Film de juin 2010 : “Celda 211“

L’univers carcéral à nouveau à l’honneur grâce à la caméra de Daniel Monzón.

Article mis en ligne le juin 2010
dernière modification le 24 septembre 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

Celda 211


de Daniel Monzón, avec Alberto Amman, Luís Tosar. Espagne, 2008.

Le film Celda 211, de Daniel Monzon, est donc sorti grand vainqueur de la cérémonie des Goyas, qui a eu lieu le 14 février à Madrid. Le film, qui a connu un grand succès en Espagne, était seize fois nommé. Il a récolté huit Goyas, dont ceux du film, du réalisateur, de l’acteur (Luis Tosar) et du second rôle féminin (Marta Etura). Et pour cause : la caméra de Monzón filme avec une telle proximité que les spectateurs se sentent rapidement pris dans le tourbillon des émeutes, plongés insensiblement dans ce microcosme carcéral, confrontés aux multiples tensions entre clans rivaux, hiérarchie et tensions politico-linguistiques entre Castillans et Basques.

Par excès de zèle, Juan se rend à son nouveau travail un jour plus tôt, dans une prison de haute sécurité. Bonne intention mal récompensée : à peine arrivé, il se retrouve pris au cœur d’une émeute. Personne ne le connaît et le hasard lui permet de se faire passer pour un prisonnier ; en effet, alors que ses nouveaux collègues sont en train de lui expliquer le fonctionnement de la prison, Juan est blessé. Ses collègues le transfèrent dans une cellule vide, la 211. A cet instant, le chef des prisonniers lève ses troupes et déclenche une mutinerie. Les collègues de Juan prennent la poudre d’escampette, le laissant livré à lui-même dans la cellule 211. Il réussit ainsi à se rapprocher du leader de l’insurrection. Quand des membres de l’ETA sont retenus en otage, l’affaire prend un tour politique national qui nécessite l’intervention de l’Etat. Les médias diffusent la nouvelle de la mutinerie qui fait rapidement mouche dans d’autres lieux de détention dans le pays.

« Celda 211 / Cellule 211 » de Daniel Monzon
© filmcoopi distribution

A l’instar du film d’Audiard, Le Prophète [Grand succès sur la Croisette l’an dernier, cet opus révélait un milieu carcéral filmé comme jamais vu auparavant], Celda 211 présente une parfaite métaphore de notre société, où la loi du plus fort prime sur la justice, où la garantie de survie se moque de l’éthique et du respect des lois, où un dur au crâne rasé et à l’air barbare, Malamadre, fait régner sa propre loi comme bon lui semble. Le traitement de l’évolution psychologique de Juan, bloqué aux côtés des prisonniers en révolte contre son gré, est particulièrement bien amené et captive l’audience du début à la fin du film, sans jamais faiblir. Au fil de la révolte, le faible et bon emboîte le pas au truand. Daniel Monzón signe un film noir, dans la veine des polars, où les tensions augmentent en intensité, habilement servies par le jeu des acteurs, tant principaux que secondaires. A souligner l’interprétation grandiose de Luís Tosar (Malamadre) et Alberto Amman (Juan) – acteur débutant à l’avenir prometteur - qui parviennent à nous faire croire qu’il s’agit d’un documentaire.

D’aucuns reprocheront au film les quelques scènes de souvenirs de bonheur conjugal qui ponctuent le récit ; d’autres y verront quelques bouffées d’oxygène bienvenues qui apaisent l’intensité croissante du récit dont l’issue est, certes, prévisible mais amenée subtilement en crescendo. Une fois le film digéré, on en vient presque à le préférer à celui d’Audiard, par l’impression de véracité et le réalisme dont il fait preuve.

Firouz-Elisabeth Pillet