Opéra de Nice
Nice : “Parsifal“

Excellente représentation que celle de Parsifal, avec des chanteurs et un orchestre de qualité.

Article mis en ligne le mars 2010
dernière modification le 23 mars 2010

par François JESTIN

Nice accueillait la production de Roland Aeschlimann, montée pour Genève en 2004, et qui sera de retour au Grand Théâtre en mars, dans une distribution vocale totalement remaniée.

Le plateau et la fosse de l’Opéra de Nice sont trop étroits pour recevoir la mise en scène genevoise, ainsi que la grande formation orchestrale requise pour Parsifal, et les deux représentations se déroulent pour l’occasion dans la vaste salle de l’Acropolis, sorte de Palais des Congrès local. La première très bonne surprise est l’excellente acoustique de ce vaste vaisseau : son homogène à l’orchestre et volume appréciable des chanteurs. La seconde satisfaction est la qualité des chanteurs réunis ce soir, surtout concernant les solistes – et c’est bien l’essentiel ! – les emplois secondaires des écuyers ou des filles-fleurs étant un peu moins convaincants.

Dans le rôle-titre, Gary Lehman s’impose avec vaillance et une belle couleur vocale, aux côtés d’Elena Zhidkova (Kundry), dont la voix très sombre mais riche électrise chacune de ses interventions. Kurt Rydl (Gurnemanz) est encore aujourd’hui (débuts professionnels en 1972) une basse très impressionnante : l’instrument est évidemment un peu usé, et il manque d’un peu de souffle sur un petit passage du 1er acte, mais le vibrato est magnifiquement contrôlé, et quelles présence et autorité dès qu’il ouvre la bouche ! Jukka Rasilainen (Amfortas) projette de manière sonore, mais les mots sont articulés bizarrement, ce qui rend sa prononciation, sinon incompréhensible, au moins curieusement exotique. Peter Sidhom (Klingsor) utilise la noirceur de sa voix pour caractériser le personnage maléfique, et Victor von Halem (Titurel) se fait entendre, sans être vu du public.

« Parsifal »– acte I
© Ville de Nice / P.Tallon

La réalisation visuelle de Roland Aeschlimann est finalement plutôt classique et esthétique, sans révolution ou démarche d’actualisation forcée de l’œuvre. Un tulle en avant-scène baigne les actes I et III d’une lumière bleutée, plus ou moins intense (éclairages de Lukas Kaltenback). Les noms des chevaliers du Graal sont inscrits au sol, et le Saint Calice sera révélé en fond de plateau, vu par-dessus pour les spectateurs. La lumière passe au vert au II, et une immense lance occupe le volume chez Klingsor. Ce sont les costumes multicolores des filles-fleurs (signés par Susanne Raschig) qui évoquent le jardin enchanté ; l’intervention de la chorégraphe Lucinda Childs semble réduite aux quelques pas de côté esquissés par les filles-fleurs. La vision du III est plus originale, d’immenses draps blancs semblent d’abord figurer de petits monticules de neige, puis en passant dans les travées, Kundry découvre des alignements de petits bouddhas, façon guerriers en terre cuite de Xi’an. Cette “fonte des neiges“ illustre justement l’enchantement du Vendredi Saint et la longue attente des chevaliers. Enfin, le rendu orchestral est également un bonheur : la direction de Philippe Auguin, généralement plutôt rapide, veille à un constant équilibre avec le plateau.

François Jestin

Wagner : PARSIFAL : le 15 Janvier 2010 à Nice – Acropolis