Film de février 2011 : “Africa United“

Un autre regard sur le continent africain...

Article mis en ligne le février 2011
dernière modification le 27 août 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

Africa United


de Debs Gardner-Paterson, avec Eriya Ndayambaje, Roger Nsengiyuma. Angleterre/Afrique du Sud/Rwanda, 2010.

Africa United raconte, dans la tradition des griots, l’histoire extraordinaire de trois enfants rwandais qui tentent de réaliser le rêve de leur vie : assister à la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde de Football 2010 à Johannesburg. Mais les problèmes commencent quand Fabrice, Dudu et Béatrice montent dans le mauvais bus et se retrouvent au Congo. Sans papiers, sans argent, ils sont amenés dans un camp d’enfants réfugiés. Pleins de ressources et faisant montre d’une incroyable ingéniosité, le tout saupoudré de culot, le trio s’échappe du camp, muni d’une affiche de la Coupe du Monde comme carte, et repart à la poursuite de son rêve, en embarquant avec eux une dream team d’enfants réfugiés – une adolescente prostituée pour fuir un mariage arrangé, un enfant-soldat - qui les aideront à traverser une série d’aventures palpitantes. Au cours de ce périple de 5000 km à travers sept pays – Rwanda, Congo, Burundi (lac Tanganika), Zambie, Zimbabwe, Lesotho, Afrique du Sud – le film fait découvrir une Afrique méconnue. L’espoir, les rires et la joie naîtront de cet incroyable voyage... Rien n’entamera la détermination des voyageurs, et forts d’un optimisme à toute épreuve, ils braveront tous les dangers pour vivre enfin leur rêve.
Ce road-trip africain, doté d’une inébranlable bonne humeur, offre une facette riante, bigarrée d’une Afrique luxuriante et optimiste, mais n’occulte pas pour autant les maux du continent africain : les enfants enlevés par les milices et enrôlés de force, les adolescentes livrées à la prostitution, les enfants de la rue, les orphelins de la guerre, les enfants nés séropositifs, la difficulté d’accès à l’éducation. Le film s’inscrit aussi dans la tradition orale de l’Afrique, ponctuant le périple des enfants par des histoires contées par Dudu ; pour ce faire, la séquence de la “vision de Dudu“ est une séquence animée comprenant des marionnettes. Elle a été créée à partir du récit du jeune garçon. La réalisatrice raconte : « L’Afrique a une telle tradition du conte, il fallait que cet aspect soit reflété dans le film ».

« Africa United » de Debs Gardner-Paterson

Si l’histoire d’Africa United commence avec des enfants qui veulent assister à la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde de Football 2010, Rhidian Brook, le scénariste, explique : « Le football n’est que l’étincelle, le prétexte. Ce n’est pas un film sur le foot, c’est un road movie ». La réalisatrice ajoute : « Nous avions l’idée directrice et quelques personnages. Nous voulions que le film parle d’un gamin des rues et d’un enfant africain issu de la classe moyenne qui montent accidentellement dans un bus en direction du Congo. Nous nous sommes tout de suite dit que le meilleur moyen de les comprendre, c’était de faire le voyage ! »

Cette coproduction entre l’Angleterre et l’Afrique du Sud est née du désir de montrer le continent africain sous un jour nouveau, moins connoté négativement que dans les médias. Les scénaristes et la réalisatrice Debs Gardner-Paterson (dont c’est le premier long-métrage après quelques courts remarqués) ont souhaité traiter d’un sujet léger qui prendrait des allures de conte pour enfants tout en demeurant destiné à un large public, y compris les adultes. La naïveté touchante du récit est, cependant, un peu altérée par la volonté de surligner et de démontrer toutes les facettes que le scénario aborde, y compris lors des moments oniriques au sein du conte de Dudu dans lesquels la narration est également beaucoup trop explicite pour permettre l’évasion ou le rêve. La réalisation regorge d’effets clinquants pour habiller un récit très linéaire. Mais si l’on se cantonne à la première impression, Africa United se laisse agréablement regarder et communique son enthousiasme aux spectateurs.

Firouz-Elisabeth Pillet