Marseille : “Samson et Dalila“

Une distribution de niveau international pour le chef-d’œuvre de Saint-Saëns.

Article mis en ligne le février 2011
dernière modification le 18 février 2011

par François JESTIN

Samson et Dalila est curieusement assez peu représenté sur nos scènes : avant une série de représentations en 2000, il fallait remonter à 1979 pour voir le chef-d’œuvre de Camille Saint-Saëns à Marseille.

Et pourtant – bonne nouvelle ! – le public marseillais est venu en masse aux quatre soirées données en version de concert au mois de novembre. La distribution est clairement de niveau international, avec en tête d’affiche la mezzo Olga Borodina dans son rôle-fétiche de Dalila. Sa carrière prit en effet un décollage spectaculaire en 1992 au Covent Garden de Londres (une toute jeune chanteuse aux côtés du Samson de Placido Domingo), et elle n’a jamais abandonné Dalila depuis. La voix possède encore plus d’ampleur aujourd’hui, les graves sont profonds, et la diction plutôt correcte, en faisant abstraction de quelques mots exotiques dans l’aigu.

« Samson et Dalila », avec Philippe Rouillon, Emmanuel Villaume, Olga Borodina et Torsten Kerl
© Christian Dresse

Le français de qualité du ténor Torsten Kerl (Samson) est une heureuse surprise, mais il semble en moins bonne forme vocale que dans son Siegmund ici-même en 2007. Le chanteur est intéressant, et il semble presque posséder deux voix : un timbre clair d’essence Heldentenor dans l’aigu, et une couleur beaucoup plus sombre dans les graves. Il est capable de puissance, mais fait preuve d’approximations passagère dans l’intonation, et quelques excursions dans l’aigu ne sont pas réussies (dommage pour le "en ce lieu" final !). Quel plaisir ensuite de réentendre le baryton Philippe Rouillon (le grand prêtre de Dagon), qui paraît délivrer une leçon de chant : diction exemplaire, autorité vocale et projection imposante, il est tout de même moins à l’aise dans le chant piano, où le timbre a tendance à dérailler. Wojtek Smilek (le vieillard hébreu) et Nicolas Testé (Abimélech) apportent également beaucoup de soin à leurs interventions. Les chœurs, assez sollicités dans cet ouvrage, sont de bonne qualité (quoi que certains aigus féminins restent problématiques), mais ils restent un peu discrets, même sur les passages fortissimo, certainement du fait de leur placement en fond de plateau.

On attendait avec délectation la direction du chef Emmanuel Villaume, un maître dans le répertoire français, et le résultat est parfois un peu inégal. Beaucoup de passages sont conduits avec délicatesse et joliment rendus, mais on entend aussi quelques temps faibles pendant lesquels les cordes sont perfectibles ; la bacchanale du 3ème acte est quant à elle réellement "électrique" et enthousiasmante.

François Jestin

Saint-Saëns : SAMSON ET DALILA le 17 novembre 2010 à l’Opéra de Marseille