L’Orchestre de Chambre de Genève
Entretien : David Greilsammer

David Greilsammer - pianiste connu sur le plan international - est à la tête de L’OCG.

Article mis en ligne le 1er septembre 2010
dernière modification le 22 septembre 2010

par Frank FREDENRICH

Ces dernières années, on s’était habitué à l’idée que les directeurs musicaux de l’Orchestre de Chambre de Genève ne s’éternisaient pas sur les rives du Léman, puisque ceux-ci poursuivaient rapidement leur carrière loin de la cité de Calvin qui n’était qu’une étape dans leur parcours.

De Monteverdi à Schuler
A l’évidence, la donne a changé en cette année 2010 puisque, désormais, la responsabilité de cette formation a été confiée à David Greilsammer - un musicien déjà connu sur le plan international en tant que pianiste - et ce dernier arrive avec un projet original qu’il se propose d’accomplir avec une nouvelle équipe comprenant désormais un directeur artistique, Pascal Grimoin. En outre, deux premiers violons expérimentés ont été nommés, Girolamo Bottiglieri et Philippe Villafranca ainsi qu’un chef invité permanent, Arie van Beck, actuel directeur musical de l’Orchestre d’Auvergne.

David Greilsammer
© Antoine Le Grand

Diversification
De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! Tel semble être le slogan que l’on pourrait appliquer au projet de cette nouvelle équipe et tout particulièrement du directeur musical dont la programmation laisse entrevoir une volonté de sortir des sentiers battus en amenant beaucoup plus qu’une simple touche d’originalité. En effet, la programmation que David Greilsammer se propose d’aborder couvrira cinq siècles de musique sans aucune exclusive, en essayant de chercher le style de chaque époque, qu’il s’agisse de Mozart ou de compositeurs d’aujourd’hui. Il s’agira donc de ne pas craindre d’être éclectique, mais « dans le bon sens du terme, en tenant compte de la mission artistique que doit avoir un orchestre, en créant des rencontres qui aient un sens, parfois en confrontant des œuvres appartenant à des univers éloignés qui ne devraient en principe pas se rencontrer ». Pour cela, il s’agit de faire confiance aux musiciens et « à leur flexibilité, en trouvant une identité propre, parfois même en envisageant de changer d’instrument - d’époque ou moderne - selon le répertoire », puisque l’on ne peut aborder de la même façon Rameau ou Gershwin.
Dès le premier concert, on pourra découvrir cette volonté de diversification, il s’agira bien en quelque sorte d’une soirée annonçant la ligne musicale de la saison et de celles à venir. On trouvera un projet inhabituel qui fera tout d’abord entendre en ouverture la célèbre Toccata de l’Orfeo de Monteverdi, pour passer à Mozart, à la comédie musicale américaine (Gershwin, Bernstein, Cole Porter et Carlisle Floyd) et à une création du Genevois Denis Schuler (voir entretien). Une façon d’affirmer que « classique aux frontières du jazz, on peut toucher aux limites de la cohabitation des genres musicaux », ce qui devrait donner une bonne indication des programmes à venir, le goût pour la musique made in USA ne devant pas surprendre de la part d’un ancien étudiant de la Juilliard School à New York où il a passé 9 années et qui se souvient « du choc de la découverte de cet univers musical de Broadway ».

L’OCG - Musiciens avec chef et fantaisie
© Bertrand Cottet / Strates / L’OCG

Ceci dit, les enregistrements mozartiens de David Greilsammer devraient rassurer les amateurs de programmation plus traditionnelles puisque celui-ci promet de diriger des concertos depuis son instrument, suivant ainsi la voie de quelques illustres aînés, qu’il s’agisse de Daniel Barenboim « un modèle d’excellence, un pianiste et chef d’orchestre au répertoire riche qui sait remettre en question la façon d’envisager les interprétations » ou de Christian Zacharias.
Autre concert, autre idée originale et imprévisible, celle qui permettra d’entendre Bach dans des versions inédites (le 2 novembre), avec un concerto pour piano transcrit à l’accordéon et un autre interprété à la mandoline. Un concert placé sous le signe « de la métamorphose, car le destin d’une œuvre peut changer, on peut la réinventer et apporter ainsi quelque chose de nouveau à un morceau archiconnu, il ne s’agit pas de choquer, mais seulement de remettre en question une écoute ».

Création
En dehors de ce souci de faire évoluer dans un sens nouveau les programmes, un des « axes forts sera d’encourager également la création ce qui est une responsabilité surtout par rapport aux talents qui existent à Genève ». Il ne sera donc pas nécessaire d’aller chercher très loin des idées, puisque David Greilsammer se promet d’être à l’écoute de ce qui se passe dans la région et d’être très impliqué dans la vie musicale locale, malgré les invitations qu’il reçoit en tant que soliste.

Patricia Kopatchinskaja
© Alvaro Yanes

Autre préoccupation, celle de faire appel à de jeunes solistes, donner l’opportunité de faire entendre des solistes en début de carrière et surtout ceux qui font déjà preuve d’une personnalité originale, au nombre desquels figurent cette saison les pianistes Gilles Vonsattel - ancien lauréat de Concours de Genève - et Simone Dinnerstein, ou encore la très décoiffante violoniste Patricia Kopatchinskaja. Autre projet original à l’affiche à la fin de la saison, le concept d’une carte blanche à une soliste, en l’occurrence cette saison la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton (le 7 juin 2011).
Il y aura une autre orientation à ce chapitre de l’histoire de l’OCG, puisque l’on trouvera de nouveaux projets à l’intention des amateurs de musique de chambre grâce à des projets conçus en collaboration avec les membres de l’Orchestre, ainsi que des ateliers-rencontres pour des publics de tous les âges qui devraient « surprendre et permettre de partir à la découverte de thèmes musicaux », à savoir, le chant des oiseaux, la magie des vents et les instruments de la musique baroque.

D’après des propos recueillis par Frank Fredenrich