Théâtre de l’Odéon
Entretien : Olivier Py

Olivier Py, directeur du Théâtre de l’Odéon, évoque la nouvelle saison.

Article mis en ligne le octobre 2008
dernière modification le 28 octobre 2008

par Ann SCHONENBERG

Après avoir dirigé le centre dramatique d’Orléans pendant neuf ans, Olivier Py, que l’on connaît en tant que comédien, auteur, metteur en scène et chanteur à ses heures, endosse le rôle de directeur du Théâtre de l’Odéon. C’est avec enthousiasme qu’il revient sur sa dernière création, L’Orestie, qu’il nous parle de sa nouvelle mission et bien sur, nous présente la nouvelle saison. Rencontre.

Vous avez clos votre première saison à la tête du théâtre de l’Odéon avec une incroyable mise en scène de L’Orestie. Parlez-nous de cet énorme projet que vous avez entrepris ainsi que du choix de retraduire le texte.
Il y a une quinzaine d’années que je pense à monter L’Orestie. J’ai fini par comprendre que je ne serai jamais prêt, donc c’était le moment. Je crois que c’est une œuvre parfaite pour se présenter au public, ouvrir une nouvelle période d’un théâtre parce que c’est une œuvre totale. Elle est politique, elle est poétique, elle est une réflexion anthropologique sur l’humanité, sur l’origine de la violence etc. Je ne me sentais pas de monter une traduction que j’avais, j’en avais entre huit et dix. J’ai dû me résoudre à entrer dans le texte. Ce sont deux années de travail qui n’ont pas été rébarbatives, au contraire, elles ont été des moments de calme, de méditation, d’enseignement. Rencontrer Eschyle deux heures par jour, comme je l’ai fait pendant deux ans, ça a été merveilleux.

Le choix d’avoir fait chanter de choeur accompagné du Quatuor Léonis place votre mise en scène à la limite entre théâtre et opéra.
Vous avez raison, c’est probablement l’élément principal de cette mise en scène. D’abord je n’imaginais pas une Orestie dans laquelle on ne chante pas. Ça me semblait impossible. Il y a un chœur qui ne chante pas, c’est celui du coryphée. Il y a un chœur qui parle et un chœur qui chante. C’est tellement structurel dans la forme des tragédies, et plus encore dans les tragédies eschyléennes parce que le chœur y joue un rôle central. Il y a aussi un argument philosophique qui est que l’homme qui parle et l’homme qui chante ne s’expriment pas au même endroit. Dans L’Orestie on se demande toujours comment l’individu et le collectif se répondent, comment on passe d’une douleur individuelle à une douleur collective, comment une douleur collective, une commune douleur produit de la souffrance individuelle. Et puis on découvre par cette œuvre que l’individu est sauvé par le collectif. Que c’est justement quand il cesse de se considérer comme insulaire mais qu’il décide de construire quelque chose collectivement que sa tragédie personnelle est transfigurée. Et ça c’est le chœur chantant lui-même qui le dit. Et il ne faut pas oublier que l’opéra est né d’une tentative de retrouver la tragédie.

« L’Orestie » dans la mise en scène d’Olivier Py
photo © Alain Fonteray

Etes-vous satisfait de cette première saison ?
C’était une année merveilleuse, un peu fatigante. J’ai découvert que travailler quinze heures par jour ça n’était pas suffisant… voilà ce que j’ai découvert ! C’est une grande maison institutionnelle mais c’est une maison heureuse. Il y a une équipe formidable, très dynamique, très excitée à l’idée qu’il y ait un nouveau projet, projet que nous avons aussi élaboré ensemble cette année. Un projet pas seulement artistique, mais aussi politique et social. Et puis il y a aussi un public assez formidable à l’Odéon. Je crois que la nouvelle saison va être une saison test. Il y a une génération d’artistes qui n’est jamais venue à l’Odéon et ça c’est une injustice qu’il fallait réparer.

Comment endossez-vous ce nouveau rôle de directeur du théâtre de l’Odéon ?
J’avais envie de faire une cure de responsabilité dans ma vie personnelle et intime. J’ai beaucoup écrit, je me suis beaucoup amusé, j’ai été souvent sur le plateau en diverses tenues… L’idée de passer quelques années plus au service des autres que de moi-même me séduit absolument.

Quelle est votre vision du théâtre actuellement ?
Je crois qu’il n’y a jamais trop de théâtres. On dit qu’il y a trop de compagnies en France, moi je trouve qu’il n’y a pas assez de théâtres. Nous allons vers un siècle du théâtre. La nouvelle génération est passionnée par le théâtre, beaucoup plus que la mienne. Beaucoup moins sur l’actorat beaucoup plus sur la mise en scène. Il y a une génération entière d’écrivains de théâtre qui va arriver. C’est comme si toutes les énergies spirituelles se retrouvaient dans ce bon vieux théâtre quelques fois quand elles on été découragées par ce qu’est devenu le cinéma, la vie littéraire, la vie politique. Alors tout cela se retrouve. Tous ces désarrois d’autres secteurs sont des affluents de la vie théâtrale.

Comment vous positionnez-vous par rapport aux autres scènes parisiennes ?
J’ai une mission assez large, et c’est le théâtre de l’Europe. C’est d’abord de travailler avec des artistes européens, de faire découvrir des artistes européens, j’inclus évidemment la France. J’ajouterais un souci des textes, des textes européens, des poètes vivants. Et puis offrir un lieu où l’on peut se retrouver pour parler, réfléchir, échanger, dialoguer, écouter tout simplement. Ça sera une des choses fondamentales de cette maison, il faut qu’elle soit ouverte, elle ne peut pas se contenter d’être une consommation culturelle à heure fixe, elle doit être beaucoup plus en relation avec ce qu’il se passe dans la société.

Pouvez-vous nous présenter la nouvelle saison qui est associée à l’écrivain Howard Barker ?
J’aimerais chaque année associer un poète. Cette année c’est Howard Barker qui me semble être l’écrivain de théâtre le important aujourd’hui en Angleterre. On monte quatre pièces de lui, c’est assez important, dont deux créations, Tableau d’une exécution par Christian Esnay et Gertrude (Le Cri) par Giorgio Barberio Corsetti. On ouvre la saison avec un Tartuffe par Stéphane Braunschweig. Il y aura un Othello et un Songe d’une nuit d’été presque en même temps, on ne peut pas faire une saison sans Shakespeare ! Moi je monte Trois contes de Grimm, un spectacle pour les enfants, c’est une création modeste par rapport à L’Orestie car la même année je fais une reprise du Soulier de satin qu’on a vu à Genève.
C’est vrai que c’est une année très chargée. Et puis nous ferons bien sur des accueils étrangers. Nous accueillerons la Schaubühne avec John Gabriel Borkman de Henrik Ibsen par Thomas Ostermeier, Eimuntas Nekrosius qui est un grand metteur en scène lituanien, ainsi qu’un plus jeune metteur en scène roumain Radu Afrim avec un texte tchèque Les Petites Histoires de la folie quotidienne de Petr Zelenka. Et puis il y a ce festival « Turbulences » qui me semble être très important, il faut absolument favoriser l’émergence. C’est la condition vitale du théâtre !

Propos recueillis par Ann Schonenberg

De plus amples informations sur le site de l’Odéon-Théâtre de l’Europe :
http://www.theatre-odeon.fr