Au Théâtre du Châtelet, Paris
Paris : le Ballet de Novossibirsk

Le Ballet de Novossibirsk participait au festival Les Etés de la danse.

Article mis en ligne le août 2010
dernière modification le 31 août 2010

par Stéphanie NEGRE

Dans le cadre du festival Les Etés de la danse de Paris, le Théâtre du Chatelet accueille, du 7 au 24 juillet 2010, le Ballet de Novossibirsk. Dirigée depuis 2006 par l’ancien soliste du théâtre Mariinski et « principal dancer » du New York City Ballet, Igor Zelensky, la compagnie, la troisième de Russie, présente trois programmes différents : une soirée consacrée à George Balanchine, Le Lac des cygnes et La Bayadère.

Le programme consacré à George Balanchine débute par Sérénade. Inspiré des Sylphides de Michel Fokine, le ballet est une succession de situations, d’ambiances amoureuses, celles des relations légères, passionnées ou mélancoliques. L’œuvre laisse la part belle aux femmes qui, si elles n’apparaissent jamais comme dominatrices, semblent toujours détenir la clé du cœur des hommes. Sérénade donne vie à la conception de George Balanchine des relations entre les hommes et les femmes en déployant toutes les subtilités de son vocabulaire chorégraphique, notamment dans les positions du corps. Sur scène, les danseuses de la compagnie peinent à trouver leurs marques. Les attitudes classiques ressortent, gommant les caractéristiques du style Balanchine et laissant, notamment lors de la première scène, une impression de travail inabouti.

Apollon, sur la musique d’Igor Stravinski, met en scène le dialogue entre le dieu de la musique et les muses de la poésie, de la pantomime et de la danse. C’est l’occasion de découvrir Semyon Velichko, premier danseur du Ballet de Novossibirsk, dans le rôle d’Apollon. Avec beaucoup d’élégance, de finesse mais aussi une incroyable majesté, il porte le ballet du début à la fin. Eclipsant les trois danseuses qui l’entourent, il nous fait partager, dans son sillage, quelques dizaines de minutes sur l’Olympe.
Le pas de deux présenté à la suite permet d’apprécier la virtuosité technique des premiers danseurs Elena Lytkina et Ivan Kuznetsov.

Elena Lytkina et Igor Zelensky dans « Who cares ? »
Photo Ballet de Novossibirsk

Who cares ? clôt la soirée. Sur des compositions de George Gershwin, avec en toile de fond les gratte-ciels de Manhattan, Who cares ? emprunte à Broadway ses codes pour des scènes en référence aux revues de music-hall et des costumes constellés de paillettes. Igor Zelensky et l’ensemble de la compagnie s’approprient parfaitement la dynamique de l’œuvre. Who cares ? est le formidable hommage d’un artiste au pays qui l’a accueilli. En retour, George Balanchine aura donné ses lettres de noblesse à l’école américaine.

Avec Le Lac des cygnes dans la version de Marius Petipa et Lev Ivanov, revisité par Igor Zelensky, on retrouve le Ballet de Novossibirsk dans un style qu’il maîtrise à la perfection.
Fidèle à la tradition russe, la version d’Igor Zelensky laisse la part belle au personnage d’Odile / Odette et met en retrait celui du prince. Si on ne retrouve pas la profondeur psychologique de la version de Rudolph Noureïev, cette nouvelle production n’en est pas moins saisissante de beauté. Dans les costumes chatoyants et les décors Renaissance de Luisa Spinatelli, la cour et le lac sont le théâtre de l’histoire d’amour impossible entre le prince Siegfried et une jeune fille transformée en cygne. Polina Semionova, première danseuse à l’opéra de Berlin, interprète l’héroïne, pour un soir. Très expressive, elle sait exprimer aussi bien l’effarement et la grâce distante d’Odile que le charme maléfique de son double, Odette. Premier danseur au ballet de Novossibirsk, Roman Polkovnikov fait preuve de belles qualités physiques, à la fois puissant dans sa danse et juvénile dans ses attitudes, interprétant ce prince si jeune, perdu entre son amour et ses responsabilités. Les ballerines du corps de ballet composent un ensemble gracieux : la magie opère et le battement impeccable de leurs bras nous transporte une fois de plus dans le monde fantastique des femmes-cygnes.

Stéphanie Nègre