A la Comédie Française
Paris, Théâtre : "Fantasio"

Magnifique début de saison avec un Fantasio fantasmagorique.

Article mis en ligne le novembre 2008
dernière modification le 22 février 2009

par Ann SCHONENBERG

Denis Podalydès ouvre la saison de la Comédie-Française avec un Fantasio fantasmagorique.

Ce spectacle est poétique, par le texte bien sûr et par cette simplicité, cette légèreté qui se dégage entre autres par les costumes dessinés par Christian Lacroix. Le décor imaginé par Eric Ruf, sociétaire de la Comédie Française, à l’image des costumes, est élégant ; tel un carrousel, il tourne au son d’un bel extrait de l’opéra Rossini. La voix envoûte Fantasio qui sombre dans l’alcool, se saoule comme la musique nous transperce. Ce kiosque à musique, unique décor, nous emporte d’un lieu à un autre, nous fait voyager dans l’esprit de Fantasio.

Déguisements
Retour dans le monde de l’enfance où le déguisement amuse les personnages et sème le chaos. Il y a tout d’abord Fantasio qui, poursuivi par ses créanciers et triste de n’exercer aucune profession, voudrait changer de peau afin d’accomplir l’action de sa vie. Cela devient possible quand il apprend la mort de Saint-Jean, le bouffon du roi. Prenant alors l’aspect de ce dernier, Fantasio part au château pour essayer de convaincre la princesse Elsbeth, qui s’apprête à se marier avec le ridicule prince de Mantoue pour la paix du royaume, d’écouter son cœur et non la raison. Fantasio, philosophe et poète, ouvrira les yeux de la princesse.

Cécile Brune est « Fantasio ».
Copyright : photo Cosimo Mirco Magliocca

Pendant ce temps le prince et son aide de camps, Marinoni, forment un beau duo grotesque en s’amusant eux aussi à se déguiser en échangeant leurs habits afin d’inverser leurs rôles car le prince veut conquérir la princesse pour ce qu’il est et non pour ce qu’il représente. C’est avec la plus grande naïveté qu’il se prête à ce jeu. Le sort finira par se jouer de lui, et c’est plus ridicule que jamais qu’il repartira bredouille.
Denis Podalydès a choisi Cécile Brune pour interpréter le jeune Fantasio. La voix de celle-ci, forte et poignante, chante le texte poétique de Musset et ce travestissement nous offre un Fantasio tout en finesse.
Le prince est joué par Guillaume Gallienne et son aide de camp par Adrien Gamba-Gontard. A eux deux, ils font rire en mettant en valeur le grotesque de leurs personnages. Le reste du casting : Florence Viala, le princesse Elsbeth, Claude Mathieu, la gouvernante de la princesse, Christian Blanc, le roi de Bavière et Clément Hervieu-Léger, Spark, jouent dans le même ton juste et en toute simplicité.

Avec ce Fantasio, Denis Podalydès nous ouvre la porte d’un espace qui se situe entre rêve et réalité, entre prison, ville enfumée, château et bouiboui et où la question « Comment s’extirper de l’éternelle rêverie où nous sommes, dans un monde où plus rien n’est ce qu’il est ? Comment faire quand même quelque chose ? » semble être le moteur des personnages. La beauté de la pièce est puisée dans cette mélancolie qui est constituée de trois fois rien. Une boîte à musique, des voiles, un piano, des bruits de feux d’artifice au loin et le texte, qui est magnifique.

Ann Schonenberg

« Fantasio », jusqu’au 15 mars 2009 à la salle Richelieu