Salle Métropole, Lausanne
Lausanne : Charles Dutoit & l’OCL

Evénement à Lausanne, avec la venue de Charles Dutoit et Martha Argerich.

Article mis en ligne le décembre 2008
dernière modification le 31 janvier 2009

par Beata ZAKES

En janvier 2009, un couple légendaire se réunira sur scène, en l’espace de deux soirées. Martha Argerich sera au piano et Charles Dutoit à la direction.
Ce concert anniversaire sera également un hommage à Jean Balissat.

Inutile de présenter celui à qui l’on pourrait sans hésitation accorder les titres de recordman du monde classique (plus de 170 enregistrements avec différentes phalanges à son compte et environ 150 concerts par an !) et de chef-globetrotter (il s’est déjà produit dans presque 200 pays)...

Son parcours
Comparé à d’autres artistes, Charles Dutoit a eu des débuts tardifs. Attiré également par les sciences, il n’a touché un instrument qu’à l’âge de 11 ans : son choix s’est alors fixé sur l’alto, après quelques essais avec un trombone que son père a rapidement jugé trop bruyant pour un instrument d’appartement. C’est la découverte d’un enfant prodige italien, Roberto Benzi, qui l’a mis sur la piste de la direction d’orchestre : très stimulé, il achève bientôt ses études au Conservatoire de Genève. Ansermet, Munch et Karajan étaient ses modèles ; ce dernier l’a d’ailleurs invité à diriger l’Opéra de Vienne lorsque Charles avait à peine vingt ans ! Depuis, tout est course effrénée et vertige : festivals, concerts, tournées (il admet avoir déjà effectué des tournées parallèles avec deux orchestres en même temps...), projets et enregistrements, prix et récompenses (Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres décerné par le gouvernement français, Officier honoraire de l’Ordre du Canada)..... L’intensité de son travail combiné avec le rythme de ses déplacements font peur même à ses amis. Mais à passé 70 ans, il promet de prendre un peu plus de temps pour lui et de se concentrer sur ses deux engagements les plus récents : la direction musicale comme chef principal du Philadelphia Orchestra et la direction artistique du Royal Philharmonic de Londres.

Charles Dutoit

Ses principes
Charles Dutoit est un musicien cultivé et exigeant : ses années auprès de l’Orchestre Symphonique de Montréal lui ont valu la réputation d’un maestro incisif avec ceux qui ne fournissent pas assez d’effort individuellement. Le chef se doit de connaître tous les instruments dans les moindres détails ; il est un musicien qui joue d’un instrument très complexe : l’orchestre. Tout d’abord, nous travaillons lentement, piano. Les musiciens apprennent à s’écouter les uns les autres et à se corriger eux-mêmes. Je n’ai pas le temps de corriger les notes. Les musiciens doivent connaître leurs rôles et être responsables de leur intégration dans le groupe. Un orchestre doit être exposé aux défis ; digérer la musique en un peu de temps, confie-t-il dans un entretien. Dans les enregistrements, le son doit être le plus naturel. Au lieu de s’abandonner au jugement clinique d’un technicien trop zélé, le chef et ses musiciens placent eux-mêmes les micros ! Envers le public, Charles Dutoit se montre plutôt pédagogue qu’exigeant. Son objectif n’est pas de s’adresser à une élite, il vise l’éducation de tous, en alternant dans ses programmes grands classiques et pages modernes.

Son répertoire, son style
Les chemins de sa carrière l’ont mené en 1977 à Montréal, son port d’attache pour plus de 25 ans. Un contrat de fidélité pareil l’a uni à la maison des disques DECCA qui a trouvé en lui un chef de tradition française digne de graver en numérique les répertoires français et russe pour pallier aux manques et difficultés de travailler avec des musiciens français de pure souche. Il a su convaincre dans son Daphnis et Chloé, comme dans nombre de ses gravures, devenues désormais incontournables. Curieux, pour ne pas dire vorace, ce directeur s’est déjà aventuré sur des territoires très vastes, en pratiquant le requiem et l’art lyrique (même s’il classe l’opéra dans le domaine de ses hobbies !)

Martha Argerich
Photo Patrick Riou

Le maestro est avant tout un coloriste sophistiqué : alors que l’on loue d’habitude la plénitude des cordes propre à la musique française, russe et espagnole du XIXe et du début du XXe siècles (dans les symphonies d’Albert Roussel, par exemple), il peint de grandes fresques dramatiques, qui annoncent presque les décors sonores hollywoodiens [apex 2564 64549-2]) ; il est également intéressant de l’entendre diriger la musique contemporaine pour se remplir les oreilles des trompettes vigoureuses ou des flûtes stridentes d’un Honegger [apex 2564 62033-2, apex 2564 62687-2]. Le coffret-hommage « The Art of Charles Dutoit » (6 CDs chez DECCA, 475 7930) nous fera connaître d’autres facettes du maestro, tantôt peintre traçant des paysages russes avec des violoncelles aux teintes pastel (dans Mussorgsky), tantôt artiste de cirque (Stravinsky), tantôt musicien de jazz (Gershwin). En bonus, un film DVD consacré à une vision tout à fait originale de deux oeuvres de Prokofiev : on peut y voir des violonistes, en robes de ballerine, jouant sous les casques d’un salon de coiffure moderne !

Martha Argerich
Parmi tous les noms associés à celui du chef cosmopolite, celui de Martha Argerich a certainement eu le plus d’écho. Mariés de 1969 à 1973, ils ont gardé des liens artistiques marqués par des retrouvailles fréquentes. Les 26 et 27 janvier, ils marqueront ainsi ensemble le.... cinquantième anniversaire de leur concert lausannois du 1959, leur premier engagement par Radio Lausanne. La pianiste originaire d’Argentine venait alors de remporter le Prix de Genève. Les carrières internationales des deux musiciens débutaient... Les nostalgiques de cette période (ré)découvriront avec plaisir des fragments d’une interview enregistrée en 1972 dans leur maison de Jouxtens (à retrouver sur « qobuz.com ») : les sons du piano perlés ou énergiques enveloppés dans les nuages de fumée de cigarettes de la pianiste fougueuse, le bruit des pages de partition tournées par un chef au maximum de sa concentration... Les mélomanes lausannois peuvent être certains que l’alchimie entre les deux jouera !

Beata Zakes

Lundi 26 janvier à 20h30, mardi 27 janvier à 20h. Salle Métropole Lausanne. Billeterie OCL 021/345 00 25.