Montpellier : “Le Jongleur de Notre-Dame“ & Sémélé“

, par  François JESTIN , popularité : 12%

Après les représentations chahutées de Aida, à la Scala de Milan en décembre dernier, qui avaient défrayé la chronique, Roberto Alagna remporte un triomphe mérité dans la version de concert du Jongleur de Notre-Dame, dans un rôle qui lui est parfaitement destiné. La veille, la Sémélé de Marin Marais était donnée, par Hervé Niquet et son ensemble du Concert Spirituel.

Le ténor vedette français était évidemment très attendu ce dimanche après-midi dans le rôle de Jean, par ses admirateurs inconditionnels d’abord, mais aussi par la profession et les critiques, restés un peu dubitatifs au terme du feuilleton scaligère. Le beau Roberto entre en scène tout sourire, chemise blanche largement ouverte – il la troquera pour une chemise noire après l’entracte – dégageant d’emblée une impression d’assurance et de sérénité. La prestation vocale est somptueuse, comme souvent lorsqu’il reste cantonné dans le répertoire français lyrique : la diction est admirable, et la ligne de chant parfaitement conduite, en liant prodigieusement les mots. Il n’y a plus alors aucune dureté, et le timbre semble avoir retrouvé sa jeunesse et son sourire, qu’on pouvait craindre perdus pour longtemps. Il faut dire que la partition reste assez centrale, sans aigus aventureux, ni graves trop bas pour lui (quand il s’en approche, la couleur vocale a tendance à s’enlaidir).
La distribution réunie autour d’Alagna, exclusivement masculine pour les solistes, constitue un peu un faire-valoir pour le ténor, Massenet ayant surtout développé l’écriture du rôle-titre du Jongleur, au détriment des autres parties solistes. Un très bel air tout de même pour le baryton Stefano Antonucci (Boniface), et des interventions autoritaires pour la basse Francesco Ellero d’Artegna (Le Prieur), dans un français parfois un peu assaisonné à l’italienne. Les moines, confrères de Jean à partir de son entrée au couvent au 2ème acte, complètent le plateau, avec Marc Larcher (le Moine poète), Richard Rittelmann (peintre), Marco di Sapia (musicien) et Evgueniy Alexiev (sculpteur). Le chef mexicain Enrique Diemecke est aux commandes du remarquable Orchestre National de Montpellier : sa direction, souvent fougueuse et spectaculaire dans les ensembles, sait aussi être délicate quand il le faut (très beau prélude de l’acte 3), et s’attache à faire ressortir l’aspect religieux de ce « Miracle en 3 actes ». Les chœurs de l’Opéra National de Montpellier, dirigés par Noëlle Geny, sont également à apprécier, pour la diction, la qualité et l’homogénéité du son.

Sémélé, avec Adraste (Anders J.Dahlin) et “Sémélé“ (Shannon Mercer)
© Marc Ginot - Opéra National de Montpellier

Sémélé
La veille de ce Jongleur était donnée la dernière des 3 représentations de Sémélé, opéra de Marin Marais, dans la distribution entendue l’été dernier au festival de Montpellier et Radio-France, mais cette fois en version scénique. D’une durée plutôt courte pour le genre baroque (5 actes en un peu plus de 2 heures), cette œuvre permet de mesurer la solidité des chœurs (toujours bien ensemble) et de l’orchestre du Concert Spirituel, sous la direction de son chef Hervé Niquet, à présent en résidence à Montpellier, à la suite de celle de Christophe Rousset et ses Talens Lyriques. Les solistes, non francophones pour la plupart, sont de très bon niveau, et particulièrement attentifs à la bonne compréhension des textes. La soprano Shannon Mercer (Sémélé) délivre un joli chant, tandis que son amoureux de Jupiter, le baryton Thomas Dolié, a la voix toujours bien placée, sur une partition qui tire beaucoup vers la déclamation. L’autre couple est formé de l’expressive Bénédicte Tauran (Dorine) et du baryton-basse argentin Lisandro Abadie (Mercure), très prometteur. Enfin, la soprano Hjördis Thébault (Junon), d’un timbre peu séduisant mais très efficace, et le ténor d’un volume réduit, Anders J. Dahlin (Adraste), complètent la distribution. On sent de manière assez évidente une limitation du budget mis à la disposition du metteur en scène Olivier Simonnet, qui produit cependant de beaux effets avec des moyens réduits. Des séquences filmées sont projetées sur le voile d’avant-scène (en particulier les visages en très gros plan de Junon et Jupiter), ce qui aide aussi à meubler les précipités, mis à profit par l’orchestre pour s’accorder. Beaucoup de blocs de polystyrène sont utilisés pour figurer des rochers, des pans de murs ou colonnes. Les costumes sont riches, et les lumières plutôt franches, la production dégageant une impression d’ensemble d’efficacité, toujours au service de la musique.

François Jestin

Marais : SEMELE : le 3 février 2007 à l’Opéra Comédie de Montpellier
Massenet : LE JONGLEUR DE NOTRE-DAME : le 4 février 2007 à l’Opéra Berlioz / Le Corum de Montpellier