Deauville : Artistes en Normandie

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L’exposition Artistes en Normandie porte un regard à 360° sur les représentations de la Normandie, tant en peinture qu’en photographie, de 1830 à nos jours.

Pierre Bonnard, « Le Bassin de yachts à Deauville », 1910
Collection Peindre en Normandie © Région Normandie / Inventaire général / Patrick Merret

Cette exposition met à l’honneur l’Artiste : son regard bienveillant, incisif, ému et vivant face aux paysages maritimes et ruraux de Normandie. Près de deux siècles de chefs-d’œuvre issus de la Collection du Musée des Franciscaines et de la “Collection Peindre” en Normandie sont pour la première fois réunies, rassemblant notamment Delacroix, Monet, Daubigny, Renoir, Vuillard, Bonnard, Vlaminck, Dufy, Malet, Hambourg, Doisneau, Massimo Vitali...

L’artiste au quotidien, 1830-1930
En ce début du XIXe siècle, être artiste n’est plus un métier. La vocation individuelle prend le pas sur le corporatisme, la révolution artistique des mœurs implique une nouvelle vision du Vrai, du Beau, de l’Académique. La liberté de création artistique se développe alors que les collectionneurs se tournent vers un passé nostalgique et des chefs-d’œuvre d’un autre temps, mais se creuse peu à peu le fossé entre les fidèles de l’académisme et les innovants. Un vent de sujets nouveaux souffle sur la peinture, une indépendance frémit puis s’impose.

Jean-Baptiste Camille Corot « Une plage en Normandie », 1872-1874
Collection Peindre en Normandie © Région Normandie / Inventaire général / Patrick Merret

Eugène Delacroix (1798-1863) balaie les codes d’un revers de pinceau. Les artistes osent l’audace, l’allégorie de l’actualité, le rêve, le fantastique, mêlant les techniques, s’essayant à la gravure, à l’aquarelle et la gouache. Et soudain, le vent se transforme en tempête : Joseph Mallord William Turner (1775-1851) et John Constable (1776-1837) composent et sculptent la lumière, imposent une mise en scène de la composition héritière de Nicolas Poussin (1594-1665), où le Dieu caché se révèle dans la nature. Nous assistons donc au passage du Siècle des Lumières, au siècle de la lumière. Les regards se tournent vers ce qui n’était que synonyme de pittoresque et romantisme : le Paysage.

Focus sur... Delacroix, Courbet & Dufy
1834, Eugène Delacroix est en Normandie. Il réalise à 29 ans une petite aquarelle qui devient une œuvre prémonitoire du siècle à venir. Le format, le sujet, la lumière sont transcendés. L’équilibre de la composition se manifeste par une simplicité formelle. L’artiste ne crée pas pour flatter le Goût du public mais pour vivre son individualité.

Eugène Delacroix « Falaises à Dieppe », 1834
Collection Peindre en Normandie © Région Normandie / Inventaire général / Patrick Merret

La nature, la force des éléments deviennent au cours de la seconde moitié du XIXe siècle sources de vie pour nourrir le génie créatif. Les artistes de cette génération s’imprègnent de Delacroix puis s’en éloignent. Ils ne veulent pas copier le réel, mais trouver la liberté de l’interpréter. C’est le cas de Gustave Courbet (1819-1877), artiste moderne indépendant, développant le « Réalisme », gênant Delacroix. Il invente un rapport nouveau au territoire, pesant chaque détail de l’iconographie florale, fidèle aux Maîtres flamands et nordiques de la Renaissance. Autodidacte imprégné de la peinture contemporaine du musée du Luxembourg et du Louvre, il n’a que pour seul maître la Nature.

Gustave Courbet, « Le plage à Trouville », 1865
Collection Peindre en Normandie © Région Normandie / Inventaire général / Patrick Merret

La temporalité, les teintes opaques et ténébreuses de Courbet s’éteignent en 1877, année de naissance d’un artiste qui sut fusionner lumière et couleur : Raoul Dufy (1877-1953). La Révolution industrielle dont il est le témoin interroge légitimement le rôle de l’artiste et de l’artisan, la vision du geste, du manuel, de la main. La mission rassurante de l’artiste se fragilise au profit d’une liberté accentuant le fossé avec le Goût du public et la classe moyenne naissante et peu instruite. La machine, la vitesse, l’électricité changent inévitablement le regard posé sur les artistes.

Du 8 juillet au 16 septembre 2018