Portrait : Anna Caterina Antonacci

 mars 2009
par  François LESUEUR
popularité : 22%

Tragédienne et musicienne de renom, la soprano italienne Anna Caterina Antonacci occupe aujourd’hui une place de choix parmi les cantatrices de son temps. Elle sera de passage au Victoria Hall de Genève les 11 et 12 mars prochains. Un événement à ne pas manquer.

Repoussant depuis toujours les strictes limites vocales et élargissant son répertoire, elle a su s’imposer dans le rôle de Cassandre des Troyens de Berlioz (à Paris en 2003 et à Genève en 2007), alternant le répertoire baroque (Couronnement de Poppée de Monteverdi et un spectacle sur mesure Era la notte), le grand opéra français avec La Juive, mais également Carmen, tout en redonnant à la Medea de Cherubini, ses lettres de noblesse. Après avoir été à l’affiche du Grand Théâtre en 2006 dans La clemenza di Tito de Mozart, elle est attendue au Victoria Hall, les mercredi 11 et jeudi 12 mars prochain, pour un concert Haydn, dirigé par Marek Janovski, avec la violoncelliste Marie-Elisabeth Hecker.

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Anna Caterina Antonacci
© Derossi / Naïve

Distinction
Anna Caterina Antonacci est née à Ferrare en Emilie-Romagne, mais a fait ses études de musique et de chant au Conservatoire Giovanni Battista Martini de Bologne. Après avoir reçu un enseignement long et complet, elle remporte le concours Verdi de Parme en 1987, puis l’année suivante, les concours Maria Callas et Luciano Pavarotti. En 1990, la critique italienne la distingue en lui remettant le célèbre prix « Abbiati », récompense qui lui permet de démarrer une carrière internationale. Son ample voix lui pose d’emblée un problème de classification – la chanteuse n’étant ni soprano, ni mezzo – mais offre à la jeune Anna Caterina la possibilité d’aborder sans distinction les rôles et les répertoires les plus éloignés. Elle s’empare rapidement de Monteverdi (L’incoronazione di Poppea à Bologne, Milan, Buenos Aires, Munich), Il combattimento di Tancredi e Clorinda à Berlin avec Claudio Abbado et à Londres avec Ivor Bolton, interprète Purcell (Dido and Aeneas à Florence et à Munich), Haendel (Rodelinda à Glyndebourne et au Châtelet, avec William Christie, Agrippina à la Monnaie de Bruxelles et au Théâtre des Champs-Élysées, avec René Jacobs, Serse...), défend Gluck (Armide avec Riccardo Muti, pour l’ouverture de la saison 1996-1997 de la Scala de Milan), mais également Paisiello (Nina, o sia La pazza per amore, de nouveau à la Scala, avec Muti) ainsi que Mozart (Dorabella et Donna Elvira avec Abbado dans sa ville natale, Donna Elvira avec Muti à Milan, Vienne et Ravenne...).

Facilité et diversité
Eclectique sans doute, curieuse, aventureuse très certainement, elle ne résiste pas à l’appel de Rossini et s’illustre à la fois dans l’opera buffa (La Cenerentola, Il barbiere di Siviglia) et dans l’opera seria en abordant Ermione à Rome, San Francisco et Glyndebourne, puis Semiramide, avant de s’attaquer au rôle-titre d’Elisabetta regina d’Inghilterra. Forte de ses succès elle apparaît également dans les œuvres de Bellini (Adalgisa dans Norma, Romeo dans I Capuleti e i Montecchi), Donizetti (Elisabetta dans Maria Stuarda pour ses débuts au festival d’Édimbourg, face à Barbara Frittoli), Verdi (Un giorno di Regno), Bizet (Carmen), Massenet (Dulcinée dans Don Quichotte, Charlotte dans Werther), Stravinsky (Pulcinella avec Riccardo Chailly et le Philharmonique de Berlin). Cette facilité, ce goût pour les partitions les plus diverses la conduisent même à accepter de se produire dans des œuvres contemporaines, participant à la première mondiale de Tre Veglie du compositeur Fabio Vacchi donnée au Festival de Salzbourg, en 2000, puis tenant le rôle titre dans Vita de Marco Tutino, dont la création a lieu à La Scala de Milan.
Bravant les interdits, refusant les frontières vocales, Anna Caterina Antonacci expliquait en avril 2006 dans les colonnes de Scènes Magazine, comment elle était parvenue à imposer ses choix et ses conceptions dans un monde lyrique réputé pour son cloisonnement : «  C’est une réalité contre laquelle il n’est pas toujours facile de résister, mais depuis mes débuts je suis parvenue à prouver aux directeurs de théâtre que j’étais capable de chanter autre chose que ce pour quoi ils m’imaginaient, même si en Italie j’ai longtemps été cataloguée comme une cantatrice spécialisée dans le seul répertoire baroque. Cette manière de cantonner les artistes permet aux « décideurs » de nous mettre sur des listes qu’ils peuvent consulter à tout moment et qui facilitent leurs recherches. Fort heureusement j’ai eu très tôt des propositions, de Riccardo Muti notamment, qui sortaient des sentiers battus et qui m’ont permis d’alterner Mozart, Rossini, Gluck et tant d’autres. »

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Anna Caterina Antonacci (Rachel) dans « La Juive » à Paris
© Ruth Walz / Opéra national de Paris

