Opéra de Montpellier
Montpellier : “La Traviata“

Fin de saison en demi-teintes à Montpellier.

Article mis en ligne le septembre 2010
dernière modification le 17 septembre 2010

par François JESTIN

La saison montpelliéraine se termine avec une nouvelle production de La Traviata, certes originale, mais qui laisse le public à tout le moins dubitatif.

C’est un surprenant plateau complètement vide que l’on découvre au lever du rideau. L’ambiance est plutôt au bal des vampires chez Violetta, pas exactement celle du film hilarant de Polanski, mais une atmosphère déprimante et de mort qui rode. Tout est noir et gris, dans une faible lumière en clair-obscur, les personnages principaux – à l’exception de Violetta – sont maquillés d’un fond de teint gris-argent, et restent immobiles comme des statues … ou des morts-vivants. Le réalisateur Jean-Paul Scarpitta a également conçu un double de Violetta, une danseuse vêtue d’un voile blanc. La présence de cet être vaporeux (un fantôme ?) est bien dosée, pas trop envahissante. La courtisane s’approche par moments de son double en miroir (« Oh, qual pallor ! » à l’acte I), et finit par endosser son habit à l’acte III, immense voile blanc dans le prolongement de l’imposant voilage sur la fenêtre. Ce dispositif autorise un choix inhabituel : pas de lit sur scène et Violetta qui meurt debout, en baissant la tête comme les autres protagonistes. Un peu plus tôt à l’acte II, trois fauteuils de jardin meublent la maison à la campagne (les reproches de Germont à Violetta « Pur tanto lusso » font gentiment pouffer le public), tandis que la fête chez Flora n’est pas spécialement festive.

« La Traviata » avec Monica Tarone (Violetta) et Marius Brenciu (Alfredo)
© Marc Ginot / Opéra National de Montpellier

La soprano Monica Tarone est une révélation dans le rôle-titre : nous l’avions entendue ici-même en janvier dernier dans La Fille du Régiment (voir SM 219), et elle maîtrise sans problèmes les aigus et les passages virtuoses de la partition, même si quelques notes graves sont accrochées moins facilement. L’épaisseur vocale n’est pas celle d’un soprano dramatique, mais la chanteuse est très musicienne, et l’actrice très investie et crédible. Le ténor Marius Brenciu (Alfredo) démarre avec un séduisant timbre de ténor lyrique, mais déçoit rapidement en enflant démesurément certaines notes (il couvre Violetta au I), avant de s’écrouler dans la cabalette en ouverture du II (ce passage est particulièrement laid… et faux !). Stefano Antonucci (Germont) est plus à l’aise dans les parties en force que dans les passages délicats. Le reste de la distribution ne dépare pas, et les chœurs sont aussi satisfaisants.
La direction musicale d’Alain Altinoglu est de belle qualité technique, mais on peut émettre diverses réserves sur l’interprétation. Les nuances piano et pianissimo sont très rares, et tout depuis le prélude semble forte, alors que quelques pupitres (comme la clarinette) sonnent de manière particulièrement franche, voire prosaïque. Quelques ralentis et accélérations sont aussi discutables, et on se dit – en se souvenant de son Aida peu convaincante, dirigée à Montpellier il y a deux saisons (voir SM 208) – que le répertoire verdien n’est pas ce qui convient le mieux à ce chef de valeur.

François Jestin

Verdi : LA TRAVIATA : le 6 juin 2010 à l’Opéra Comédie de Montpellier