Fondation Beyeler, Riehen
Riehen : Venise - De Canaletto et Turner à Monet

Magnifique exposition, dont l’idée est de donner un aperçu des tableaux vénitiens réalisés depuis le XVIII° s. jusqu’à la première guerre mondiale

Article mis en ligne le novembre 2008
dernière modification le 26 janvier 2009

par Régine KOPP

Venise - De Canaletto et Turner à Monet, tel est le sujet de la nouvelle
exposition de la Fondation Beyeler. Le visiteur peut s’étonner d’y rencontrer les noms de Canaletto ou de Guardi, qui ne sont pas vraiment des représentants de l’art moderne, auquel la Fondation consacre en général ses expositions.

Venise, le laboratoire de la lumière
C’est en fait une volonté de la part de la Fondation de montrer que l’art moderne n’est pas créé ex nihilo et que les œuvres du XX° siècle sont à replacer dans un contexte historique. On se souvient de l’exposition Francis Bacon et la tradition de l’art (2004), qui confrontait des œuvres de l’artiste à Vélasquez ou Rembrandt.

Fascination
L’idée de l’exposition est donc de donner un aperçu des tableaux vénitiens réalisés depuis le XVIII° siècle jusqu’à la première guerre mondiale, en rassemblant cent cinquante chefs-d’œuvre, huiles aquarelles, gravures et photographies. La Sérénissime a exercé de tous temps une fascination sur ses visiteurs et surtout sur les artistes, qui ont largement contribué à créer le mythe de Venise. Ils ont tous en commun de tomber sous le charme et le mystère de cette ville avec ses canaux, ses bateaux, ses palais, qui sont autant de sources d’inspiration. Mais c’est surtout le jeu du ciel et de la mer, de la lumière et de l’eau, qui permet aux artistes de développer une sensibilité personnelle.
Il est difficile de résister aux premières salles avec des vedute de Canaletto, dont maints détails retiendront le visiteur mais aussi la mise en scène de la lumière créant cette atmosphère si particulière, telle que nous la connaissons encore aujourd’hui. Il en est de même pour les œuvres de Guardi qui, tout en perpétuant la tradition des vedute, innove, comme dans le tableau du Canal de la Giudeccca avec le Zattere, où il représente le ciel teinté de rouge sur l’horizon et les reflets sur les façades et sur l’eau, au moment du crépuscule.

Atmosphère
Après cette introduction historique, le visiteur est confronté au style personnel de William Turner*. Plusieurs séries de toiles peintes et d’aquarelles nous montrent qu’il ne s’intéresse plus aux détails des paysages vénitiens mais qu’il cherche à rendre un climat, une atmosphère à laquelle participent l’eau, la lumière et l’air. A la fin du XIX° siècle, presque tous les impressionnistes ont fait le pèlerinage à Venise, pour y travailler sur la lumière. A ne pas manquer, Le Grand Canal à Venise d’Edouard Manet qui frappe le visiteur par l’audace de la touche et la variété des reflets.

Emotion
Mais c’est surtout Claude Monet dont la Fondation a obtenu les œuvres peintes par l’artiste, lors de son seul et unique séjour dans la ville, en 1908. Deux mois durant, il a mis en chantier en plusieurs lieux de la ville des tableaux qu’il achèvera dans son atelier à Giverny et qui seront exposés au printemps 1912 à la Galerie Bernheim-Jeune de Paris.
Un moment bien émouvant pour le visiteur de retrouver intégralement toute la série peinte, dans laquelle on sent la fascination de l’artiste pour la ville nénuphar, comme se plaisait à l’appeler Paul Morand. Une fascination identique que l’on retrouve aussi chez Paul Signac, Odilon Redon, James Mc Neill Whistler, qui en peignant Venise, élaborent une stratégie personnelle qui tient compte de leur création antérieure. John Singer Sargent, pour qui Venise tourna à l’obsession, représente l’avant-garde américaine et réalise des aquarelles et des huiles, dont le motif est derrière le somptueux décor de Venise.
Une excellente initiative de la part du commissaire de l’exposition Martin Schwander a été de consacrer toute une salle à des clichés historiques, illustrant parfaitement que les photographes de voyage ont également succombé au charme mélancolique de la ville. Puis, au sous-sol, l’espace est proposé à deux artistes contemporains. L’Allemande Vera Lutter cherche au moyen d’anciens appareils photographiques l’interaction entre l’eau et l’architecture de la ville. Quant au Belge David Claerbout, il a pris des clichés le matin entre 4 et 6 heures, ou le soir, juste après le coucher du soleil et crée des Lightboxes. Le visiteur pénètre dans une grande chambre noire et doit attendre que son œil s’habitue à cette luminosité si particulière, pour reconnaître des lieux par ailleurs familiers. Deux très belles approches contemporaines qui prouvent que Venise n’a pas fini d’inspirer ses visiteurs.

Régine Kopp

Jusqu’au 25 janvier

* A noter que Turner est à l’honneur à Ferrare, Palazzo del Diamante, jusqu’au 22 février 2009.