Nouveautés DVD Decca & DG
Nouveautés No. 228 : “I Puritani“ & “Il Barbiere di Siviglia“

Decca a filmé ces Puritains à Bologne, alors que la captation DG du Barbiere provient du Met.

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 29 janvier 2011

par François JESTIN

Bellini : I Puritani


couverture I Puritani
Filmés il y a deux saisons au Teatro Comunale de Bologne, ces Puritains ne manquent pas d’atouts. C’est d’abord la présence du ténor vedette Juan Diego Florez dans le très difficile rôle d’Arturo qui crée l’événement. Si Florez semble légèrement tendu dans son air d’entrée (avec un battement des paupières plus fréquent qu’à l’ordinaire), la sérénité l’emporte rapidement et ses moyens correspondent idéalement à ce répertoire. Le volume reste modeste, mais la virtuosité est impressionnante, ainsi que l’étendue vocale, l’élégance du style, le legato et le phrasé particulièrement soignés.
A ses côtés, et c’est une bonne surprise, la soprano Nino Machaidze (Elvira) tient plus que dignement sa place : les passages vocalisés sont réussis, sinon exceptionnels, et la chanteuse se montre émouvante dans les moments élégiaques. Le baryton Gabriele Viviani (Riccardo) est moins convaincant – il lui manque des graves et la ligne de chant n’est pas toujours très raffinée – tandis que Ildebrando d’Arcangelo (Giorgio) fait preuve d’une très belle solidité.
La direction musicale est confiée au jeune Michele Mariotti, qui maintient la cohérence de l’ensemble ; intrinsèquement, l’orchestre du Comunale n’est pas exempt de tout reproche, certains passages aux cordes montrant une musicalité un peu suspecte. Pier’Alli nous a habitué à certaines réalisations visuelles plus marquantes ou originales. Sa production reste ici très classique, baignée dans une ambiance sombre et déprimante, souvent proche de l’obscurité. Un petit mot enfin à propos de certaines prises de vue prosaïques, opérées à partir de l’arrière du plateau, ou des côtés, qui mettent en évidence les projecteurs ou la petite machinerie latérale. Les travelling répétés sur les choristes, à la manière des émissions de divertissement lorsque la caméra balaie le public, enlève également pendant quelques instants la sensation pour le spectateur d’assister à un spectacle d’opéra.
2 DVD DECCA

Rossini : ll Barbiere di Siviglia


couverture Il Barbiere di Siviglia
Déjà disponible en cassette VHS, cette captation du Metropolitan Opera de New-York en 1988, est rééditée aujourd’hui en DVD par DG. Même si elle fonctionne sans heurts, la production de John Cox nous paraît bien grise, terne, voire poussiéreuse, surtout après le visionnage de la récente parution du Barbier, dans la mise en scène très colorée de Leiser et Caurier à Londres (voir SM 223). Les décors, sur un grand plateau tournant, sont fidèles au livret, et Séville n’est pas loin, mais … les épisodes en noir et blanc de Zorro et du sergent Garcia pas très loin non plus ! La direction musicale de Ralf Weikert se montre quant à elle dynamique et bien vivante. La soprano Kathleen Battle est une charmante et piquante Rosina, mais l’exceptionnel réside dans la partie masculine de la distribution.
D’abord le baryton Leo Nucci en Figaro est remarquable vocalement et visuellement, comme à son habitude et encore à l’heure actuelle ! La basse-bouffe Enzo Dara est impayable en Bartolo, et la basse Ferruccio Furlanetto (Basilio) parfaitement sonore et bien stable. Enfin – last but not least ! – le cas Rockwell Blake en Conte d’Almaviva : au sommet de ses possibilités dans les années 1980, le ténor américain offre, pour la première fois au Met, le « Cessa di più resistere », rondo final d’une incroyable virtuosité. Air connu depuis l’édition critique d’Alberto Zedda (enregistrement DG de 1972 dirigé par Abbado, avec la présence du pale ténor Luigi Alva), mais habituellement coupé car jugé inchantable, il est l’objet d’une démonstration technique époustouflante de la part de Blake.
2 DVD Deutsche Grammophon

François Jestin