Entretien : Robert Fortune

 juillet 2010
par  Pierre-René SERNA
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Robert Fortune est natif d’Eyragues, à cinq kilomètres de Maillane, le village que Mistral n’a quasiment jamais quitté. Quant on sait que Mireille, l’opéra de Gounod, reprend la trame imaginée par le chantre provençal, on imagine que le metteur en scène était tout désigné pour la production du prochain Festival d’Orange. Une réalisation prometteuse, dont il s’explique.

Avez-vous vu la récente production de Mireille à l’Opéra de Paris ?
Non. Peut-être n’ai-je pas été tenté, paradoxalement, n’ayant pas voulu être influencé ou au contraire m’opposer. Parce que j’avais déjà réalisé une Mireille il y a quelques années… en 1993 et 1994 à l’Opéra-Comique, à Paris, production reprise donc durant deux saisons successives. La création, elle, avait eu lieu à Avignon, en 1991 il me semble, en coproduction avec l’Opéra de Lausanne du temps de Renée Auphan, qui l’avait donnée dans la foulée. C’est donc un opéra que j’ai déjà monté et que je reprends dix-huit ans après. Pour dire que j’ai ma propre conception de l’ouvrage. Cela va être évidemment différent à Orange, mais l’optique de fond n’a pas changé. Je ne vois pas pourquoi, par exemple, on sortirait Mireille du contexte provençal.

Justement, trouvez-vous l’opéra de Gounod fidèle à la Provence et à Mistral ?
C’est Michel Carré qui a adapté le livret, d’après Mistral. Mais l’intrigue est fidèle. Et le décor provençal en est inhérent. Quant à la musique, elle ne tombe pas dans la couleur locale excessive, mais essaye de donner un climat, un esprit, qui ne trahit pas ce contexte.

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Robert Fortune

Et comment le traduisez-vous ?
Il y a huit lieux différents dans le livret. Et il est impossible d’envisager de lourds changements de décors à Orange. J’ai tâché de retrouver ce qui y manque : le ciel. Ce sera un ciel posé devant le mur antique, celui lumineux de la Provence. Pour évoquer les différents lieux de l’action, j’utilise alors des projections que j’espère évocatrices. On ne rentre donc pas dans un réalisme trop manifeste, qui risquerait de tomber dans le folklorique. Il y a ainsi un choix d’images à caractère pictural, celles des peintres et illustrateurs qui ont évoqué la Provence : Van Gogh, bien sûr, mais aussi Léo Lelée et Gustave Fayet… en jouant de ces images, comme un peu une retranscription. Mais nous éviterons les échangeurs d’autoroute... Je réserve cela pour ma troisième version, s’il y en a une. Pour dire, sans plaisanterie cette fois, que certains ouvrages ne permettent pas la transposition. Même si d’autres peuvent s’y prêter, comme avec Offenbach, où je l’ai pratiquée. Ou Pelléas éventuellement, qui est situé dans un lieu indéterminé. Mais Mireille, non !

Est-ce pour autant que les protagonistes se doivent de danser la farandole à tout bout de chant…
Ils ne le feront qu’une fois ! quand le livret le réclame, au moment de la fête d’Arles. Mais ce sera une farandole stylisée. Il en sera de même des costumes : nous n’avons pas choisi l’époque où la population portait le vêtement provençal, mais plutôt vers 1900, quand la tenue n’était de règle que pour les fêtes. Comme je suis originaire des lieux, j’ai aussi mis quelques touches locales : ces enfants qui un moment vont jouer avec des taureaux, en carton toutefois, mais avec une vraie cape rouge… Dans mon enfance, j’ai fait cela constamment, comme tous les gamins du coin. Petite allusion à la corrida, qui est une tradition enracinée en Camargue, le lieu de l’action dans l’opéra.

Les conditions du plein air imposent-elles des contraintes ?
J’ai déjà réalisé deux productions à Orange, au cours de trois éditions différentes du festival. Je connais donc les conditions. Il faut élargir le jeu. On ne peut pas jouer à Orange comme sur la scène de l’Opéra-Comique ou de l’Opéra de Lausanne. L’accent doit être mis sur les gestes amples, les mouvements de foule… Le tout structuré dans l’espace. Quant au vent, au fameux mistral – non ! pas le poète – c’est la pire chose qui puisse arriver. Car c’est incontrôlable, comme une poussée subite.

Quels seront les choix dans la partition ?
Il y a tant de variantes dans cet ouvrage ! en raison de multiples reprises et d’un immense succès en son temps… Nous maintiendrons les récitatifs, en place des dialogues parlés, mais ne feront pas d’autres modifications et ajouts ultérieurs, même avalisés par Gounod ; comme le fameux air de l’Hirondelle, en forme de valse assez superficielle, et destiné à mettre en valeur une diva de l’époque ; ou la fin modifiée, heureuse, qui voit le héros masculin, Vincent, ressuscité… C’était, du reste, la version de mon autre et précédente production.

On pourrait aussi s’étonner de la programmation de Mireille à Orange… Car il s’agit d’une œuvre plutôt intimiste, et que ces quinze dernières années Orange nous avait plutôt habitué aux grandes pages obligées du répertoire lyrique…
Sur les huit tableaux, six comportent quand même des chœurs ! C’est donc intimiste, et cela ne l’est pas. Quant au choix, il provient d’une demande du public. Raymond Duffaut, le directeur d’Orange, avait eu une énorme demande. Mais c’était aussi un projet qu’il caressait, dont il m’avait entretenu il y a environ dix ans. Je pense qu’il a attendu le moment propice. Et surtout la chanteuse qui puisse incarner Mireille. Et je dois dire que j’ai déjà un peu travaillé avec Nathalie Manfrino, pour le rôle-titre donc, et qu’elle a vraiment la voix du personnage. Le moment est donc venu.

Propos recueillis par Pierre-René Serna

Mercredi 4 août à 21h30 (report, en cas de mauvais temps, au jeudi 5 août à 21h 30)
Samedi 7 août à 21h30 (report, en cas de mauvais temps, au dimanche 8 août à 21h30)
Location : Par téléphone +33 (0)4 90 34 24 24 ou par internet (http://www.choregies.asso.fr/fr/location.html)



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