Portrait : Julia Fischer

 février 2011
par  Pierre JAQUET
popularité : 31%

A 28 ans, la violoniste Julia Fischer impose son archet rayonnant, à la fois
lumineux et tonique, structuré et incandescent. Elle sera au Victoria Hall en février avec l’OSR, puis fin mars avec l’Academy of St.Martin-in-the-Fields.

Itinéraire d’une surdouée
Les grands mythes de l’archet s’enracinent presque toujours dans de singuliers récits de précocité. Comme beaucoup de ses jeunes consœurs (Hilary Hahn, par exemple), cette enfant surdouée a très tôt défrayé la chronique en se produisant hardiment avec un violon guère plus petit qu’elle, un instrument qu’elle avait découvert à l’âge de 4 ans seulement. Son premier concert remonte à 1989 : c’était – déjà - avec un orchestre de la région de Munich, sa ville natale, où elle réside toujours, avec sa fille et son mari. A 8 ans, Julia Fischer est à même d’interpréter (plus ou moins bien, il faut en convenir !) les concertos de Bach ou de Mendelssohn ; mais à 12, elle remporte l’illustre concours Yehudi Menuhin. A 15 ans, sa carrière internationale est lancée - représentations à Paris, New York, Londres ou Tokyo - avant d’être couronnée juste avant ses 20 ans (en 2003) par un récital dans le prestigieux Carnegie Hall de New York...

JPEG - 40.2 ko
Julia Fischer

Mais l’archet ne l’occupe pas exclusivement : Julia Fischer est également pianiste professionnelle. Sa première exécution en public importante a eu lieu le 1er janvier 2008, date à laquelle elle a présenté le Concerto pour piano de Grieg sous la direction de Sir Neville Marriner à Francfort. Elle aime à rappeler que cette priorité donnée à l’archet serait, pour une bonne part, le fruit du hasard. « A huit ans, un chef m’a entendu jouer du violon et il m’a invitée avec son orchestre. C’est pour cela que je suis devenue violoniste. Je ne l’ai pas vraiment décidé et j’ai toujours continué à jouer du piano. »
Une partie de sa famille est d’origine slovaque. La jeune femme est, plus qu’il n’y paraît, enracinée dans le pays de ses ancêtres ; de là peut-être son tempérament passionné au violon - très slave diront certains - qui sans nul doute explique son affinité avec le romantisme.

Une bucheuse
En tournée, cette personnalité réfléchie ne prend guère le temps de faire du tourisme. On la voit jouer, répéter, manger, se reposer, répéter encore. Il n’est pas question de faire la fête après avoir ému une salle entière ! Julia Fischer est une interprète déjà bien rodée par des années de tournées et qui a décidé - en bonne Allemande, diront les mauvaises langues - qu’une bonne santé était préférable à une bonne soirée !
Très disciplinée, elle veille à tous les aspects ce sa carrière : elle seule décide jusqu’où aller pour sa promotion : « Je pourrais tourner des clips sur MTV avec pour slogan “Bach is cool”. Cela remplirait la salle, mais avec des gens que je n’ai pas forcément envie de voir. Et puis Bach n’est pas si “cool” que ça… » Elitisme provocateur ? Pas si simple ! Si le marketing n’est pas sa priorité, elle milite en faveur de l’éducation artistique dès le plus jeune âge : se produisant toute l’année dans les plus magnifiques salles avec les plus célèbres chefs, elle n’est de loin pas la dernière à se rendre dans les écoles pour expliquer la musique aux tout petits. En revanche, il ne faut guère compter sur elle pour s’intéresser aux variétés ou à la « pop » : un jour où un journaliste lui demandait ce qu’elle pensait du groupe de rock allemand « Tokio Hotel », elle a répondu qu’elle avait dormi dans plusieurs hôtels différents à Tokyo ! Pianiste accomplie, il lui arrive parfois de jouer en public, à la perfection, concertos ou pages de récital. Mais elle refuse de se produire au violon et au clavier au cours du même concert, ne voulant pas donner dans ce qu’elle estime être des numéros de cirque ou de singe savant !

Ses disques
A l’âge de 30 ans, la jeune femme aura certainement abordé une partie majeure du répertoire. Depuis plusieurs années, elle publie avec une ponctualité métronomique, un grand nombre de défis violonistiques : Elle a abordé aussi bien Bach, que Mendelssohn, Glazounov ou Khatchatourian... Arrêtons-nous sur quelques disques parus chez le label Pentatone.
Dans le répertoire concertant, qu’elle semble affectionner, Julia Fischer a beaucoup travaillé avec Yakov Kreizberg (un demi-frère de Semyon Bichkov, soit dit en passant). Si le chef russe et la soliste allemande ne sont pas unis à la ville, la vie artistique en a fait une paire gagnante ! Avec l’Orchestre de Chambre Néerlandais, ils ont enregistré tout le répertoire concertant de Mozart ; les concertos donc, mais aussi les autres opus avec orchestre dans lesquels apparaît un archet principal. L’instrument primordial s’y présente de manière très précise, fruit de l’alliage d’une vivacité italienne et d’une agilité gracieuse, bien viennoise. Usant d’un vibrato assumé (mais forcément usité à l’époque du compositeur), la soliste cherche visiblement à rappeler que Mozart aimait écrire pour l’opéra.
Si elle aime faire chanter Mozart, la musicienne n’est jamais aussi à l’aise que dans l’univers romantique. Toujours chez Pentatone, la jeune femme a gravé, avec la complicité du talentueux Martin Helmchen, l’intégralité de la musique de chambre pour violon et piano de Franz Schubert. Dans le dialogue sonore, toujours très équilibré, les quatre cordes énoncent un propos limpide et clair, procèdent par épisodes variés, alternant climats et sentiments. Une lecture aussi familière de cette esthétique donne à penser que l’artiste n’a pas besoin de beaucoup forcer son caractère. Notons au passage que le 2e CD est complété par le Grand Duo pour piano, D. 940, en lequel la deuxième paire de mains est celle... de Julia Fischer !

