Salle Métropole, Lausanne
Lausanne : Sir Neville Marriner

Portrait du chef d’orchestre Neville Marriner, de passage à la salle Métropole.

Article mis en ligne le avril 2010
dernière modification le 22 mai 2010

par Beata ZAKES

Grand spécialiste de Mozart et précurseur des « baroqueux », le chef inlassable et créateur de la fameuse « Academy of St. Martin-in-the-Fields » est très attendu à Lausanne les 12 et 13 avril prochains. Portrait d’un maestro très british qui savoure la musique comme une tasse de bon Darjeeling.

L’art de plaire et d’avoir du plaisir
«  Etre chef d’orchestre ? Il suffit juste de voir si l’on a assez de cran pour se mettre sur le podium et dire à tout le monde comment jouer. Il faut aussi avoir pas mal d’assurance et être raisonnablement extraverti, pour arriver à exprimer les choses. » Telle est la définition du métier par Sir Neville Marriner, dont la longévité et la discographie impressionnante ont déjà fait de lui une légende vivante. Son nom, indissociable de celui de “son“ Academy of St Martin-in-the Fields, a fait le tour de la planète plus d’une fois. L’on a souvent entendu les présentateurs des chaînes classiques britanniques dire que, s’ils empochaient un penny à chaque fois qu’ils annoncent un enregistrement de Marriner à la radio, ils seraient millionnaires très rapidement… De quoi se demander si le maestro est encore capable de reconnaître tous les morceaux gravés sous sa baguette infatigable et toujours inspirée ?

Sir Neville Marriner

Academy Story
2009, année du 50e anniversaire de la naissance de l’Academy, a été l’occasion d’évoquer les débuts de cet ensemble sans égal. C’était, au début, un groupe de jeunes musiciens quelque peu déçus de voir leurs voix se fondre dans une masse orchestrale… « Nous avions des choses à dire, nous voulions plus de responsabilités, nous étions un peu “gonflés” aussi… » ; les souvenirs qu’a Neville Marriner de cette époque contiennent une note de révolte romantique à la “Sturm und Drang“. Mais c’est vers la musique ancienne que ces jeunes “révolutionnaires“ se sont tournés d’abord, en explorant le répertoire des musiques italienne et allemande des XVIIe et XVIIIe siècles. «  C’est notre claveciniste, qui était également organiste de l’Eglise de St. Martin-in-the Fields, qui nous a proposé de nous produire dans cet endroit magnifique ; et le nom d’ “académie”, nous le devons à une soirée au pub avec le vicaire de St. Martin », évoque le maestro d’un air amusé. Fait historique, le voisinage de cette “church“ était connu au XVIIe siècle comme le foyer des rencontres des “académies“ : cercles littéraires, artistiques ou scientifiques qui unissaient des amis aux intérêts communs pour l’échange et le plaisir. Oui, “plaisir“ est certes un mot-clef dans la carrière du chef britannique, car « making music for fun » est devenu son but et sa motivation principale, qu’il a réussi à transmettre aux générations de musiciens (y compris son propre fils Andrew, devenu premier clarinettiste du London Symphony Orchestra, à la surprise de son géniteur qui le voyait plutôt champion de cricket…)

Comment ça marche ?
Contrairement à ce que l’on pouvait croire, les musiciens ne sont pas liés à l’Academy par un contrat. Vu la renommée de la phalange, chaque année 30-40 jeunes auditionnent pour vivre l’expérience pendant quelques années. La moyenne d’âge se situe entre 28-35 ans. Comme le maestro l’explique « nous ne mettons personne à la porte : les femmes musiciennes arrêtent souvent quand elles ont leurs enfants, car l’orchestre voyage beaucoup ; tandis que les hommes, vers 35 ans, partent à la recherche d’un contrat, d’une plus grande stabilité… » Ce qui reste, c’est la sonorité, ce timbre “clair et transparent“ que Neville Marriner a toujours recherché : pour plaire au maestro, il faut posséder une articulation précise, une intonation spécifique, et « pas trop de générosité dans le vibrato »… Ce sont ces traits techniques que l’on retrouve chez les « Baroqueux », que Marriner a d’une certaine façon annoncés mais, différence fondamentale, le Britannique n’a jamais cédé à un type d’engouement facile pour les instruments anciens.

Le présent et l’avenir
A travers les décennies, le répertoire de l’Academy s’est considérablement élargi et a évolué : pratiquement tout entre Mozart – quel auditeur n’a pas eu le frisson en écoutant son Requiem dans “Amadeus“ de Forman ? - et Elgar, avec une prédilection certaine pour la musique nationale, comme les concertos pour violoncelle de Britten et de Walton (enregistrés avec Julian Lloyd Webber pour Phillips Classics). A Lausanne, d’ailleurs, le maestro fidèle à ses classiques dirigera l’OCL dans un répertoire de Mozart, Williams et Tippett.
De la constellation initiale ne reste à l’Academy évidemment plus personne, à part le fondateur, qui occupe son poste à vie. Avec une touche d’humour bien britannique, Sir Neville Marriner avoue être « très conscient de sa mortalité » : il a d’ores et déjà assuré sa relève. Aujourd’hui, le pianiste Murray Perahia est le principal chef invité. De cette façon, le maestro, entre tournées et galas de charité, peut encore trouver du temps pour jouer au tennis avec ces voisins “farmers“… La recette de sa longévité ? « L’essentiel c’est de faire de la musique sérieusement, mais ne jamais se prendre au sérieux ! » Last but not least

Beata Zakes

Les 12 et 13 avril : Sir Neville Marriner à la tête de l’OCL. 8e concert d’abonnement. Au programme : Ralph Vaugham Williams, Fantasia on a theme by Thomas Tallis ; Michael Tippett, Concerto pour double orchestre à cordes ; W. A. Mozart. Symphonie n°41 « Jupiter ». Réservations : tél. 021 345 00 25. billeterie@ocl.ch