Lausanne : “Pierre et le Loup“

 février 2011
par  Eric POUSAZ
popularité : 21%

Au début du mois de février, l’Opéra de Lausanne reprend sa production de Pierre et le Loup créée il y a cinq ou six sur les planches du Théâtre. Ce spectacle, qui a connu un immense succès à Lausanne, puis à Erfurt où il a été remonté quelques mois plus tard, revient pour cinq représentations au Métropole. Mais des adaptations ont été nécessaires.

Le metteur en scène Gérard Demierre s’en explique avec une verve joyeuse et un enthousiasme communicatif.

Gérard Demierre : Lors de la première série de représentations, nous travaillions sur un matériau certes connu de tous, mais sa version scénique nous confrontait à divers problèmes qu’il a fallu résoudre au mieux. Aujourd’hui, je travaille sur un concept dramatique existant et je puis me contenter d’y apporter des modifications que je juge utiles sans avoir à repenser l’ensemble de la production.

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« Pierre et le Loup », parade finale
© Opéra de Lausanne / Vanappelghem

Où se situent les différences ?
Nous avons dû changer d’interprète pour Pierre et pour le Narrateur. Le personnage de Pierre, dans ce spectacle, est confié à un jeune interprète de neuf ans qui n’a absolument aucune expérience théâtrale. Au lieu d’être un handicap, cette inexpérience se mue en atout majeur : il facilite en effet l’identification du spectateur au héros de l’histoire. Et j’aime beaucoup que le théâtre agisse comme un miroir de façon que les gens assis ans la salle ne se contentent pas de regarder passivement ce qui se passe sur le plateau, mais se sentent invités à y mettre du leur. Un enfant qui se voit dans les habits du personnage de la pièce est un spectateur actif qui n’a plus rien à voir avec le potato kid affalé devant un poste de télévision.

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« Pierre et le Loup »
© Opéra de Lausanne / Vanappelghem

Cela influence-t-il votre approche scénique de l’ouvrage ?
Bien sûr ! Au premier abord, on pourrait légitimement penser qu’il est inutile de mettre en scène une œuvre comme Pierre et le Loup qui se suffit amplement à elle-même dans sa forme originale. Pourtant, le théâtre avec ses rituels apporte un surplus de magie et de signification au conte. C’est pourquoi nous avons tenu à ce que certains personnages ne soient pas visibles sur scène : ainsi le chat, le canard ou l’oiseau sont absents de la distribution car ils n’apparaissent jamais. Au moment où l’oiseau intervient dans le scénario, le Narrateur demande à l’orchestre de jouer le motif musical que lui a réservé le compositeur et s’adresse à la salle pour s’assurer que les enfants voient l’oiseau … qui n’existe bien sûr que dans la tête de chacun. Au début, le résultat est mitigé car les spectateurs se demandent si l’on se moque d’eux. Puis la force d’évocation de la musique agit et chacun dans la salle croit apercevoir un oiseau voltigeant dans la salle. Bien sûr, les acteurs sur le plateau focalisent également tous leurs regards dans la même direction pour augmenter la force de suggestion de la partition et suggérer aux enfants la direction que doit prendre leur regard !... De même, lorsque l’on jette un manteau sur le canard et que le manteau se déplace ensuite tout seul par la grâce d’un simple fil nylon invisible, le spectateur se laisse d’autant plus facilement duper qu’il a envie de l’être et il se crée son propre canard qu’il mêle aux personnages du conte ! C’est d’ailleurs ce à quoi l’invite la musique, non ?

La musique semble prendre le pas sur le théâtre dans votre conception …
Non, pas vraiment. D’une certaine façon, on peut dire qu’un concert est déjà un acte théâtral en soi. C’est d’ailleurs le sens de notre Prologue où le Narrateur présente au public les divers instruments de l’orchestre auxquels le compositeur réserve un rôle précis. J’aime voir un orchestre, car je trouve qu’il n’y a rien de plus beau qu’un musicien habillé de noir s’exprimant dans un langage qui n’a rien à voir avec notre babil courant. Mettre en valeur les artisans premiers du message musical fait partie d’un rituel qui renforce le pouvoir expressif de l’ouvrage. Quand la situation devient tendue, que la peur s’installe, la musique a la charge de donner corps à cette angoisse en suscitant dans l’imagination de l’auditeur un état qui lui fait peupler la scène des créatures nées de son état de tension. N’est-ce d’ailleurs pas là la magie essentielle de l’acte théâtral ? Je reviens ici à l’idée du miroir évoquée précédemment ; un acte scénique voit sa signification ou son pouvoir expressif largement amplifié par l’aptitude du spectateur à se substituer aux personnages du conte en faisant travailler son imaginaire.

Un meneur de jeu ou un narrateur présente les divers instruments de l’orchestre avant que la représentation de l’ouvrage de Prokofiev ne commence. Pourquoi avez-vous conservé ce personnage extérieur à l’action en lui réservant une place dans l’histoire elle-même ?
Mon intention était d’accentuer la dimension de conte de fées dans Pierre et le Loup. Je tenais à commencer par quelque chose d’équivalent au ‘Il était une fois…’ que chaque enfant attend avec impatience ! Le narrateur s’insère dans un décor où trône un grand livre d’où sortent les personnages ; présent tout au long de l’action, ce bouquin rappelle aux enfants qu’il s’agit avant tout d’une histoire extraordinaire qui n’a rien de réel. Sa présence me permet en outre de renforcer la dualité de la fiction qui se mue en réalité : s’il est normal que les spectateurs aient peur lorsque le Loup fait son apparition, ils ne doivent parallèlement jamais oublier qu’ils se trouvent immergés dans un récit fantastique. La présence physique du narrateur qui intervient tout le temps et assure les transitions ajoute au charme ensorcelant du conte - comme le faisait Shéhérazade dans les longues nuits de veille de son despotique sultan ! Directement interpellé par lui, le spectateur est une nouvelle fois invité à s’investir plus activement…

Avez-vous touché à la partition ?
Non, pas du tout ! Je trouve même fascinant cette dimension temporelle qu’impose le flux musical au metteur en scène : au premier abord, le metteur en scène peut se sentir gêné par l’impossibilité où il est placé d’introduire une pause quand elle pourrait lui être utile, car la musique oblit à ses lois propres dans son déroulement comme dans son rythme. Au théâtre, la liberté est totale, à l’opéra non ! La rigueur de ce ‘corset’ ajoute à la tension d’une mécanique qui, mise en marche, ne s’arrête plus et favorise une qualité d’écoute qui ne peut se permettre de se relâcher. D’ailleurs j’aime beaucoup l’ambiance d’une salle d’opéra avec ses rites immuables qui s’imposent comme autant de règles contraignantes, même pour le spectateur. Et le moment où les lumières s’éteignent reste magique pour moi : alors tout s’efface autour de nous, notre quotidien passe au second plan et il ne subsiste qu’un vaste espace que meublent les rêves…

Propos recueillis par Eric Pousaz

Représentations au Métropole de Lausanne les ve 4 février à 19h, sa 5 février à 17 h et à 19h , di 6 février à 17h et me 9 février à 16h 



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