Film de décembre 2010 : “Fair Game“

Malgré de bons acteurs, Doug Liman n’offre pas un film exceptionnel.

Article mis en ligne le décembre 2010
dernière modification le 15 décembre 2011

par Philippe BALTZER

Fair Game


(USA 2010) de Doug Liman avec Naomi Watts et Sean Penn (1h46)

Souvenez-vous !
Nous sommes au Conseil de Sécurité de l’ONU à New York en janvier 2003. Bien enfoncé dans son siège, Colin Powell, le regard d’airain et l’index accusateur, agite frénétiquement une fiole « d’anthrax » en indiquant que Saddam Hussein pourrait zigouiller des centaines d’américains en brisant un seul de ces petits flacons. Et que lui, le « Secretary of State » en exercice, dispose de sources, de preuves et de présentations Powerpoint pour confirmer ses affirmations.
Dominique de Villepin, surnommé « tu parles Charles », prépare déjà le discours aux envolées lyriques qu’il prononcera quelques semaines plus tard dans ce même hémicycle … et sous vos applaudissements.
La deuxième guerre en Irak est sur le point de débuter.

« Fair Game » de Doug Liman, avec Naomi Watts et Sean Penn
© Ascot Elite

Pendant ce temps, la ravissante Valerie Plame-Wilson agente de la CIA au département chargé de la non-prolifération des armes, mène discrètement une enquête sur l’existence potentielle d’armes de destruction massive en Irak.

Son ancien ambassadeur de mari, Joe Wilson, en poste à Bagdad pendant la première guerre en Irak et fin connaisseur de l’Afrique, se voit confier une délicate mission par la CIA. Il s’agit ni plus ni moins d’apporter les preuves irréfutables d’une vente par le Niger à l’Irak d’uranium enrichi. Dans son rapport, Joe Wilson conclura que cette opération n’a tout simplement jamais eu lieu.
On connaît la suite ; la Maison Blanche choisi d’ignorer les conclusions de son expert et Georges Bush affirme, dans le discours sur l’État de l’Union, que l’Irak dispose bel et bien de l’uranium du Niger, que chaque fois que Saddam a possédé une arme, il l’a utilisée, et déclenche les hostilités au Moyen Orient.
Mais, Joe Wilson n’est pas du genre à plier l’échine, il écrit une tribune incendiaire dans le New York Times dénonçant le travestissement de ses conclusions.

« Fair Game »
© Ascot Elite

Jamais économe de basses manœuvres, l’administration Bush décide alors de discréditer les époux Wilson. Un matin de juillet 2003, Valerie découvre sa véritable identité et sa profession écrite en toutes lettres dans le Washington Post. Cette révélation, considérée comme un crime aux USA, compromet toutes ses opérations et ses contacts. Un arrêt de mort professionnel.

La capacité du cinéma américain à récupérer son actualité a toujours stupéfié les européens. Le film de Doug Liman est dans la droite ligne des « biopics étatsuniens » rythmés et efficaces. En revanche, on s’ennuie ferme pendant les longues scènes consacrées à la solitude mélancolique de l’espionne dont le couple se désagrège. Mais rassurez-vous, l’hymen des Wilson sortira saine et sauve de cette aventure.

« Fair Game »
© Ascot Elite

Naomi Watts est parfaite en James Bond au féminin, son physique hitchcockien fait merveille dans cet emploi. Sean Penn compose un ambassadeur peu crédible mais plaisant. Tout ça est lisse et bien mené.

Mais, c’est bien connu, les bons sentiments ne font pas les bons films.

Philippe Baltzer