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Nederlandse Opera d’Amsterdam
Amsterdam : “Roméo et Juliette“

Globalement, l’impression est mitigée, même si le visuel offre satisfaction.

Article mis en ligne le décembre 2010
dernière modification le 16 décembre 2011

par Anouk MOLENDIJK

Le Nederlandse Opera d’Amsterdam proposait en octobre l’œuvre shakespearienne de Gounod, Roméo et Juliette. Marc Minkowski et Olivier Py, ayant déjà travaillé ensemble à plusieurs reprises, ont assuré respectivement la direction d’orchestre et la mise en scène. Le couple maudit par les astres était interprété par Ismael Jordi et Lyubov Petrova.

Roméo et Juliette, à qui la faute ?
Roméo et Juliette de Gounod monté par Marc Minkowski et Olivier Py, voilà qui augurait du meilleur. Le spectacle laisse cependant sur une impression mitigée et un arrière-goût assez amer. C’est bien du Olivier Py que l’on retrouve, avec une lecture corrosive de cette fable sur la guerre, la vie, l’amour… et évidemment le théâtre. La scénographie de Pierre-André Weitz se plie très bien aux nombreuses mises en abyme, aux atmosphères sans cesse changeantes, et place toujours en son centre le chanteur-acteur.
L’opéra s’ouvre sur un plateau magnifique : des tombes en bordure d’une scène au décor de carton-pâte, une ville détruite et parcourue par des chiens errants. L’arrivée du chœur est des plus sublimes : les deux familles apportent sous la neige les cercueils de Juliette et de son Roméo, et à leur sortie, les amants malheureux se lèvent de leurs tombes pour (re)commencer la célèbre histoire. Suivent le bal et un « Ah ! Je veux vivre » très réussis, mais le moment tant attendu de la rencontre des deux âmes sœurs ne produit pas la magie espérée. Leurs duos n’ont pas d’autre relief que celui apporté par la musique, malgré de belles inventions scénographiques ; le jeu des deux chanteurs principaux semble peu travaillé dans le détail.

Force évocatrice
Le visuel offre toujours une grande satisfaction : la corde liant les deux amoureux qui traverse la scène de tous côtés, le sol de la chambre qui se divise, et ainsi laisse tomber le lit dans l’abîme après la magnifique nuit d’amour, le songe délirant de Juliette…

« Roméo et Juliette », dans la mise en scène d’Olivier Py

Autant de signes d’une grande force évocatrice. Mais alors que tout dans la mise en scène semble tendre vers la pulsion de vie, plus puissante que la guerre civile et même que la mort- les époux meurent debout et la corde est nouée- l’âme ne semble pas présente. La scène de la mort même déçoit par un manque de dramatisme et de conscience de l’instant. Marc Minkowski contribue pourtant à la réussite de la production, en apportant à l’orchestre du Nederlandse Opera style et finesse. Le Roméo d’Ismael Jordi est un des grands intérêts de ce spectacle. La voix est toujours précise, lumineuse et émouvante. Lyubov Petrova, qui incarne Juliette, possède une voix intéressante mais pas toujours idéale pour le rôle. Elle brille de virtuosité dans son premier air et traverse le rôle sans problèmes apparents, mais dans les nombreux moments lyriques de la partition, le timbre manque d’épaisseur et de rondeur. Son inaudible diction pénalise beaucoup la transmission du texte et la musicalité, ici étroitement liée aux sonorités françaises. On retiendra Cora Burggraaf pour son Stéphano charismatique et touchant. La mise en scène le propose comme une femme se travestissant en homme pour aller faire la guerre. Lors du passage à tabac du personnage, la révélation de son identité féminine rend la scène encore plus horrible, les sous-entendus sexuels devenant explicites. L’interprète rend parfaitement compte de l’ambiguïté de ce rôle, et son mezzo léger s’y adapte bien. Philippe Rouillon en Capulet assume très bien son emploi de clown cynique et Nicolas Testé en Frère Laurent est tout aussi intéressant, autant vocalement que par son jeu volontairement conventionnel et pourtant désinvolte.
Au final, on reste pris entre les évidentes bonnes intentions du spectacle, et l’échec partiel de la transmission.

Anouk Molendjik

« Roméo et Juliette », de Charles Gounod du 10 au 29 octobre au Nederlandse Opera. Direction Marc Minkowski, mise en scène Olivier Py, avec Lyubov Petrova, Ismael Jordi, Cora Burggraaf, Doris Lamprecht, Sébastien Droy, Jean-Léon Klostermann, Henk Neven, Maarten Koningsberger, Nicolas Testé, Mattijs van de Woerd, Philippe Rouillon, Christophe Fel, Oleksandra Lenyshyn, Maartje de Lint, John van Halteren. www.dno.nl