JPEG - 60.3 ko
Le 26 mars : L’Academy of St.Martin in the Fields sera au Victoria Hall, sous la direction de Julia Fischer

Les caractéristiques apparues dans le monde schubertien transparaissent de façon plus affirmée encore dans la musique avec orchestre de Brahms (avec l’Orchestre Philharmonique Néerlandais d’Amsterdam, toujours conduit par Yakov Kreizberg). Le jeu, toujours d’une précision extrême, définit une structure très séquentielle : l’artiste semble énoncer son propos en posant des cadres, comme pour mieux dessiner les images, sans que ce qui s’apparente à un album – dans tous les sens du terme ! – ne manque de consistance.
S’il ne fallait évoquer qu’un compact, ce serait celui consacré à Tchaïkovsky. Dans le concerto, la soliste doit s’engager avec feu dès les premières mesures, car le maestro Kreizberg emmène l’Orchestre National de Russie, avec intensité et dans un tempo élevé. Elle assume néanmoins avec talent ce périlleux défi tout en instillant peu à peu, mais de façon continue et ferme, des touches de grâce, de rêve et de féminité. C’est ainsi qu’elle dompte peu à peu la phalange. La Canzonetta est dépeinte avec des traits tout à la fois folklorisants et tendres, dans un climat devenu crépusculaire. Mais c’est dans un Finale abordé au pas de charge - mais sans faiblesse - que la concertiste donne une magnifique leçon de violon. Pourtant, loin de vouloir donner la futile impression de vouloir épater le mélomane par une maîtrise de ce qui pourrait n’être qu’un morceau de bravoure, la talentueuse musicienne varie sans cesse les couleurs, laisse courir son imagination, éblouit par sa brillance. Elle « fait » quelque chose de cette redoutable page, et quelque chose de magnifique !

Pierre Jaquet


- 23 février : Série Grands Classiques. OSR, dir. Marek Janowski, Julia Fischer, violon (R. Strauss, Bruch). Victoria Hall à 20h (Tél. 022/807.00.00 / ou billet@osr.ch)
- 26 mars : Migros-pour-cent-culturel-classics. Academy of St Martin in the Fields, dir. et violon Julia Fischer, Benjamin Nyffenegger, violoncelle (Vivaldi, Mozart, Schoeck, Tchaïkovski). Victoria Hall à 20h30 (loc. SCM 022/319.61.11)

GENÈVE, VICTORIA HALL - Samedi 26 mars 2011
SAINT-GALL, TONHALLE - Dimanche 27 mars 2011
BERNE, KULTUR-CASINO - Lundi 28 mars 2011
ZURICH, TONHALLE - Mardi 29 mars 2011

Disques Pentatone

Site internet : http://www.juliafischer.com:8080/


Article publié dans Scènes Magazine


Commentaires

Annonces

Nouveautés du mois !

THEATRE

Genève : « Lettre au Père », du 19 au 30 septembre

Genève : « Cassandre », les 10, 11, 12 octobre

DANSE

Genève : « Callas », du 10 au 17 octobre

Mézières : Béjart Ballet Lausanne, 6, 7, 8 octobre

Lausanne : BBL & « Dixit », 19, 21, 22, 23 et 24 décembre

FESTIVAL

Les Rencontres de Coppet, jusqu’au 12 novembre

Genève : Théâtre de l’Orangerie, du 27 juin au 30 septembre

CINEMA

Cine Die de septembre

MUSIQUE

Onex : Youn Sun Nah, les 3 et 4 octobre

Genève : Récital « The Man I Love », le 5 octobre

Genève : Diana Krall, le 15 octobre

Zurich + Genève : Nick Cave & The Bad Seeds, les 12 et 13 novembre

SPECTACLES

Genève : « Le voltigeur des Lumières », le 23 septembre

Tournée : « Roméo et Juliette » par les ArTpenteurs, jusqu’à fin septembre

Zurich + Genève : « OVO » par le Cirque du Soleil, en octobre

EXPOSITIONS

Montricher : Federico García Lorca, jusqu’au 24 septembre

Vevey : Oskar Kokoschka , jusqu’au 1er octobre

Vevey : « Vertige de la couleur », du 30 juin au 1er octobre

Bâle : Malevich, Kandinsky & porcelaine, jusqu’au 8 octobre

Aix : Sisley l’impessionniste, jusqu’au 15 octobre

Paris : Kiefer / Rodin, jusqu’au 22 octobre

Paris : David Hockney, jusqu’au 23 octobre

Lausanne : Chefs-d’œuvre de la collection Bührle, jusqu’au 29 octobre

Paris : Derain, Balthus, Giacometti, jusqu’au 29 octobre

Paris : « Medusa - bijoux et tabous », jusqu’au 5 novembre

Genève : « Body Worlds », du 21 septembre au 7 janvier

Lyon : « Le modne de Fred Deux », jusqu’au 8 janvier

Berne : La collection Hahnloser, jusqu’au 11 mars