rougissant" (Télérama) ; It’s a Free World (2207) - où une pauvre exploite des plus pauvres : en l’occurrence, une employée, fraîchement licenciée, d’une agence chargée d’embaucher de la main-d’oeuvre bon marché, ouvre sa propre boîte de recrutement avec sa colocataire et copie automatiquement les mécanismes méprisables de l’exploitation des plus faibles, prouvant que Loach est d’une lucidité à toute épreuve ; Looking for Eric (2009 - où Eric Cantona vole à la rescousse d’un postier de Manchester qui se trouve dans de sales draps après avoir quitté son épouse et perdu le respect de sa progéniture ; Route Irish (2010) - où un mercenaire anglais en Irak assiste à la mort de son pote Frankie sur une route maudite menant à Bagdad, et décide de demander des comptes aux coupables ;

« The angels’ share »

The Angels’ Share (2012) - où une bande de jeunes délinquants, qui se découvrent une passion pour le whisky, mettent au point un casse dans une distillerie de luxe, une des seules vraies comédies de Loach ; et Jimmy’s Hall (2014) - où, après dix ans d’exil aux États-Unis, Jimmy Gralton remet les pieds dans son Irlande natale, qu’il avait quittée en pleine guerre civile. Rouvrant le "Hall", un lieu de rencontres et de danse, il s’attire les foudres des propriétaires terriens et du clergé, mettant clairement en évidence que l’indépendance de l’occupant britannique n’a rien changé aux mécanismes d’oppression qui sont toujours opérants dans la société irlandaise.

Barry Ward et Simone Kirby dans « Jimmy’s Hall »

Les documentaires de Loach, encore absents en mars, sont tout aussi irrévérencieux. A Question of Leadership (1981) passe au crible les relations du gouvernement thatchérien avec les groupes sidérurgiques, réfrénés dans leur mobilisation par la police et les dirigeants syndicaux. Loach donne la parole aux ouvriers que les gens de télévision n’estimaient pas capables d’émettre des opinions pertinentes. The Flickering Flame (1997) parle des 500 dockers de Liverpool qui ont été renvoyés pour avoir fait preuve de solidarité envers cinq d’entre eux, licenciés abusivement. The Spirit of ’45 (2013) retrace 30 ans d’histoire britannique, de la victoire du parti travailliste sous Clement Attlee en 1945 (avec tout ce que cette victoire introduit dans la vie du citoyen, la création de la NHS et la mise en oeuvre de la doctrine Beveridge de sécurité sociale), jusqu’au démantèlement progressif de cet Etat-Providence sous Margaret Thatcher. Versus : The Life and Films of Ken Loach (2016) de Louise Osmond rend un hommage affectueux à ce cinéaste militant "qui n’a jamais cessé de crier la détresse des petites gens" (Bulletin de la Cinémathèque).

Raymond Scholer