Genève - Victoria Hall
Genève : Sol Gabetta

La violoncelliste Sol Gabetta sera de passage à Genève, avec le Kammerorchesterbasel. Portrait.

Article mis en ligne le avril 2010
dernière modification le 22 mai 2010

par Pierre JAQUET

Son jeu est net, piqué et engagé. Portrait d’une violoncelliste riche d’imagination et de fantaisie.

Une personnalité haute en couleurs !
Née à Cordoba, en Argentine, il y a pas encore trente ans, Sol Gabetta a été élevée dans une grande famille, dans un milieu intellectuel fort stimulant. Cette fille de franco-russes parle maintenant couramment six langues !
« J’ai découvert le violoncelle à l’âge de quatre ans et demi. Et même s’il n’en existait pas de plus petit, dans mes bras, l’instrument ressemblait à une contrebasse ! », raconte Sol Gabetta en souriant. A l’âge de trois ans déjà, elle avait abordé le violon, aussi quand elle a découvert le violoncelle, ses progrès ont été rapides. « Je ressentais un réel besoin de découvrir tous les nouveaux instruments et mes parents m’ont laissée assouvir ma curiosité. Le passage à l’instrument plus grave a été très valorisant, car je pouvais transposer ce que j’avais déjà appris avec le violon. J’avais l’impression de progresser plus rapidement ! » Un argument plutôt convaincant pour une petite fille ! « Bien évidemment par la suite les choses n’ont pas été aussi aisées. Je suis aussi restée à cet instrument car mon frère aîné, qui a cinq ans de plus que moi, jouait bien du violon. Je ne pouvais pas rivaliser avec lui, et je sentais bien que je n’arriverais pas à son niveau ». Déjà beaucoup de caractère et de tempérament pour une enfant, qui se retrouveront conjugués, à l’âge adulte, à de la légèreté et à de la gaieté ! A 7 ans, elle remporte une première récompense : alors qu’elle avait tâté du violon, qu’elle pratiquait le violoncelle, qu’elle avait abordé le piano... elle s’achète une clarinette avec une partie de l’argent du prix !

Sol Gabetta

Voyages
Devenue adolescente, elle entraîne sa famille en Espagne, où elle veut poursuivre sa formation. « Peu de parents auraient accepté un tel sacrifice pour leurs enfants » dit-elle reconnaissante et admirative. « Ils n’ont peut-être pas pu nous donner beaucoup d’argent, à mon frère et à moi, mais ils ont toujours partagé notre passion de la musique, ont eu foi en notre talent et ont soutenu tous nos projets professionnels. Parfois je me demande si je serais capable de faire la même chose avec mes propres enfants ! » Elle accumule divers prix tout en travaillant avec Ivan Monighetti puis David Geringas. En 2004, Sol Gabetta, Suissesse d’adoption au passeport français, s’est vu décerner le Crédit Suisse Group Young Artist Award, une distinction qui comprend un prix de 75’000 francs et qui lui a également valu l’opportunité de se produire en concert avec l’Orchestre Philharmonique de Vienne lors du Festival de Lucerne...
Aujourd’hui elle se produit sur les scènes du monde entier, pour des récitals, de la musique de chambre, ou avec l’orchestre. Elle a désormais la ville de Bâle pour port d’attache et elle assure un enseignement dans l’Académie de Musique de la cité rhénane. Son répertoire couvre aussi bien l’univers contemporain que le monde baroque, sans oublier l’esthétique romantique.

Kammerorchesterbasel

Du relief
En concert elle fait montre de beaucoup d’énergie et de tempérament, malgré son physique frêle. Ce n’est pas pour rien que les femmes violoncellistes sont plutôt rares. « Cette force, qui est autant psychique que physique, vient de l’intérieur de moi-même. »
Personnalité volubile, Sol Gabetta définit la musique avant tout comme un moyen de communication. Dès son enfance, l’instrument lui a permis de construire une relation particulière, avec une de ses sœurs, autiste... Mais c’est bien évidemment un moyen d’atteindre son public. L’interprète a des projets avec les écoles. « J’apprécie l’écoute et la disponibilité des enfants ; je suis souvent étonnée des questions qu’ils posent. Ce sont souvent les plus difficiles... et aussi les plus intéressantes. Et fréquemment les parents sont plus difficiles à convaincre, à intéresser ! » Pour toucher l’autre, son violoncelle est, comme elle le dit, sa “voix“. C’est un Guadagnini de 1759 dont elle bénéficie grâce à une bourse privée de Hans K. Rahn.
Elle le qualifie de “partenaire“. « Il y a beaucoup d’excellents instruments, mais ils n’ont pas tous exactement le même son. Si je n’aime pas un son, je ne peux rien construire. Ce n’est pas facile de se sentir bien avec un instrument, même si dans l’opinion générale, il compte parmi les meilleurs ! »
Pour elle, la clef du succès réside dans la discipline et l’organisation. « Je ne peux pas tout planifier, je ne sais pas si mes intérêts ne vont pas évoluer, mais j’aime l’idée de pouvoir prendre ma vie en main ! »

Pierre Jaquet

Genève - Victoria Hall. Mardi, 13 avril 2010 à 20h 30
Programme : Jan Sibelius : Scènes historiques op. 66 / Edward Elgar : Concerto pour violoncelle en mi mineur op. 85 / Antonin Dvorák : Symphonie n° 7 en ré mineur op. 70, B 141. Kammerorchester Basel . Paul McCreesh, conductor
Location : 0800.418.418

Site internet : http://www.solgabetta.com