De passage à Genève
Portrait : June Anderson

June Anderson sera de retour à Genève, pour un concert de Noël.

Article mis en ligne le décembre 2008
dernière modification le 21 janvier 2009

par François LESUEUR

La grande soprano américaine June Anderson sera de retour à Genève, le 2 décembre au Victoria Hall, pour un concert de Noël dirigé par David Heusel, plein de surprises, où des pages de Haendel et de Mozart alterneront avec des mélodies plus légères et des chansons tirées de célèbres comédies musicales.
Un moment singulier et inmanquable.

Trente ans ! Comme le temps passe. Voilà trente ans que la soprano américaine June Anderson a débuté professionnellement sur la scène du New York City Opera, en interprétant la Reine de la nuit dans La flûte enchantée de Mozart. Entre ce premier rôle gratifiant et le concert qu’elle donnera prochainement à Genève, cette cantatrice atypique, talentueuse et traqueuse n’aura cessé de surprendre par la permanence de ses triomphes dans le répertoire bel cantiste, mais aussi par ses doutes, ses remises en causes, ses interrogations perpétuelles et sa constance à poursuivre son chemin, pour construire l’une des carrières les plus complètes.

Née à Boston le 30 décembre 1952, élève à l’Université de Yale, diplômée de littérature française, elle se destine au droit, mais son amour pour la musique l’emporte sur sa vocation première. Elle choisit de suivre des cours privés de chant à New York, avant de devenir l’élève de Robert Leonard qui lui enseigne les secrets de la technique belcantiste, secrets qui lui permettront d’aborder par la suite les partitions les plus diverses.
Alors qu’une carrière de colorature semble s’offrir à elle, la jeune artiste dotée d’une voix puissante, virtuose et disciplinée, a d’autres ambitions et
profite du renouveau rossinien pour s’engager sur les terres du belcanto romantique. Sa participation à l’enregistrement de Mosé in Egitto (pour Philips) en 1981, précède de peu ses débuts européens et sa première Semiramide à Rome (1982), rôle décisif auquel elle reviendra jusqu’en 1990 (production "babylonienne" du Met avec Marilyn Horne et Samuel Ramey) et qui demeure à ce jour sa plus parfaite incarnation rossinienne. Ce premier succès retentissant lui ouvre les portes des plus grands théâtres et Rossini devient son compositeur de prédilection pour les années à venir : Otello, Armida, Ricciardo e Zoraide, Maometto secondo, La donna del lago font d’elle une interprète idéale et l’unedes figures les plus importantes de la Rossini Renaissance.

June Anderson

Paris la découvre en 1985 dans un Robert le Diable de Meyerbeer resté célèbre, où sa longue voix fait sensation. Partenaire d’Alfredo Kraus dans La fille du régiment de Donizetti en 1986 (Salle Favart), sa technique exemplaire et sa virtuosité la consacrent reine du belcanto, héritière directe de Joan Sutherland, dont elle reprend le flambeau : elle est applaudie dans I Puritani, La sonnambula, après Beatrice di Tenda et I Capuleti e i Montecchi de Bellini en Italie, avant de s’emparer de Lucia di Lammermoor de Donizetti qui devient son rôle fétiche (Bastille 1995 et 1999, notamment, dans la formidable mise en scène d’Andrei Serban).
L’opéra français (Hamlet, Chérubin, La jolie fille de Perth) lui permet d’élargir son champ d’investigation musicale, sa carrière s’enrichissant dans les années quatre vingt dix de partitions plus lourdes, abordées sans précipitation, la maturité venant. Première Traviata en 1993, après Rigoletto et Luisa Miller, intelligemment suivis par Otello (1995), I due Foscari (1995), Giovanna d’Arco (1996), Ernani (1997), Il Trovatore (1998) et de l’intégrale d’I Lombardi avec Pavarotti (Decca), partitions verdiennes dans lesquelles son timbre plus sombre, son engagement plus dramatique et sa culture bel cantiste font merveille.

Malgré quelques tentatives dans le répertoire russe, Mazeppa (1993) et Eugène Onéguine (1995), ces incursions restent sans le lendemain, June Anderson préférant répondre aux propositions plus en accord avec sa personnalité. Prudente, mesurée, fuyant les mondanités et le star-system, June Anderson prouve qu’une artiste peut traverser les saisons et maintenir un niveau d’exigence constant. Souvent déçue et découragée par des spectacles indignes ou lacunaires, elle a de nombreuses fois fait craindre à son public qu’elle allait tout abandonner, n’ayant plus la force de se battre. Et pourtant elle est toujours revenue. A l’heure où la plupart des sopranos de son époque abandonnent progressivement la scène à bout de voix, Anderson est toujours là dans une état vocal que beaucoup lui envie : émission haute, ambitus toujours large, phrasé souple, souffle étendu et vocalises moins aériennes certes, mais toujours sures. La décennie qui s’achève l’a montrée très audacieuse dans ses choix : depuis sa prise de rôle attendue et au combien réussie de Norma de Bellini en 1997 à Chicago, la cantatrice s’est illustrée avec succès dans Anna Bolena de Donizetti, (Pittsburgh et Bilbao), allant jusqu’à oser Capriccio à Naples et Daphné à Venise, deux héroïnes straussiennes dans lesquelles on ne l’avait pas imaginée, ajoutant Il viaggio a Reims du cher Rossini (Monte Carlo 2005) et The Bassarids de Henze (Châtelet 2005) à son actif.

Si aujourd’hui ses prestations sont plus espacées que par le passé, June Anderson se produit encore avec régularité à l’opéra (elle reprendra Norma à Trieste en mars), en concert (le dernier programme donné Salle Pleyel le 1er octobre dernier était mémorable, un an après son premier Requiem de Verdi d’une remarquable intensité, dirigé par Eschenbach) et elle devrait, enfin, chanter sa première Lucrezia Borgia de Donizetti, à Liège en juin 2009, en version concertante.
On sait que sa rencontre avec Leonard Bernstein un an avant sa mort, pour le mémorable enregistrement de Candide (DG), a beaucoup comptée et que sa personnalité plutôt réservée avait pu se libérer au contact d’une musique vive, sensuelle et désopilante. Le concert qu’elle donnera à Genève le 2 décembre avec l’Orchestre de Chambre de Genève dirigé par David Heusel devrait lui permetttre de montrer toutes les facettes de son immense talent.
Ne ratez surtout pas ce rendez-vous.

François Lesueur

Mardi 2 décembre 2008 20h30 « De Mozart à Broadway »
Location 022 807 17 96