En France voisine
Portrait : Pascal Amoyel

Pascal Amoyel sera en concert avec l’Orchestre des Pays de Savoie.

Article mis en ligne le octobre 2010
dernière modification le 16 octobre 2010

par Beata ZAKES

A la tête de l’Orchestre des Pays de Savoie depuis deux ans, le directeur musical Nicolas Chalvin semble marcher sur les traces de… Christian Zacharias. Concerts pour familles et écoliers, projets d’opéra lyrique, rediffusions radiophoniques, une affiche qui réunit compositeurs contemporains et classiques viennois.
En ouverture de saison : le 4e concerto de Beethoven, avec Pascal Amoyel au clavier.

A la veille de ses 40 ans, Pascal Amoyel n’a plus grand-chose à prouver. Ce pianiste (et compositeur) français, détenteur d’un bac scientifique, a en effet démontré, ces dernières années, ses multiples facettes et a évolué sur de nombreux champs d’intérêt, toujours avec brio et générosité. Sur son chemin d’éducation musicale, il a croisé György Cziffra, Lazar Berman, Aldo Ciccolini, Pierre Sancan, Daniel Blumenthal… Des prix prestigieux (Lauréat des Fondations Menuhin et Cziffra, Premier Prix au Concours des Pianistes à Paris) lui ont ouvert des portes et l’ont lancé dans une carrière internationale. Aujourd’hui, c’est un artiste comblé : mondain à l’ancienne, médiatique comme l’exige le XXIe siècle, Introverti et expansif, sensible et fougueux. Cet équilibre parfait lui permet de compter parmi les grands dans le monde de musique et de flirter avec les soeurs d’Euterpe.

Pascal Amoyel

Interprète idéal ?
Sa version des Funérailles de Liszt figure désormais parmi les quatre références historiques aux côtés de celles de Brendel, Zimerman et Horowitz, et son enregistrement des Nocturnes vient d’être récompensé par le Grand Prix du Disque de la Société Chopin à Varsovie, en plein milieu des célébrations du 200e anniversaire de la naissance du compositeur polonais ! Cependant, acclamé avant tout pour ses interprétations, Pascal Amoyel est beaucoup plus d’un simple « lecteur de partitions ». Devant un clavier, il ne se contente pas de jouer les notes des autres, il semble se glisser dans leur peau. De Chopin, il a le toucher délicat et perlé, teinté de nostalgie automnale. De Liszt, une fougue et une audace, qui le mènent aux limites de l’improvisation, art qu’il pratique avec aisance depuis qu’il s’est assis pour la première fois devant le piano… Des années de pratique lui ont permis d’apprendre à puiser sans limites dans son talent inné, ayant tantôt recours au « registre » de la vieille noblesse franco-slave ou alors au « romantisme échevelé » des germains. Du coup, les uns et les autres, se l’approprient en qualité de d’interprète idéal. Mais son cœur ne balance pas, il est tout naturellement tout cela à la fois !

Sur une scène de… théâtre
Il y a dans l’approche du pianiste français quelque chose qui fait penser à une cérémonie religieuse ou au théâtre dans le sens antique de ce mot. Pour arriver au fond de l’âme du compositeur et à la rendre visible au public, il sait communier avec l’auteur, aller au fond du mystère, se livrer à un dialogue intime et secret, qui sera ensuite traduit dans une langue rendue compréhensible aux mélomanes grâce aux moyens propres à cet artiste à la palette multicolore et aux horizons illimités. Nul ne sera étonné d’apprendre que Pascal Amoyel recherche des nouvelles formules, originales, pour ses concerts. Aimant s’aventurer hors de sentiers battus, il s’associe avec des comédiens connus (Jean Piat, Jean-Claude Brialy, Brigitte Fossey) pour explorer des correspondances entre parole et musique, récital classique et pièce de théâtre, où il glisse volontiers une touche de poésie. Dans ses compositions, il s’inspire d’ailleurs parfois de sonorités poétiques, comme dans le cas de sa « Lettre à la femme aimée », sur des poèmes de Jean-Pierre Siméon...

