Spécial Grand Théâtre
Entretien : Jesús López Cobos

Quelques questions à Jesús López Cobos, qui participera à la prochaine saison du Grand Théâtre.

Article mis en ligne le mai 2010
dernière modification le 23 juin 2010

par Martina DIAZ

Chef d’orchestre éclectique, s’étant consacré tant au répertoire symphonique qu’aux chefs-d’œuvre lyriques, Jesús López Cobos incarne une des baguettes les plus importantes de notre temps. Ayant en effet dirigé les meilleurs orchestres du monde (directeur du Deutsche Oper Berlin de 1984 à 1988 ou encore du Cincinnati Symphonic Orchestra de 1986 à 2000), le chef d’orchestre espagnol est bien connu en Suisse, puisqu’il a été à la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne de 1990 à 2000.

La saison prochaine, la fosse du Grand Théâtre l’accueillera pour diriger I Puritani de Vincenzo Bellini. L’œuvre exige certes énormément, avoue-t-il, de la soprano et du ténor : aussi requiert-elle un suivi étroit entre la ligne mélodique et l’orchestre. Or, selon le maestro, l’accompagnement est toujours sous-estimé dans les interprétations belcantistes, alors même que, comme disait Tullio Serafin, rien n’est plus difficile à diriger que Bellini ! La direction sollicite en effet une grande proximité avec les chanteurs, qui doivent demeurer cadrés : il est ainsi nécessaire qu’un excellent contact relie les solistes au chef d’orchestre. C’est pourquoi Jesús López Cobos se réjouit que la soprano Diana Damrau, avec laquelle il a une excellente collaboration musicale, soit l’interprète d’Elvira.

Jesús López Cobos dirigera « I Puritani » en janvier-février 2011

Depuis 1979, le maestro a dirigé à maintes reprises l’Orchestre de la Suisse Romande – quoique les collaborations aient été plus espacées ces dernières années. Aussi se réjouit-il de retrouver cet orchestre, avec lequel il a déjà interprété plusieurs ouvrages lyriques, dont Tannhäuser et Don Carlo. Si le chef espagnol est habitué à diriger les formations les plus spécialistes du répertoire lyrique, il apprécie néanmoins vivement de retrouver l’OSR, dont il estime la flexibilité.

Jesús López Cobos envisage de jouer davantage en Europe centrale, près de la ville où il demeure : Lausanne. Lorsqu’il a donc appris que Tobias Richter prenait les rênes du Grand Théâtre de Genève, le maestro lui a proposé de collaborer à nouveau ensemble. Car le directeur et le chef d’orchestre se connaissent depuis les années 70, alors que Richter était dramaturge à Münich, ville dans laquelle López Cobos a beaucoup dirigé avant de poursuivre sa carrière à Berlin. Si leur relation n’a pas toujours été soutenue, le chef d’orchestre a souhaité renouer avec le Grand Théâtre et son nouveau directeur, sachant qu’il serait libre prochainement de ses engagements à Madrid.

En effet, à la tête de l’Orquesta Sinfónica de Madrid en résidence au Teatro Real depuis 2002, López Cobos abandonne ce poste dès septembre 2010. Lorsqu’on lui demande s’il désire redevenir titulaire d’un orchestre prochainement, la voix du maestro devient soudainement dure pour exprimer son refus catégorique. C’est qu’il souhaite désormais en finir avec les responsabilités, afin d’avoir davantage de temps libre. Parmi ses projets : une collaboration étroite avec l’opéra de Vienne, où il prévoit de diriger, parmi d’autres monuments de l’art lyrique, la Cenerentola.

Propos recueillis et traduits par Martina Díaz

Discographie sélective

Jesús López-Cobos a réalisé de nombreux enregistrements de haut niveau, que ce soit pour le label Telarc, pour Medici Arts, ou encore pour Opus Arte. Jesús López-Cobos est un chef d’orchestre de premier plan, qui a progressivement étendu son répertoire de l’opéra, par lequel il a débuté sa carrière, aux
œuvres symphoniques, tout en continuant à se concentrer sur la musique espagnole.
Petit à petit, Jesús López-Cobos a introduit dans son répertoire des œuvres majeures d’origine austro-allemande et slave, telles que des symphoniques de Bruckner, Mahler ou Chostakovitch, pour lesquelles il s’est révélé un interprète convaincant.

Dans le domaine de l’opéra, l’album intitulé « Amor, Vida de mi Vida », enregistré avec le Salzburg Mozarteum Orchestra, rassemble des musiques de Federico Chueca, Pablo Luna, Federico Moreno Torroba ou Manuel de Falla, entre autres (Domingo, Martinez, Lopez Cobos / Medici Arts DVD 2072478)
Avec le chœur et l’orchestre du Teatro Real de Madrid, Jesús López Cobos a enregistré « Cavalleria Rusticana » de Mascagni (Urmana, La Scola) et « Pagliacci » de Leoncavallo (Galouzine, Bayo) pour Opus Arte (OA0983D). Pour ce label, et toujours au Teatro Real de Madrid, citons encore « La Bohème » de Puccini (OA0961D), « La Traviata » de Verdi (OA0934D), ou « Un ballo in maschera » (OA1017D).
Pour le label TDKDVD, il a gravé « Manon » de Massenet, et « Les Contes d’Hoffmann » d’Offenbach.

Dans le domaine de la musique classique, citons quelques enregistrements réalisés pour le label Telarc. Avec l’orchestre symphonique de Cincinnati, Jesús López-Cobos a dirigé des œuvres de Turina et Debussy ; les symphonies No. 1 et No. 15 de Chostakovitch ; la symphonie No. 10 de Mahler, ainsi que des musiques de Dukas, de Rachmaninov, de Villa-Lobos, de Respighi.... autant d’enregistrements qui ont suscité des louanges. Avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne, il a enregistré, entre autres, de la musique de Respighi.

« I Puritani » de Bellini, les 26, 29 janvier 2011, 1, 4, 7, 10 février 2011 à 20h, et le 13 février 2011 à 17h