Victoria Hall de Genève
Genève : Tito Ceccherini et L’OCG

Le jeudi 7 octobre, Tito Ceccherini dirigera L’OCG lors du concert intitulé « Entre Espagne et la Suisse ».

Article mis en ligne le octobre 2010
dernière modification le 16 octobre 2010

par Martine DURUZ

Le jeune chef italien dirigera le 7 octobre à 20h30 au Victoria Hall l’un des concerts de la saison 2010-2011 de l’Orchestre de Chambre de Genève. Le projet d’une nouvelle collaboration est né tout de suite après la reprise à Genève d’un opéra de Salvatore Sciarrino, Da gelo a gelo, dont la préparation avec l’OCG avait particulièrement enthousiasmé Tito Ceccherini. Il s’agit cette fois de compositeurs plus « classiques » : Frank Martin et Manuel de Falla.

La musique a toujours joué un rôle important dans la famille de Tito Ceccherini. Même si ses parents n’étaient pas musiciens, il se souvient de son père, curieux de nature, écoutant régulièrement Monteverdi et Bach, Webern et Boulez et… Frank Martin. D’où probablement ses goûts éclectiques pour la musique ancienne, contemporaine, l’opéra et le concert.
Après ses études à Milan, où il est né, il dit avoir fait l’essentiel de son apprentissage avec Peter Etvös à Karlsruhe et en tant qu’assistant de Gustav Kuhn en Autriche et en Italie.
Il a hâte de retrouver l’OCG, dont l’adhésion et l’ouverture d’esprit l’avaient enchanté lors de leur première rencontre. La Pavane couleur du temps et le concerto pour clavecin et petit orchestre de Frank Martin, le concerto pour clavecin et cinq instruments et L’Amour sorcier de De Falla ont fait l’objet d’un choix approuvé par tous. Des œuvres différentes, composées par des musiciens qui tous deux avaient une approche originale de la tradition, retournant notamment au clavecin, instrument qui n’était pas caractéristique de leur époque.

Tito Ceccherini
© Stefano Bottesi

Conceptions inattendues
Pour Tito Ceccherini, le plus important est de faire entendre de la musique au public et de le surprendre par des conceptions inattendues. Par exemple, il a dirigé la Petite messe solennelle de Rossini d’une façon totalement différente de ce qu’il avait avait entendu jusque là. Il y a tant de partitions peu connues à faire découvrir, dans la musique contemporaine en particulier, dont certaines peuvent changer notre perception du monde. Mais il y a aussi tant de partitions à revisiter.
En ce qui concerne la musique contemporaine, certaines œuvres comme celles de Dufour ou de Grisey font déjà partie de l’Histoire et ont un rôle à jouer dans le répertoire. Quant aux créations, il faut les découvrir. C’est un long processus et l’on n’a la révélation finale que lors de la première. Alors le chef voit si la réalité correspond à ce qu’il avait imaginé. C’est ce qui va se passer avec l’opéra de Philippe Fénelon, La Cerisaie, d’après Tchekhov.
Tito Ceccherini travaille aussi sur une nouvelle œuvre de Sciarrino, dont il n’a encore que la moitié de la partition. Le travail demande tellement d’investissement qu’il commence avant même que la composition soit terminée ! Le sujet : le monologue d’une clocharde dans une gare, une image de la ville, une illustration de la difficulté des gens à communiquer.
Mais comment savoir si une œuvre nouvelle mérite vraiment d’être prise en considération ? En cours de travail, le chef ne s’est jamais arrêté. Il estime avoir la responsabilité de présenter de la musique de qualité au public. Mais il n’est pas directeur artistique et son rôle n’est pas de juger mais de faire le mieux possible. Cependant, si l’œuvre n’est pas d’une qualité suffisante cela peut faire du tort à toute la musique de notre temps. C’est donc un problème.
Il arrive que le chef milanais refuse d’emblée certaines partitions dont les tendances esthétiques ne le convainquent pas. Mais il arrive aussi qu’il les accepte, malgré ses préjugés, pour voir si ses doutes étaient justifiés ou non.

Un travail différencié
Tito Ceccherini collabore également avec l’ensemble Contrechamps. Pour ces musiciens spécialisés dans la musique contemporaine, chaque concert représente l’aboutissement d’une recherche de nouveauté. Les rôles individuels sont plus exposés, et la complexité technique est telle que l’on n’a pas vraiment à discuter de la conception, si elle est claire. On ne doit pas les convaincre.
En revanche, si l’on a affaire à une formation plus traditionnelle, la nature de la dialectique et l’attitude sociale changent, car l’orchestre a des habitudes, un style, et il est nécessaire de trouver un point de rencontre entre les idées du chef et la façon dont il joue, par exemple, Mozart ou Haydn. L’idéal est pour lui d’explorer avec l’OCG un répertoire auquel il n’est pas accoutumé.

D’après des propos recueillis par Martine Duruz

Jeudi 7 octobre : « Entre Espagne et la Suisse »… L’OCG, dir. Tito Ceccherini, Diego Ares, clavecin. Isabelle Henriquez, mezzo-soprano (Martin, de Falla). Victoria Hall à 20h30 (billetterie 022/807.17.90, lun/ven de 9h30 à 12h ou Resa+ 0900.552.333)