Opéra de Monte-Carlo
Monte-Carlo : “Turandot“

Une Turandot remarquable à tous points de vue, pour l’ouverture de la saison lyrique monégasque.

Article mis en ligne le février 2010
dernière modification le 24 février 2010

par François JESTIN

Beaucoup de spectateurs italiens en ce dimanche après-midi, il faut dire que l’Italie est à un petit vol d’oiseau de la Principauté, et que Turandot y est l’un des titres les plus populaires du répertoire.

La production du cinéaste chinois Chen Kaige (entre autres Palme d’Or à Cannes en 1993 pour Adieu ma concubine), a été créée la saison dernière au Palau de les Artes Reina Sofia de Valence, et trouve idéalement sa place sur le vaste plateau du Forum Grimaldi.
Les décors de Liu Qing et les costumes colorés de Chen Tong Xun en imposent, mais sans tomber dans le tape-à-l’œil ni les clichés kitsch : après un court prologue (« Popolo di Pechino ») joué devant un somptueux rideau chinois, la salle est immédiatement plongée au cœur de la Cité interdite (certaines images du film Le dernier Empereur remontent en mémoire). Les séquences défilent pour le plaisir des yeux : à l’acte I, le chœur d’enfants chante en coulisse pendant que de petits bonzes jettent des papiers autour du bourreau, au II ce sont Ping, Pang et Pong qui font poétiquement de la balançoire en se rappelant leurs doux souvenirs de « casa nell’Honan » et autre « laghetto blu », et au 3ème acte Liù se suicide symboliquement en croisant un ruban autour de son cou.

« Turandot » avec Sylvie Valayre (Turandot) et Fabio Armiliato (Calaf)
© Opéra de Monte-Carlo

Les protagonistes sont de premier ordre, avec une Turandot – Sylvie Valayre – impressionnante dans son air d’entrée « In questa reggia », en particulier un « grido » long, appuyé, glaçant. La soprano force toutefois sans doute un peu ses moyens, avec un medium qui fatigue légèrement – déjà pendant l’épreuve des énigmes – et un grave inconfortable et souvent confidentiel. Le ténor Fabio Armiliato (Calaf) demeure quant à lui vaillant de bout en bout, ligne de chant soignée, timbre sain et aigus robustes, tandis que Daniela Dessi (Liù) n’est pas dans le même état de fraîcheur : instrument aujourd’hui très usé, sonorités métalliques et large vibrato.
Giorgio Caodoro, Norbert Ernst et Florian Laconi sont des Ping, Pang, Pong de luxe, la basse Ramaz Chikviladze (Timour) remplit son office, ainsi que Guy Gabelle (Altoum) qui fait bien mieux que l’habituel ténor croulant et chevrotant.
La qualité musicale est également admirable, avec un son soigné dès les premières mesures, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo suivant les justes nuances impulsées par le chef Jacques Lacombe (la dynamique, quelques passages piano subito, des détails aux percussions, certains effets stéréophoniques, …). Les chœurs de l’Opéra de Monte-Carlo, renforcés pour l’occasion par ceux de l’Opéra National de Montpellier, sont aussi très bien préparés, et chantent ensemble dans un excellent italien.

François Jestin

Puccini : TURANDOT : le 22 novembre 2009 à l’Opéra de Monte-Carlo