Homme du dialogue
Longtemps marqué par ses rencontres avec les grands du clavier, Pascal Amoyel privilégie les collaborations à long terme et la fidélité dans les échanges musicaux. Avant tout soliste (« Révélation Soliste Musicale » en 2005), il s’est toujours intéressé de près à la musique de chambre, en formant depuis 1999 un duo avec la violoncelliste Emmanuelle Bertrand (enregistrements primés du Diapason d’Or ou du « Choc » du Monde de la Musique Classique). Il a longtemps collaboré avec le compositeur Olivier Graif, aujourd’hui décédé, dont il explore l’univers musical et spirituel marqué par ses origines juives et ses recherche dans le domaine de la philosophie indienne. Le commentaire de l’interprète sur son enregistrement de la « Sonate de guerre » de Greif (disque Pianovox, pour l’instant épuisé), en dit long sur une sorte de « synchronicité » qui s’opère dans l’acte de l’interprétation : « Il y a les oeuvres que l’on écoute et il y a celles que l’on vit. Rarement l’inspiration d’un compositeur aura poussé aussi loin les limites suggestives de l’obsession et de la folie. […] Obsession de la vie aussi qui, à chaque fois renaissante mais toujours éphémère, semble suspendre le temps dans une sorte d’extase mystique telles des réminiscences tirées des couches les plus profondes de la mémoire et de l’inconscient. »

L’Orchestre des Pays de Savoie et Nicolas Chalvin
© Vanappelghem

Dieu mais pas gourou !
Si le jeu de Pascal Amoyel laisse les experts polonais « bouché bée » d’émotion, les contemporains de Liszt auraient bien pu soupçonner un pacte avec le diable lors duquel il aurait échangé son âme contre l’agilité de ses doigts ! Mais le pianiste, qui ne cache pas son attirance pour le côté mystérieux, voire mystique de l’univers sonore, n’a rien d’un gourou inaccessible. On l’admire certes, mais il se laisse aborder ! Il appartient à ce groupe d’artistes qui viennent à la rencontre de leur public, par le biais d’ouvrages sur la musique pour les jeunes, d’émissions sur « France culture », ou encore de rencontres musicales et littéraires qu’il aime animer. On retrouve ici un personnage du XIXe par excellence, aimant évoluer tel un Chopin, Liszt ou Schubert dans les salons et soirées mondaines où différentes personnalités se côtoyaient. Amoyel y laisse entrer avec lui le « mélomane moyen ». On croirait entendre dans sa bouche la célèbre phrase de Liszt : « Les arts sont le plus sûr moyen de se dérober au monde ; ils sont aussi le plus sûr moyen de s’unir avec lui. »

Beata Zakes

Prochains concerts en France voisine :
le 9 octobre à Thonon-les-Bains, Maison des Arts à 20h30
(tél. 04 50 71 39 47) et le 21 octobre à Chambéry, Espace Malraux, présentation de saison à 19h15 et concert à 20h30 (tél. 04 79 85 55 43).

Au programme :
Quatrième concerto pour piano et première symphonie en ut majeur de Beethoven, « Idylle de Siegfried » de Richard Wagner, « Hommage à Liszt Ferenc » d’Einojuhani Rautavaara.

Sites internet :
http://www.orchestrepayssavoie.com/actualites-et-concerts/
http://www.pascal-amoyel.com/fr/

A écouter absolument :
- Nocturnes de Frédéric Chopin, Editions Calliope CAL 9351.2, distribution Harmonia Mundi (2004)
- F. Liszt, Harmonies Poétiques et Religieuses Ed. Calliope CAL 9371 2 CD (2007)
- E. Grieg, 11 Pièces lyriques (transcrites par Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel, Harmonia Mundi HMC901986

Créations et premières :
17 octobre 2010 à 16h00 : "Kaddisch de Terezin" par la Maîtrise de Garçons de Colmar (dir. Arlette Steyer) Festival des voix sacrées, Eglise Ste Ségolène, Metz
10 avril 2011 : Œuvre pour violoncelle seul - Création par Emmanuelle Bertrand, Cité de la Musique, Paris