Fribourg : Musiques sacrées

, par  Claire BRAWAND , popularité : 12%

Tous les deux ans depuis 1986, Fribourg accueille le grand rendez-vous de musique sacrée de Suisse. L’église baroque du Collège Saint Michel fait alors retentir des œuvres vocales et instrumentales de différentes époques et d’origines diverses, témoins de la variété et de l’évolution de la musique d’église à travers les siècles, en Occident et ailleurs. Pluralité des genres et des provenances : tel pourrait être le credo de Pierre Tercier et de son équipe. Preuve en est le programme de cette 13ème édition qui aura lieu du 10 au 18 juillet prochains. Tour d’horizon.

Avec un tiers des concerts affichant des œuvres du XVIIème et du XVIIIème siècles, la musique baroque domine la programmation de l’édition 2010.
Cette dernière débute avec faste : l’ensemble italien Musicae Delitiae sous la direction de Marco Longhini interprètera Les secondes vêpres (1610) de Monteverdi (10.07). L’histoire de la pièce est représentative de la hiérarchie des valeurs, dictée par l’Eglise, qui dominait à l’époque les relations texte – musique. La première version, composée peu après l’arrivée du maestro à Rome en 1610, n’avait pas plu au pape Paul V. L’orchestration y était trop exubérante, le texte – le vecteur de communication par excellence entre les hommes et Dieu – trop peu mis en valeur. Monteverdi compose alors une seconde version, en recentrant la composition sur les paroles.

Autre monstre sacré du XVIIème, Heinrich Schütz, contemporain de Monteverdi – les deux hommes se sont d’ailleurs rencontrés à Venise – est l’auteur d’une œuvre chorale extraordinaire, qui aura de fortes répercussions sur Jean-Sébastien Bach, un siècle plus tard. La Chapelle rhénane tissera le lien de l’un à l’autre dans un programme qui réunit des cantates et des motets de ces deux génies allemands (16.07). Bach sera également la vedette du récital de Jean-Guihen Queyras qui jouera l’intégrale des Suites pour violoncelle seul (10-11.07).
Encore du Bach et des cantates, mais, cette fois-ci, il s’agit de celles de Carl Philipp Emanuel, principal représentant du Sturm und Drang musical, et de deux autres compositeurs allemands de l’époque, Stölzel et Fasch, interprétées par une formation allemande, spécialisée dans ce répertoire : Les Amis de Philippe (18.07). Après l’Italie et l’Allemagne, vous pourrez découvrir le Requiem du compositeur français Jean Gilles (1668-1705), dirigé par le chef suisse Laurent Gendre (avec le ténor genevois Emiliano Gonzalez Toro). Une œuvre très populaire à son époque qui fut jouée à l’occasion des funérailles de Rameau et de Louis XV : c’est dire si elle a marqué son temps !

Musique médiévale et renaissante
Trop peu présente sur les scènes de concert suisses, la musique médiévale et renaissante sera la reine en ces mardi 13 et samedi 17 juillet. Ce sont les fameuses Cantigas de Santa Maria, véritable joyau de l’histoire musicale, que Patrizia Bovi et son ensemble Micrologus ont choisi de partager avec leur public. Il s’agit d’un recueil de chansons monophoniques, assemblé pendant le règne du roi de Castille Alphonse X dit Le Sage (El Sabio ou Le Sage (1252-1284) et dédié à la Vierge Marie.
L’ensemble vocal Stile antico fera entendre quant à lui des pièces sacrées, composées pour les foyers anglais sous le règne d’Henry VIII, époque ô combien marquée par les haines religieuses entre catholiques et protestants.

Jean-Guihen Queyras
© Yoshinori Mido

Du XIXème au XXIème siècle
Très grand spécialiste de la musique baroque, le chef Jean-Claude Malgloire et son ensemble – fondé en 1966 ! – l’Ecurie et Grande Chambre du Roy sortent des sentiers battus et nous attendent avec une œuvre latino-américaine composée en 1826 : La Messe de Sainte-Cécile du brésilien José Mauricio Nunes Garcia (12.07). Il s’agit du chef-d’œuvre et de l’opus ultime de ce compositeur, considéré comme le pus grand de l’Amérique “néo-ibérique“.
Des quatuors à cordes de Beethoven et Schubert à l’affiche dans un festival consacré à la musique sacrée ? Cela peut surprendre, mais c’est pourtant le programme que nous propose le Kuss Quartett (14.07). Les deux œuvres datent de 1826 et font partie des dernières compositions des compositeurs. D’où cette atmosphère pour ainsi dire mystique qui régne de part et d’autre. Schubert ne composera plus de quatuor jusqu’à sa mort en 1828. Quant à l’opus 135 de Beethoven, il s’agit de la dernière composition achevée de ce génie, mort en février 1827. En fin de soirée, une découverte vous attend sous forme d’une création : Sequentiae du Suisse Valerio Sannicardo, lauréat du 11e Concours de Composition organisé par le Festival. Chant grégorien et musique du XXème siècle se feront écho au son des voix des chanteurs de Vox Clamantis sous la direction de Jaan-Eik Tulve. Après une première partie dédiée à la liturgie grégorienne, ce sont des œuvres du compositeur estonien Arvo Pärt (1935*), composées pour cet ensemble, qui seront interprétées (11.07).

“Un monde de musique”
Pour finir ce tour d’horizon, soulignons encore la venue de quatre ensembles spécialisés dans diverses traditions sacrées extra-européennes. L’art du chant religieux orthodoxe nous sera révélé par Divna et le Chœur Melodi de Serbie (14.07). Dialogos & Kantaduri, originaire de Croatie, nous proposera une exploration du répertoire dalmate (16.07). Des musiciens iraquiens interprèteront un programme centré sur la musique et le chant soufi (16.07). Et l’ensemble Kaboul, réfugié en Suisse depuis 1995, a choisi des chants mystiques et traditionnels afghans, témoins des multiples héritages – indiens, persans et arabes – de la musique de leur pays.

Claire Brawand

Festival international de musiques sacrées.
Du 10 au 18 juillet 2010
www.fims-fribourg.ch, +41 (0)26 322 48 00

Voir en ligne : Festival international de musiques sacrées, Fribourg