Film de février 2009 : “Two Lovers“
Article mis en ligne le février 2009
dernière modification le 20 février 2012

par Philippe BALTZER

Two Lovers


(USA 2008) de James Gray avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw (1h40)

Après une rude et magistrale trilogie mafieuse : Little Odessa, The Yards et We Own the Night, le jeune réalisateur américain James Gray a choisi de porter à l’écran une histoire d’amour vieille comme le monde et très librement inspirée d’une nouvelle de Dostoïevski. Sandra aime éperdument Leonard, mais ce dernier tombe raide dingue de Michelle, sa nouvelle voisine de palier. Bien entendu, Sandra est rassurante, compréhensive et raisonnable alors que Michelle est une enquiquineuse frivole et superficielle. Leonard devra donc choisir entre passion et raison, entre « agape » et « eros » !
Et là, vous me dites, tu peux te garder tes références russes ou grecques, les romances à l’eau de rose j’ai donné merci !
Pourtant dès la première seconde, vous serez captivé par le destin de Leonard, personnage tourmenté et un peu falot dont on apprend très vite qu’il souffre de troubles bipolaires. Une précédente histoire d’amour lui a brisé le cœur, et depuis, il glande mélancoliquement chez ses teinturiers juifs new-yorkais de parents. Soucieux de l’affection de Leonard, ses géniteurs verraient plutôt d’un bon œil une union avec la douce Sandra, dont les parents possèdent également une teinturerie. Mais ce qu’ils souhaitent par-dessus tout, c’est le bien de leur fils unique et sentimentalement prodigue.

« Two Lovers » de James Gray

La maîtrise formelle épurée, la réalisation élégante ainsi que la délicatesse avec laquelle James Gray dépeint ses comédiens dans cette banlieue de New York font de Two Lovers un petit bijou qui célèbre magnifiquement l’affranchissement du jeune cinéaste avec le « milieu » et ses rites criminels.
Le film repose largement sur les épaules de Joaquin Phoenix qui utilise instinctivement chaque bribe d’un dialogue rudimentaire pour donner de l’épaisseur à ce personnage de héros tragique ambigu et attachant. Joaquin Phoenix est un des grands acteurs du moment et son retrait annoncé du 7ème art est une perte considérable. Ses partenaires féminines, Gwyneth Paltrow et Vinessa Shaw, font quelques apparitions qui sont autant de moment de bonheur et de grâce. Mentionnons également Isabella Rosselini en extraordinaire « mama juive » qui, en un regard et une phrase échangée dans l’escalier, dit l’essentiel à son fils.
Il faudrait encore parler des gants, « main tendue » par Sandra à Leonard, du père qui se marre en regardant Benny Hill, de tous ces moments arrachés à la vie malgré la violence des sentiments.

Two Lovers est un roman photo noir, une œuvre sombre, cruelle et bouleversante.
Un film indispensable.

Philippe Baltzer