Grand Théâtre de Genève
Portrait : Jennifer Larmore

Jennifer Larmore sera à Genève pour un récital, avant de participer aux représentations de La Veuve joyeuse.

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 11 décembre 2011

par Martine DURUZ

Le public du Grand Théâtre retrouvera certainement avec enthousiasme la célèbre mezzo soprano américaine qu’il a déjà accueillie chaleureusement lors des représentations de Rinaldo (saison 96-97), L’Italienne à Alger (95-96), Roméo et Juliette (93-94) et Cosi fan tutte (91-92). Le rôle de Valencienne dans La Veuve joyeuse, qu’elle interprétera à Genève du 14 au 31 décembre, l’enchante et l’amuse particulièrement : ce sera pour elle une première.
Mais avant, elle nous réserve un récital, le 14 novembre, qui s’annonce tout aussi joyeux mais également plein d’émotion.

Jennifer Larmore se produit très volontiers en récital, accompagnée par le pianiste Antoine Palloc, avec qui, dit-elle avec insistance, elle forme une « équipe » indissociable. Elle aime l’intimité avec le public, le partage, et le défi que constitue le fait d’être sur scène à chaque seconde, du début à la fin. Le contact avec les spectateurs est essentiel : elle regarde même leurs visages et les considère comme des participants à l’expérience.

Récital genevois
Elle a déjà testé en concert les mélodies du programme, à l’exception des airs de West Side Story, mais le choix qu’elle a effectué dans son répertoire pour la soirée genevoise est nouveau. Elle commencera par des mélodies en anglais qui constituent en elles-mêmes un petit récital, un voyage. Deux compositeurs connus, Barber et Ives et d’autres moins, Quilter, Duke, Hundley et Heggie. A propos d’Astronomers de Richard Hundley, elle nous révèle sa fascination pour les cimetières, les pierres tombales, et le trait d’union qui sépare la date de naissance de la date de disparition et qui symbolise toute une vie.
Suivront deux des plus touchantes mélodies de Kurt Weill, Je ne t’aime pas et Youkali, puis un groupe de compositeurs espagnols (Obradors, Joachin Nin, Carlos Gustavino) auquel s’ajoutera la chanson bohémienne de Carmen. La cantatrice n’oubliera pas le répertoire français : Shéhérazade, de Ravel, dont les dernières notes sont toujours suivies d’un instant de silence qu’elle attend avec délice ; Les Cloches, Romance et Beau Soir de Debussy et Fleur jetée de Ravel. Et pour terminer dans une atmosphère détendue, des extraits de West Side Story de Bernstein et de The Enchantress de Victor Herbert.
Jennifer Larmore part toujours de l’aspect théâtral des œuvres. Son interprétation évolue et s’adapte au développement de sa voix. Il lui arrive maintenant de préférer des tonalités plus hautes que celles qu’elle préférait dans le passé.
Elle n’a, dit-elle, aucune difficulté à passer de l’opéra au récital et vice versa et n’a donc pas besoin de période de repos entre deux.

Jennifer Larmore
© Ken Howard

Master-classes
La mezzo américaine se consacre également avec passion à l’enseignement, aux master-classes surtout. Elle aimerait être une inspiration pour les jeunes chanteurs en début de carrière. Son premier objectif est de les mettre à l’aise, de les décontracter, de les sécuriser. Techniquement ils sont prêts, mais nécessitent une aide psychologique. Il faut leur apprendre à libérer leur corps et leur esprit. Ainsi ils seront en mesure de s’améliorer, même techniquement , de maîtriser leurs mouvements et d’éprouver de la joie à chanter. Ils devront faire le travail eux-mêmes, sans attendre tout de leurs professeurs, et personne ne peut prendre les décisions à leur place. D’autre part ils doivent cesser de se fustiger pour leurs erreurs, regarder vers l’avant et se concentrer sur le résultat à atteindre : émouvoir le public.
Elle donne aussi des leçons privées pour autant que son agenda le lui permette, ce qui n’est pas fréquemment le cas.

Un livre
Constatant qu’il n’existait aucun manuel pratique destiné aux jeunes chanteurs, Jennifer a décidé de combler cette lacune. Elle écrit chaque jour, sauf si son emploi du temps est trop chargé, et pense que l’ouvrage pourra aussi, par son côté drôle, sarcastique ou improvisé, plaire à un large public. Son intention est de fournir aux artistes une série d’informations et de conseils concernant les auditions, les bourses, les professionnels à contacter, les agents, la stratégie à adopter, etc. Elle aurait été heureuse d’avoir ce genre d’ouvrage à disposition au début de son parcours et lorsqu’elle relit certains de ses conseils, elle se dit qu’elle-même ne devrait pas oublier de les suivre !

La Veuve joyeuse
Jennifer Larmore est impatiente de collaborer à nouveau avec le metteur en scène Christophe Loy. Elle est littéralement tombée amoureuse de lui au cours des répétitions de Lulu à Madrid. Ils ont les mêmes idées, ne se lassent pas des répétitions et s’intéressent à l’étude psychologique des personnages. Christophe Loy sait tirer le meilleur de ses chanteurs et Jennifer Larmore affirme qu’elle se pliera à toutes ses indications, sans exception ; peu importe ce que les gens disent : aujourd’hui elle ne s’en soucie plus.
Elle incarnera Valencienne, la femme de l’ambassadeur de Pontevedro, pour la première fois et sans avoir écouté aucun enregistrement, car la version genevoise sera bien différente, puisque chantée et parlée en trois langues ! Valencienne est une sorte de desperate housewife ; elle veut être respectable, tout en étant attirée par l’excitation d’une romance extra-conjugale. Elle est à la fois légère et humaine.
Parmi les exigences de Christophe Loy il est intéressant de souligner qu’il demande aux chanteurs de porter leurs costumes dès la première répétition, afin qu’ils soient parfaitement à l’aise lors des représentations. C’est une pratique que Jennifer Larmore trouve tout à fait originale et …. efficace !

D’après des propos recueillis et traduits par Martine Duruz


- 14 novembre : Récital « L’Amour Baladine ». Jennifer Larmore, mezzo-soprano. Antoine Palloc, piano. Grand Théâtre de Genève à 20h (rés. 022/418.31.30)
- 14, 16, 18, 19, 21, 23, 26, 28, 29, 31 décembre : « Die lustige Witwe » de Franz Lehár. OSR & Chœur du Grand Théâtre, dir. Rainer Mühlbach, Orchestre de la Suisse Romande, m.e.s. Christof Loy. Grand Théâtre de Genève à 20h, les 19 et 26.12. à 17h (rés. 022/418.31.30)