Galeries nationales du Grand Palais
Paris : Monet 1840-1926

Une invitation au voyage (suivez le lien internet) au cœur de l’impressionnisme...

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 14 décembre 2011

par Régine KOPP

Plus de trente ans qu’aucune grande exposition monographique n’ a été consacrée à ce grand artiste, dont la carrière s’étire sur plus de soixante ans et qui a transformé fondamentalement la pratique et la compréhension de la peinture de paysage. Le Grand Palais s’est donc lancé dans cette rétrospective.

Invitation au voyage...
Conçue par un commissariat de quatre spécialistes : Sylvie Patin, Sylvie Patry, Anne Roquebert et Richard Thommson, qui proposent un parcours articulé autour de thèmes mais qui est aussi chronologique, procédant à des regroupements par sites et par périodes, insistant sur la manière obsessionnelle de Monet, de travailler sur le même motif, quitte à le répéter dans une autre lumière et une autre atmosphère, pour ne pas perdre de vue la vérité de la sensation. Une démonstration réussie et passionnante en 175 tableaux, dont beaucoup ont été prêtés par de grands musées internationaux, surtout américains mais aussi russes, allemands, suisses, des collections privées et surtout des musées français dont le musée d’Orsay, particulièrement généreux.

... au cœur de l’impressionnisme
La première partie de l’exposition se concentre sur les années antérieures à 1890. Des années d’apprentissage tout d’abord, lorsqu’il perpétue les recherches des paysagistes réalistes dans son choix de sujets et de coloris, avec la même palette verte et brune des peintres de Barbizon, comme le montrent les deux versions du Pavé de Chailly.

C’est ensuite sa passion pour la mer et la Normandie, ses contacts avec Jongkind et Boudin, partisans convaincus de la peinture sur le motif, qui font mûrir sa manière de peindre. A partir de ses études peintes sur nature Monet exécute deux grandes marines pour sa première participation au salon de 1865. Monet est installé à Honfleur et peint une série de paysages de neige comme La Pie (1869), dont les subtiles harmonies blanches sont un pur plaisir visuel. L’été 1867, il le passe au Havre réalisant des séries sur le port, mais aussi à Sainte-Adresse où il exécute la Terrasse à Sainte-Adresse, prêtée par le Metropolitan Museum, « une marine étourdissante et des figures et des jardins ».
La prochaine étape du parcours, qui est aussi celle du peintre, nous fait glisser au fil de la Seine, d’abord à Bougival, où il s’installe au printemps 1969, puis à Argenteuil, où il loue une maison en 1871. L’étude des reflets sur les remous de la Seine, incite Monet à éclaircir sa palette et à fragmenter ses touches.

Peindre la modernité
Paris a été une source d’inspiration pour tous les impressionnistes (une exposition sur Les Impressionnistes à Paris vient justement de s’ouvrir au Folkwang Museum de Essen en Allemagne). Monet n’échappe pas à cette fascination, s’installant aux fenêtres du Louvre pour peindre des vues de cet « étourdissant Paris ». Peindre la modernité, c’était aussi peindre des gares. En 1877, Monet obtient l’autorisation de travailler dans la gare Saint-Lazare, et peint de « véritables symphonies de fumées colorées », dont plusieurs figurent dans l’exposition. Notre parcours se poursuivant au gré des pérégrinations de l’artiste, c’est à Vétheuil qu’il s’installe en 1878 avec sa famille. Il profite de l’hiver très froid pour peindre des paysages figés. Puis avec le redoux, qui fait craquer la glace, il fait une série de débâcles teintées de reflets lumineux : La Débâcle (1880), Les Glaçons (1880), Soleil couchant sue la Seine, effet d’hiver (1880).

Pour Monet, sa destination de prédilection reste la Normandie, où il revient entre 1880 et 1886, sillonnant la côte de Fécamp à Etretat, en passant par Pourville, Varengeville. « Vous ne pouvez pas vous faire une idée de la beauté de la mer…mais quel talent il faudrait pour rendre cela, c’est à rendre fou », écrit-il à Alice Hoschedé, le 3 février 1883. Il revient à ses motifs favoris, les côtes, les falaises, la mer dans tous ses états. Il se dirige ensuite vers Belle-Ile en-mer et cherche à exprimer l’aspect sinistre et tragique de l’île avec La Côte sauvage (1886) ou Les eaux semblantes, temps sombre (1889). Comme Renoir, il est attiré par le Sud, s’y rendant en 1883, puis en 1884. Il séjourne à Bordighera, dont il exalte la luxuriance de la végétation, puis peint à Menton. Quand il revient en 1888 à Antibes, il a presque peur de cette lumière méditerranéenne : « c’est si beau ici, si clair, si lumineux ! On nage dans de l’air bleu, c’est effrayant ». A mi-parcours, l’exposition se concentre sur la nature morte et sur la figure.
Comme Courbet ou Manet, Monet peint sur des toiles de grand format traditionnellement réservé aux sujets historiques, des sujets tirés de la vie moderne. Son Déjeuner sur l’herbe, peint sur une toile de six mètres de long, commencé en 1865 mais laissé inachevé, montre un pique-nique dans la forêt de Fontainebleau. Deux fragments conservés au musée d’Orsay ont été transportés au Grand Palais et pourront être confrontés au Déjeuner sur l’herbe (1866), détenu par le Musée Pouchkine de Moscou.

Systémisation de la série
La nature morte intéresse Monet très tôt dans sa carrière mais une fois installé à Giverny, il délaissera ce genre au profit de la nature vivante. Mais quelle belle leçon de peinture dans Fleurs et fruits (1869), prêté par le Getty Museum de Los Angeles ou sa Nature morte au melon (1872). En 1883, Monet habite à Giverny et exécute plus d’une vingtaine de toiles d’après des meules au fil des saisons, dont cinq versions sont présentées ici. De la quinzaine de peupliers que l’artiste montre en 1892, chez Durand-Ruel, ce sont cinq versions qui sont exposées. Pour l’artiste, il s’agit avant tout de chercher » l’instantanéité ». Cette systématisation de la série d’œuvres se poursuit avec la cathédrale de Rouen, la plus importante de toutes par le nombre. Et le public sensible autrefois à cette manière de montrer la modification des formes sous l’emprise de l’évolution incessante de la lumière, ne l’est pas moins aujourd’hui.

Dernières étapes de ce voyage impressionniste : Londres et Venise, des lieux traités en « séries ». A Londres, Le Parlement (1871), qui disparaît dans le brouillard ou Waterloo bridge, soleil dans le brouillard (1903). A Venise, Le Palais Ducal, Venise, le grand canal, le Palais Contarini, San Giorgio, des toiles peintes en 1908 mais terminées de mémoire à Giverny. C’est avec le thème des Nymphéas que prend fin le parcours mais leur présence est en même temps comme l’affirmation d’un testament ouvrant vers l’art du XX° siècle. On peut regretter un choix lacunaire, mais il suffit d’aller un peu plus loin, à l’Orangerie pour nager dans ces « eaux fleuries » qui vous entraînent sur de nouvelles rives.

Régine Kopp

Jusqu’au 24 janvier 2011
www.monet2010.com