Berlin, opéras : Belle variété

, par  Eric POUSAZ , popularité : 16%

Les trois opéras de la capitale allemande continuent de faire des vagues. Alors que l’avenir de l’Opéra Allemand (Deutsche Oper) est moins sûr que jamais avec, à sa tête, une directrice qui n’en finit pas d’aligner les échecs et tarde à convaincre critiques et public de la légitimité de ses choix artistiques, les membres de l’Opéra d’Etat (Staatsoper) ont assisté, impuissants, à la lutte fratricide qui a opposé pendant des mois Daniel Barenboim, le Directeur Général de la Musique, à Peter Mussbach, le Directeur Général de l’institution.

Au printemps passé, le chef connu loin à la ronde a fini par l’emporter, comme on pouvait s’y attendre au vu de sa célébrité et de son titre de chef musical à vie de l’Orchestre de l’Opéra !.... Peu après, le troisième opéra de la ville (la Komische Oper) apprenait que son directeur le quittait prématurément pour Zurich en 2012 déjà…
Malgré tous ces avatars, les programmes annoncés des trois maisons offrent une belle variété de spectacles qui méritent le déplacement à plus d’un titre.

Deutsche Oper : « Salome » de Richard Strauss figure parmi les reprises de la saison prochaine.
Photo © Monika Rittershaus.

Deutsche Oper
Sept nouvelles productions sont annoncées à l’Opéra Allemand, un nombre relativement élevé au vu de ce qui se faisait les saisons passées. Une nouvelle Turandot marque le début de la saison le 19 septembre ; elle sera placée sous la direction de Pinchas Steinberg, l’ex-chef de l’OSR avec Maria Guleghina dans le rôle titre, Elena Mosuc – bien connue des Zurichois – en Liu et Carlo Ventre en Calaf. Le 11 novembre, Tannhäuser sera mis en scène par Kirsten Harms, la Directrice de la maison, et dirigé par le Français Philippe Auguin qui avait mené de main de maître un beau Chevalier à la Rose à Genève lors de la réouverture du théâtre. Nadja Michael s’attaque aux deux rôles de Venus et Elizabeth et affrontera Scott McAllister en Tannhäuser, Kurt Rydl en Landgrave et Markus Brück en Wolfram.
Janvier et février seront placés sous l’égide de Richard Strauss dont on donnera en alternance six ouvrages : Salome , Elektra et Rosenkavalier sont des reprises alors que deux nouvelles productions sont annoncées : Die ägyptische Helena et Ariadne auf Naxos . Le premier de ces deux spectacles (18 janvier) sera monté par le Suisse Marco Arturo Marelli avec la complicité de Ricarda Merbeth, Laura Aikin et Morten Frank Larsen dans des rôles principaux dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont meurtriers pour les voix ! alors que le second (le 8 février) sera une reprise de la mise en scène qu’a réglée Robert Carsen cet été pour le Festival d’opéra de Munich avec Micaela Kaune et Violeta Urmana alternant dans le rôle principal, Ruxandra Donose en Compositeur, Jane Archibald – vue dans le même rôle de Zerbinetta à Genève – et Roberto Sacca en Bacchus – présent également à Zurich en fin de saison dans cet emploi …
Suivront encore le 8 mars une nouvelle Carmen qui verra Angelika Kirschschlager se frotter à ce rôle superbe face au Don José de Massimo Giordano ; puis on assistera le 9 avril à la création en Allemagne d’un opéra en quatre actes d’Ottorino Respighi, Marie Victoire , qui évoque la vie agitée d’une héroïne de la Révolution française ; enfin, le 20 mai verra la première représentation berlinoise (!) de Cenerentola de Rossini dans la mise en scène que Peter Hall a conçue pour Glyndebourne avec Ruxandra Donose dans le rôle principal.
Parmi les reprises marquantes, signalons le rare Andrea Chenier de Giordano en mars et avril, le superbe Eugène Onéguine monté peu avant sa mort par Götz Friedrich (en mars et avril), l’étonnant Hänsel et Gretel de Humperdinck signé Andres Homoki en décembre et Tiefland de d’Albert en juin et juillet.