Grands rôles
Depuis quelques années elle a pu aborder les grands rôles de soprano, après avoir remporté un grand succès personnel en interprétant Cassandre dans Les Troyens de Berlioz au Théâtre du Châtelet en 2003, sous la direction inspirée de Sir John Eliot Gardiner (DVD Opus Arte), une production de Yannis Kokkos reprise en 2007 au Grand Théâtre de Genève.
Son éblouissante incarnation lui a apporté la consécration et lui a permis de répondre aux nombreuses propositions qui ont suivi, telles Carmen à Londres avec Jonas Kaufmann sous l’autorité du chef Antonio Pappano (DVD Decca), Elettra dans Idomeneo au Nederlands Opera et au Maggio Musicale Fiorentino, Vittelia dans La clemenza di Tito à Paris (2006), Anna dans le rare Hans Heiling de Marschner à Cagliari. 
Auparavant, elle a chanté la même saison L’incoronazione di Poppea avec Jacobs au Théâtre des Champs Elysées et Poppea à Garnier et s’en expliquait : « Il ne s’agit pas d’un défi vocal risqué, mais il est exact que j’avais très envie d’interpréter Nerone, parce que je chantais Poppea depuis longtemps. Poppea est un personnage complexe qui ne songe qu’à sa propre réussite et qui est prête à tout pour arriver là où elle le souhaite. Lorsque j’incarne Poppea je suis très attentive à mon partenaire et j’ai ainsi beaucoup étudié le caractère de Nerone au point de m’imaginer prendre sa place. J’en ai parlé à René Jacobs qui a trouvé l’idée intéressante et m’a proposé quelques années plus tard de participer à la production donnée en septembre 2004 au Théâtre des Champs-Elysées, dans une mise en scène de David MacVicar avec qui j’avais donné Agrippina de Haendel. Cela s’est fait assez simplement, d’autant que les tessitures sont proches et que pendant longtemps la tradition voulait que le personnage soit confié à des sopranos . »

Prises de rôle
Parmi ses récentes prises de rôles, Anna Caterina Antonacci a fait sensation dans la Medea de Cherubini à Toulouse, au Théâtre du Châtelet, puis en Grèce, à Palerme et cette saison à Turin. « C’est un personnage superbe, très difficile. En commençant à l’étudier j’ai trouvé quelques pistes qui m’ont donné envie, par exemple, d’essayer de mettre en valeur sa schizophrénie, cet état qui la pousse à tuer ses enfants et envers lequel elle lutte. Elle fait peur car elle est magicienne, mais elle est également mère et personne ne peut imaginer à l’avance qu’elle ira jusqu’à l’infanticide.
Ce crime odieux n’est pas prémédité, mais exécuté par une autre partie d’elle-même, sa part malade, comme si sa personnalité se dédoublait. J’ai eu envie de montrer comment le destin de cette femme conduit une partie d’elle même au meurtre et que celle qui le commet n’est pas celle qui les a mis au monde et aimés. Nous sommes au cœur de la tragédie grecque : ce dialogue me plaît. D’ailleurs elle obtient des Furies qu’elles lui donnent la force de pouvoir accomplir son geste, sans leur intervention, elle ne le pourrait pas. Ce rôle m’effraie car il est particulièrement long et périlleux, mais il me fascine par sa richesse et la gamme immense des sentiments qu’il demande.
 »

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Anna Caterina Antonacci dans « Era la Notte »
Copyright Alvaro Yanez

On a pu la retrouver à Salzbourg dans Alceste, puis dans La Juive à la Bastille où elle était une inoubliable Rachel aux cotés d’Annick Massis (2007), ainsi qu’en Alice Ford au TCE (Falstaff en 2008) : « Depuis six ans – avouait-elle en 2006 – ma voix a beaucoup changé, même si j’ai toujours essayé de l’adapter à des styles et à des écritures très contrastées pour obtenir une certaine malléabilité vocale. Si un rôle m’intéresse, je fais le nécessaire pour me l’accaparer et résoudre les difficultés techniques. Il est vrai que j’ai consacré une part importante de mon activité au répertoire baroque ces derniers temps ; je compte cependant dans un futur proche m’en éloigner pour explorer d’autres partitions plus dramatiques. Je ressens aujourd’hui le besoin de m’exprimer dans des œuvres plus physiques. »
La cantatrice est également adepte des concerts et des récitals qu’elle a donné à Porto, Paris, Frankfurt, Barcelona ou Madrid. Dirigée par Juliette Deschamps, elle a également été la protagoniste d’un projet exceptionnel conçu autour de sa personnalité, intitulé « Era la Notte » présenté avec succès à Paris, au Luxembourg et à Nîmes (programme enregistré au préalable pour Naïve). Le prochain nommé « Altre stelle » est en préparation et sera donné au TCE en avril 2009. La cantatrice a également participé à un hommage à Pauline Viardot au Châtelet et au Wigmore Hall avec Fanny Ardant, Frederica von Stade et Vladimir Chernov (cd Opera Rara) et a chanté Les Nuits d’Eté de Berlioz avec Sir Colin Davis au Champs-Elysées à Paris en 2005.
Outre sa présence à Genève pour ce programme Haydn donné les 11 et 12 mars prochain, Anna Caterina Antonacci est attendue à Toulouse pour interpréter Carmen, cette fois mise en scène par Nicolas Joel (avril), puis à l’Opéra comique dirigée par Gardiner et Adrian Noble (juin). Rater ce rendez-vous serait inadmissible.

François Lesueur

Mercredi 11 mars (Série Symphonie) et Jeudi 12 mars (Série Répertoire) : OSR, dir. Marek Janowski, Marie-Elisabeth Hecher, violoncelle, Anna Caterina Antonacci, soprano (Haydn).
Victoria Hall à 20h (rés. 022/807.00.00)


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