Conservatoire de Musique de Genève
Portrait : Elisabeth Leonskaja

Magnifique récital en perspective, avec Leonidas Kavakos au violon et Elisabeth Leonskaya au piano.

Article mis en ligne le octobre 2010
dernière modification le 16 octobre 2010

par Pierre JAQUET

La plus viennoise des artistes soviétiques, grande dame du piano venue de l’Est, se produira le lundi 25 octobre à 20h30 au Conservatoire de Genève, dans le cadre des concerts “Temps & Musique. Ce sera l’occasion de retrouver une personnalité forte.

Née dans une famille russe établie à Tbilissi en Géorgie, elle a été considérée comme une enfant prodige et a donné ses premiers concerts à l’âge de 11 ans déjà ! Son talent peu commun lui a ouvert les portes du Conservatoire de Moscou. Encore étudiante, elle a remporté des prix dans des concours internationaux de renom : Enesco, Marguerite Long et Reine Elisabeth.

Parcours
L’évolution musicale d’Elisabeth Leonskaja a été marquée ensuite par sa coopération avec Sviatoslav Richter. Ce pianiste légendaire a su reconnaître son talent musical dont il a assuré la promotion non seulement par des leçons et des conseils, mais également en l’invitant à se produire en duo avec lui. Leur amitié artistique s’est développée avec les années tout comme leur complicité humaine. Elle a duré jusqu’au décès du maître et c’est toujours avec émotion que la concertiste se remémore leur long parcours esthétique commun. Un tel duo était en son temps un événement musical !
En 1978, Elisabeth Leonskaja a quitté l’Union Soviétique pour s’établir à Vienne. Un concert remarqué au Festival de Salzbourg en 1979 a lancé sa carrière concertante en Occident. Par la suite, elle est toujours restée fidèle à la cité danubienne qui selon ses dires l’a « constamment fascinée. C’est l’endroit où plus de la moitié des grandes œuvres du répertoire sont nées ! » Elle prétend encore que dans cette ville, « on peut respirer l’air dans lequel ont vécu Schubert ou Brahms. Il y règne encore l’atmosphère dans laquelle ont vécu ces compositeurs ; on peut s’en nourrir ! » Elle a d’ailleurs publié un disque de transcriptions de valses viennoises, paru chez Divox/Warner et a enregistré les sonates de Schubert et de Brahms chez le même éditeur.

Elisabeth Leonskaja
Photo Joschwartz

Enumérer la liste de ses collaboration avec des chefs (avec Kurt Masur dans les concertos de Tchaïkovski [disque Divox/Warner], Sir Colin Davis, Yuri Temirkanov), des phalanges (Orchestres philharmoniques de Saint-Pétersbourg, Londres ou New York) ou d’autres solistes (Philippe Hirshorn, violon) serait fastidieux ! Relevons outre la collaboration mythique avec S. Richter, des concerts avec les quatuors Alban Berg, Borodine (Le quintette du compositeur a été publié chez TELDEC/Warner), Guarneri et Artemis....

Un souvenir marquant au Valais
A Verbier l’été dernier, en complément de riches journées de concerts, la fin de soirée proposait un marathon pianistique : les Sonates de Schubert sous les doigts d’Elisabeth Leonskaja. Puisant dans son expérience et dans sa fréquentation de l’art imaginatif d’un Richter – envers lequel elle a toujours manifesté un fort sentiment de dette artistique - la grande dame du piano, à la voix douce et au regard presque timide, a imposé des conceptions alliant un haut degré d’inspiration et un regard personnel à la fois ombrageux, romantique et tourmenté. Un style bien russe, en somme, qui se profile comme une illustration de cette phrase de son grand compatriote Heinrich Neuhaus - l’artiste l’a brièvement connu - et qu’elle aime bien citer : « Ne cherchez pas à vous retrouver dans la musique, mais retrouvez la musique qui est en vous ». « C’est cela qui rend le métier de musicien » ajoute-t-elle en souriant.

Silence et écoute
Dans les concerts, l’artiste prétend attacher beaucoup d’importance aux silences et à la qualité d’écoute, surtout quand elle présente une oeuvre nouvelle de son répertoire ou qu’elle reprend une partition à laquelle elle s’était attachée il y a longtemps. « Si je suis bien concentrée sur scène, le public dans la salle s’adapte à une telle concentration, et je peux percevoir cette qualité. L’important c’est ce sentiment : oui, ça a été accepté. Les applaudissements, on les oublie vite. L’accueil chaleureux, c’est bien, mais ce n’est pas essentiel. » Elle rappelle aussi que S. Richter l’encourageait toujours à faire montre d’un jeu plus doux, plus concentré.
Au moment de jouer, la représentation dans l’espace de la musique est un élément très important. « L’articulation du discours musical est conditionné par l’étendue spatiale du lieu de concert. Mais la conception du discours ne peut se fixer que lorsque les premières notes se font entendre. C’est un processus en développement. La partition est la même et pourtant complètement différente. »

Pierre Jaquet

Disques chez Divox/Warner

Leonidas Kavakos, violon & Elisabeth Leonskaya, piano (Schumann, Szymanowski, Stravinski). Conservatoire de Genève. Lundi 25 octobre 2010 à 20 h 30
Billetterie dès le 27 septembre 2010 : Service culturel Migros, Migros Nyon-La Combe, Stand Info Balexert