Komische Oper
La saison, à l’opéra populaire berlinois, s’ouvre le 28 septembre avec un ballet monté sur le Requiem de Mozart suivi, le 2 novembre, d’un opéra pour enfant intitulé Robin Hood dû au compositeur Frank Schwemmer. Le 23 novembre, la Traviata ‘bénéficiera’ de la relecture de Hans Neuenfels, connu pour ses mises en scène fleurant bon le scandale ; le spectacle sera placé sous la direction du nouveau chef musical de la maison, Carl St. Clair. Le 25 janvier, Thilo Reinhard proposera sa nouvelle mise en images de La Dame de Pique de Tchaïkovsky alors que le 5 avril, Calixto Bieito scellera le sort scénique d’une nouvelle Armida de Gluck. Signalons que ce metteur en scène sulfureux (dont le dernier Don Carlos bâlois est dans toutes les mémoires) reviendra deux fois dans la ville rhénane cette hiver pour une nouvelle Lulu de Berg ainsi qu’ un spectacle de zarzuela espagnole. Une opérette de Künnecke, peu connue chez nous, suivra le 3 mai ( Der Vetter aus Dingsda ) avant la création mondiale le 21 juin d’un Hamlet sur une musique de Christian Jost.
Comme le veut la coutume, les chanteurs à l’Opéra Comique sont moins connus que dans les deux autres établissements de la ville car ils sont presque tous rattachés à l’année à la troupe de la maison ou, le cas échéant, s’engagent à venir chanter tel ou tel rôle chaque fois que le titre est mis à l’affiche. Les noms célèbres ne se bousculent donc pas sur ce plateau, mais si l’on tient à voir une fois ce que le concept de ‘théâtre musical total’ veut réellement dire, il ne faut pas rater un seul des spectacles de cette maison décidément pas comme les autres où, de surcroît, tous les ouvrages sont donnés en langue allemande.
Au répertoire, signalons une très belle réalisation de L’Amour des trois Oranges de Prokofiev (en novembre et décembre), une réalisation délicieusement décapante du Pays du Sourire de Lehar et un cycle des cinq grands opéras de Mozart confié à des metteurs en scène différents qui se targuent tous – à raison ! – d’avoir une approche neuve de leur sujet.

Staatsoper : parmi les reprises figure « Tristan und Isolde » dans la mise en scène de Harry Kupfer, ci-dessus avec Waltraud Meier (Isolde) et Christian Franz (Tristan)
Photo © Monika Rittershaus

Staatsoper
L’annonce de la saison a été indûment retardée à la suite du conflit mentionné plus haut et l’une des nouvelles réalisations prévues n’aura pas lieu car Peter Mussbach, qui devait en assurer la mise en scène, ne remettra plus les pieds au théâtre.
Eugène Onéguine de Tchaïkovsky, confié aux bons soins d’Archim Freyer, ouvre les feux le 27 septembre avec Daniel Barenboim à la direction et la participation de Anna Samuil, Roman Trekel et Rolando Villazon dans les rôles principaux.
Signalons deux superbes reprises dirigées ce même mois par Barenboïm : Le Joueur de Prokofiev et un Tristan und Isolde inoubliable, réglé par Harry Kupfer, avec la prise de rôle de Katharina Dalaymann.
Le 11 novembre verra la création d’un opéra consacré à la figure quasi mythique du poète allemand Hölderlin sur une musique de Peter Ruzicka, l’ancien directeur du festival de Salzbourg. La mise en scène aurait dû être de Peter Mussbach… mais chut, on n’en sait pas plus pour l’instant !... Le 15 février suivra une nouvelle production du Faust de Gounod, un ouvrage relativement peu joué sur les scènes de la capitale, avec Alain Altinoglu à la direction, Marina Poplavskaya en Marguerite, Charles Castronuiovo en Faust, Roman Trekel en Valentin et René Pape en Méphisto.
Pour le traditionnel festival pascal, Daniel Barenboim dirigera le 4 avril une nouvelle production de Lohengrin montée par Stefan Herheim, un provocateur patenté, et confié aux cordes vocales de René Pape, Dorothea Röschmann, Michaela Schuster et Burkardt Fritz dans le rôle titre. Ensuite, le 8 mai, un nouvel Orlando paladino de Haydn sera importé d’Innsbruck avec René Jacobs à la direction pour remplacer une autre production qui eût dû être signée de Peter Mussbach (on relève le nom de Roberto Sacca dans la distribution plutôt fragmentaire du programme) avant que ne soit donné, en guise de point final, un nouvel Enlèvement au Sérail monté pour Christine Schäfer par Michael Thalheimer et dirigé par Philippe Jordan.
Parmi les très nombreuses reprises lyriques de la saison, signalons le beau Fidelio monté par Philippe Braunschweig (en septembre), la Salome signée Harry Kupfer (en juin), un étonnant Parsifal (en mars) et surtout une Flûte enchantée (dix représentations de décembre à juin) donnée dans la reconstruction des décors de la première berlinoise…
Le ballet d’Etat berlinois, qui danse indifféremment dans les trois maisons, prévoit la création d’une pièce dansée consacrée au Caravage le 7 décembre (chorégraphie de Mauro Bigonzetti) et la première d’un ballet de Patrice Bart, Das flammende Herz , monté sur des musiques de Mendelssohn. Au répertoire, Casse Noisette, Giselle , une grandiose soirée Jerome Robbins, Onegin du regretté Cranko et un beau Lac des Cygnes entre autres...

Eric Pousaz

Pour de plus amples renseignements, visiter les sites des opéras :
http://www.deutscheoperberlin.de
http://www.komische-oper.berlin.de
http://www.staatsoper-berlin.org/start/index.php