Nancy : “Les Noces de Figaro“

 février 2007
par  Régine KOPP
popularité : 32%

Mozart semble inspirer le metteur en scène genevois Jean Liermier. Après avoir mis en scène “La Flûte enchantée“ de Mozart pour l’opéra de Marseille, c’est l’Opéra national de Lorraine à Nancy, qui lui a confié une nouvelle mise en scène des “Noces de Figaro“.

La pétulance de sa jeunesse ne semble pas être un handicap, car il aborde cette œuvre avec sensibilité et intelligence, des dispositions qui caractérisent les grandes personnalités de la scène. La force de frappe de sa mise en scène le fait du coup entrer dans la cour des grands, rejoignant les noms mythiques de tous ceux qui ont apporté une nouvelle lecture de l’œuvre. D’autant plus qu’il est soutenu par un ensemble vocal homogène et la direction musicale du jeune chef slovaque Juraj Valcuha, non seulement d’une belle transparence dans son exécution mais aussi précise, puisqu’il dirige avec les bons tempis, vifs et scintillants sans jamais laisser de côté les épanchements plus nostalgiques. Entouré d’une équipe de fidèles, le dramaturge Jean Faravel, le décorateur Philippe Miesch, Werner Strub pour les costumes, et Jean-Philippe Roy pour les lumières, Jean Liermier a choisi de transposer l’histoire dans l’univers des années quarante, parce qu’il voit un parallèle entre la situation de crise juste avant la Révolution Française et celle des années trente, avant que n’éclate la deuxième guerre mondiale. Raison pour laquelle il a pris le parti de replacer cette folle journée à un moment où tout respire le conflit, dans une société où les rapports sociaux entre les personnages sont clairement établis, et l’ordre social respecté. L’action ne se situe donc plus dans un château mais dans un pavillon de chasse où nous passerons successivement de la cuisine, règne de Figaro et Susanna, à la chambre de la Comtesse, inondée de lumière et aménagé d’un seul lit posé à même le sol, puis dans une antichambre, sorte de couloir des pas perdus, lieu de toutes les confidences et de tous les stratagèmes, pour terminer dans l’obscurité de la cave du château où les protagonistes vont jouer à cache-cache dans l’espoir de satisfaire leur désir. L’ordre reviendra et sera signifié par un feu d’artifice qui mettra fin à la folle journée et à la confusion des sentiments.

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Noces de Figaro / opéra National de Lorraine

Mais derrière des rapports sociaux figés, le metteur en scène a voulu sonder « les voies du désir », et toute sa direction d’acteurs tend à montrer que les Grands éprouvent les mêmes sentiments que les Petits, et que les rapports sociaux entre les personnages sont exacerbés par la circulation du désir. Il se réfère à Mozart qui « superpose aux lois qui régissent les rapports sociaux d’autre lois, celles dictées par la fulgurance de la juvénilité qui anime les deux couples et régies par la force du désir ». Quand on interroge le metteur en scène sur son approche de l’œuvre, il parle avant tout du désir qui détermine les relations entre les personnages, désirs latents ou avoués. On y découvre des êtres en chair et en os instinctifs, fougueux, voire violents mais aussi sensibles, à l’aise dans un jeu théâtral qui n’a rien de figé et qui tient compte des tensions dramatiques. Une direction d’acteurs menée rondement par un homme de théâtre rompu à la scène et qui cherchait à nous faire sentir la palpitante émotivité des réactions affectives des personnages.
Un ensemble vocal très homogène et qui fonctionne à la perfection. Que ce soient les premiers rôles comme Patricia Petibon qui est une Suzanna fraîche, délicate avec une souplesse vocale étonnante, ou Nicolas Cavallier, un vif et charmant Figaro jouant d’un registre varié, ou encore Jean-François Lapointe que le timbre élégant de son baryton sert à merveille dans son rôle de comte, Diana Axentii en irrésistible Cherubino mais aussi les rôles secondaires de Barbérine (Khatouna Gadelia), Marcellina (Anna Steiger) ne déçoivent en aucun cas. Seul bémol à cette distribution vocale, Hiromi Omura au timbre peu rayonnant et pas assez velouté, au vibrato trop large, mais il faut dire à sa décharge qu’elle a dû remplacer au pied levé la soprano Veronica Cangemi dans ce rôle de la Comtesse.

Régine Kopp


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