Fondation Gianadda, Martigny
Martigny : De Renoir à Sam Szafran

Une exposition qui ne remplit hélas pas toutes ses promesses...

Article mis en ligne le février 2011
dernière modification le 20 août 2011

par Sarah CLAR-BOSON

Ouvrir la porte d’entrée d’une collection privée n’est jamais chose aisée, et l’exercice peut se révéler périlleux sans garde-fous, clés de lecture ou fil conducteur savamment tendu. La Fondation Gianadda nous invite elle aussi à entrer dans l’univers intime d’un collectionneur privé, mais cette fois-ci anonyme, au contraire de la récente exposition de l’Hermitage lausannois sur la collection du chef d’orchestre Christian Zacharias. Démarche louable, certes, mais qui mène à une irritante frustration, et finalement à un regrettable échec programmé.

Et pourtant… Malgré la qualité indiscutable de certains tableaux et dessins parmi les quelques cent-vingt présentés, du penchant marqué de notre collectionneur fantôme pour les Pointillistes notamment, comment dresser le portrait d’un absent si présent mais dont on ne sait finalement rien ? Chaque passionné de peinture, qui assemble et construit patiemment au fil de sa vie, de ses moyens, et des opportunités d’achat, raconte une histoire particulière, qui prend toute sa dimension lorsque l’on met en résonance le caractère, l’éducation artistique, et l’identité du propriétaire avec sa collection. Un collectionneur peut ainsi être en parfaite osmose ou correspondance avec cet ensemble, parfois et plus rarement, en rupture, dévoilant des contradictions riches de sens et une facette aussi troublante qu’inattendue de sa personnalité. Malheureusement, dans le cas qui nous occupe, même les spéculations et devinettes les plus incongrues ne sauraient éclairer un maigre pan de l’univers du mystérieux collectionneur qui se cache derrière ses tableaux.

Déception
Nourrissant cette initiale frustration conceptuelle, l’absence de scénographie de l’exposition s’ajoute au sentiment curieux et très inhabituel d’être littéralement perdu, voire complètement noyé au beau milieu de cet assemblage pourtant structuré autour de plusieurs axes-clé, impressionnistes, post-impressionnistes, ou encore à travers un très bel ensemble graphique signé Lyonel Feininger. La déception d’être livré à soi-même en tant que spectateur n’est hélas guère contrebalancée par la beauté des toiles et dessins, dont, comble de tristesse pour un amateur d’art, la contemplation peut même devenir stérile.

Absence de rigueur ?
La vénérable institution octodurienne nous avait pourtant habitués, dans son créneau très grand public et souvent orienté sur la période-charnière de la fin du XIXème et début du XXème siècle, à davantage de rigueur dans ses sujets d’exposition et surtout dans leur mise en scène, malgré l’architecture du bâtiment qui souvent bannit tout recul visuel. La barrière constituée par l’anonymat du collectionneur fantôme joue certes en défaveur de l’affiche actuelle, mais elle n’est pas pour autant infranchissable, notamment via quelques efforts didactiques qui auraient complété de manière appropriée un accrochage brut et sans grande originalité.

La paresse intellectuelle est le plus grand ennemi d’un insolent succès : puissent les limites de cette exposition rappeler à la Fondation les sommets passés qu’elle a atteints, en fréquentation mais surtout dans le choix de ses sujets, telles les impressionnantes collaborations avec la galerie Tretiakov, lumineuses fenêtres ouvertes sur l’art de l’icône, ou encore avec de prestigieux musées américains ayant prêté d’authentiques jalons légendaires de l’histoire de l’art. Ce jour-là pourtant, tout n’était pas perdu : un crochet par le sous-sol de la Fondation, et je me suis consolée avec bonheur devant la sublime Isotta-Fraschini jaune canari de 1931…

Sarah Clar-Boson

De Renoir à Sam Szafran, Martigny, Fondation Pierre Gianadda, jusqu’au 13 juin 2011.