Film de décembre 2010 : “Rubber“

Un pneu serial killer : original et déconcertant !

Article mis en ligne le décembre 2010
dernière modification le 15 décembre 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

Rubber


de Quentin Dupieux, avec Stephen Spinella, Roxane Mesquida. Etats-Unis, 2010.

Dans le désert californien, des spectateurs incrédules sont conviés pour assister en direct au tournage des aventures d’un pneu tueur et télépathe, mystérieusement attiré par une jolie jeune fille. Une enquête commence sous le regard captivé du petit groupe qui en oublie sa faim malgré les heures qui passent. Ils attendent, d’ailleurs, passivement, scrutant l’horizon avec leurs jumelles en attendant de découvrir les péripéties du protagoniste : le pneu. Comme le titre l’indique, le personnage central de ce film est un pneu présent quasiment à tous les plans ; la technique pour animer le pneu intrigue et étonne car elle paraît naturelle. En pleine hégémonie numérique, Quentin Dupieux n’a recouru qu’à des trucages mécaniques, dans un souci de réalité que l’informatique ne pouvait pas lui procurer. Le pneu était donc actionné par un moteur et une télécommande et les têtes qui explosent sont en fait des ballons de baudruches avec de l’air comprimé, “à l’ancienne“. Bref, le résultat est probant et l’impact sur les spectateurs – ceux de l’écran, dans une mise en abîme réussie – et nous, est rapidement efficace. On s’émeut lorsque le pneu s’amourache d’une jeune femme, on s’amuse de le voir s’admirer dans un miroir, on se met à redouter ses accès de colère redoutables.

« Rubber » de Quentin Dupieux

Les sources d’inspiration du réalisateur sont multiples et Dupieux ne s’en cache pas : faire un film sur un pneu serial killer a tout du projet parfait de série B. Il règne une certaine lenteur dans Rubber, comme dans les films de fantômes japonais dont le réalisateur est féru. Si le rythme du film est particulièrement lent, la méthode du cinéaste est à l’opposé : il n’a pas besoin de beaucoup de temps pour construire ses projets, tout comme quand il compose de la musique sous le pseudonyme de Mr Oizo.
C’est d’ailleurs musicalement que Quentin Dupieux a connu un succès tonitruant à la fin des années 90, avec Flat Beat qui a parcouru le monde. Il a ensuite signé quelques pubs et deux films dignes de cinéclubs alternatifs avertis et à l’affût d’originalité : Non-Film, un moyen métrage et Steak, un long. Ce premier long métrage avait sollicité les comiques Eric et Ramzy – qui, s’ils ne font pas rire en Suisse, ont réussi à attirer l’attention de cet artiste hors du commun – dans une comédie à la fois surréaliste et satirique. Rubber conserve ces ingrédients et a créé l’événement tant sur La Croisette, en mai dernier, lors du Festival de Cannes que sur la Piazza Grande, en août, pour le Festival de Locarno.
Original, déconcertant, désopilant !

Firouz-Elisabeth Pillet