Concours de Genève
Entretien : Didier Schnorhk

Didier Schnorhk, secrétaire général, évoque les différents aspects du Concours de Genève 2008.

Article mis en ligne le octobre 2008
dernière modification le 27 octobre 2008

par Martine DURUZ

Créé il y a soixante-neuf ans, le Concours de Genève sera réservé, en automne 2008, aux jeunes pianistes et violoncellistes et se déroulera du 15 au 29 octobre. De grands pianistes s’y sont illustrés à leurs débuts, tels Arturo Benedetti Michelangeli, Sir Georg Solti, Friedrich Gulda, Maria Tipo, Martha Argerich, Maurizio Pollini, Christian Zacharias et Nelson Görner, parmi d’autres.

De même les violoncellistes Antonio Janigro, Rocco Filippini, Frans Helmerson, François Guye, Leonid Gorokhov Claudio Bohorquez, François Salque, Rafael Rosenfeld et Tatiana Vassilieva. Précisons que le Concours n’a mis que quatorze fois cet instrument au programme de ses épreuves.

Les jurés, comment les choisir ?
Pour le piano, le jury sera présidé par le pianiste français Jean-Claude Pennetier, dont Didier Schnorhk admire la riche et fascinante personnalité et pour le violoncelle, par un musicien que l’on ne présente plus, François Guye. Neuf jurés composeront chaque jury, soigneusement choisis selon plusieurs critères. Bien sûr le facteur disponibilité joue un rôle important car il n’est pas évident d’interrompre le cours habituel de ses activités (concerts, enseignement) pour venir siéger deux semaines à Genève. Les artistes font pourtant leur possible pour se libérer, bien que l’aspect financier ne soit pas intéressant, parce que c’est aussi un honneur que de participer à un événement de ce type et qu’ils aiment être bien reçus dans la ville du bout du lac. Ils représentent différentes écoles, différentes façons de vivre la musique.
La liste des jurés est la suivante :
Piano : Idil Biret, Turquie ; Bella Davidovich, Russie ; Janina Fialkowska, Canada ; Homero Francesch, Uruguay ; Evgeni Koroliov, Russie ; Heinz Medjimorec, Autriche ; Sébastien Risler, France et Yang Liqing, Chine.
Violoncelle : Lluis Claret, Andorre ; Valentin Erben, Autriche ; Karine Georgian, Russie ; Walter Grimmer, Suisse ; Maria Kliegel, Allemagne ; Roland Pidoux, France ; Tsuyoshi Tsutsumi, Japon et la grande Natalia Gutman, Russie. Certains noms sont évidemment plus connus que d’autres du grand public, mais, précise Didier Schnorhk, point n’est besoin d’être un grand soliste pour être un musicien de valeur.

Didier Schnorhk

Les candidats
Il y en a trop ! Cette année 200 pianistes et 157 violoncellistes se sont inscrits. Près d’un tiers ne viendra pas, mais ce sera toujours trop. C’est pourquoi, dès l’an prochain, les musiciens subiront un premier tri après évaluation du CD ou DVD qu’ils auront envoyé. Ce changement est devenu nécessaire, même si l’écoute directe reste évidemment plus sûre. D’ailleurs la plupart des concours présélectionnent. Par exemple le Van Clyburn, qui a lieu tous les quatre ans, a amplement le temps de faire des présélections aux Etats-Unis, en Asie et en Europe. Ici ce serait impossible puisque le concours a lieu chaque année. D’autre part, question de principe, le Concours de Genève ne s’occupe pas de prospection.
Après les premiers éliminatoires, vingt pianistes et vingt violoncellistes resteront. Autant dire que la moindre erreur sera fatale. Même un parcours sans faute ne garantira pas le passage à l’étape suivante, car les jeunes musiciens ne peuvent échapper à la subjectivité de leurs juges.
En ce qui concerne le piano, environ la moitié des candidats est constituée par des Asiatiques ou des Américains d’origine asiatique. Les femmes sont en majorité et l’âge moyen des concurrents est de 25 ans. Les Japonais sont les plus nombreux. En revanche il y a davantage de violoncellistes hommes que de femmes. L’âge moyen est de 24 ans et les Coréens forment le groupe le plus important.

Le programme
Il est lourd ! Pour l’éliminatoire, il faudra présenter le premier mouvement d’une sonate de Mozart ou de Haydn et deux Etudes de Chopin.
Les pianistes devront ensuite satisfaire à de nouvelles exigences : interpréter obligatoirement trois des Huit Préludes de Frank Martin en plus d’une sonate de Beethoven et d’une pièce contemporaine au premier récital, et jouer l’un des deux quatuors avec piano de Mozart à la finale, en plus d’un concerto à choisir dans une liste donnée. Le second récital auquel participeront au maximum huit candidats consiste en un libre choix dont l’originalité et la variété seront déterminantes. Les solistes seront accompagnés par l’Orchestre de la Suisse Romande sous la direction du chef allemand d’origine brésilienne, Markus Bosch, qui avait dirigé l’OCG lors de la finale du concours de piano en 2006.
Les épreuves comportent deux nouveautés pour le violoncelle également : un duo avec violon de Kodaly (op.7) ou de Ravel (op.73) à la finale 1 et l’exécution d’une œuvre commandée au compositeur suisse Gérard Zinsstag. L’éliminatoire exige : le prélude de l’une des trois dernières suites de Bach et une pièce moderne pour violoncelle seul.
Le récital 1 : la pièce de Zinsstag, pour violoncelle et piano préparé , la Sonate en do maj. op 102 no1 de Beethoven et une pièce romantique. Le récital 2 : un programme au choix avec ou sans piano.
La finale 1 : voir plus haut. La finale 2  : un concerto (de Haydn, Schumann, Tchaïkovski ou Saint-Saëns). Simon Gaudenz (voir entretien), Bâlois d’origine et premier prix du concours Rozhdestvensky 2006, dirigera l’OCG lors de cette finale.
Souhaitons bonne chance à ces jeunes musiciens dont la tâche se révèle de plus en plus difficile. Le niveau technique est actuellement si haut que l’excellence musicale ne suffit plus, nous dit Didier Schorhk. Gagner un concours permet de se faire remarquer, mais la partie est loin d’être gagnée. Il faut bien vite trouver un manager efficace, avoir des relations, entrer dans des réseaux, avoir un look qui plaît… Quant au Concours de Genève, il continuera à servir de tremplin, en particulier dans le domaine du chant, du piano et du quatuor à cordes, spécialités qui attirent autant le public que les sponsors.

D’après des propos recueillis par Martine Duruz