L’Orchestre de Chambre de Genève
Portrait : Patricia Kopatchinskaja

Patricia Kopatchinskaja, violoniste branchée jouant pieds nus, de passage à Genève.

Article mis en ligne le mars 2011
dernière modification le 10 décembre 2011

par Pierre JAQUET

D’origine russe, elle est moldavo-autrichienne et vit à Berne. C’est une musicienne classique, au répertoire proche du folklore, et à laquelle il arrive de se produire pieds nus sur scène. « J’aime ce contact physique avec le plateau, comme la terre. Cela m’ancre. »

Patricia Kopatchinskaja naît en Moldavie soviétique en 1977 dans une famille de musiciens. Sa mère, Emilia, joue du violon ainsi que sa sœur aînée ; son père pratique le cymbalum. Il lui apparaît normal, à l’âge de 6 ans de découvrir, elle aussi, un instrument. En 1989, ses parents, ne voyant aucun avenir au pays, font émigrer la famille à Vienne, une cité « idéale » où l’adolescente peut étudier le violon et la composition. Après avoir bénéficié d’une bourse, elle termine, en 2000, ses études au conservatoire de Berne, ville où elle vit aujourd’hui avec son mari et sa fille. En 2000, elle gagne le premier prix du « Concours international Henryk Szeryng » au Mexique et, en 2002, la prestigieuse récompense « International Credit Suisse Group Young Artist Award »... Sa carrière est désormais lancée.

Patricia Kopatchinskaja

Virtuosité et énergie
Personnalité pétillante et au regard rieur, la musicienne suscite aussi bien l’enthousiasme que, parfois, l’agacement. Sa grande virtuosité ravit, mais son énergie, sa tenue de scène atypique et sa façon bien à elle de s’investir dans l’interprétation des morceaux peuvent irriter certains esprits par trop rigoristes. C’est ainsi, par exemple, qu’elle « ornemente » de concerto pour violon de Beethoven de traits que d’aucuns qualifieront de tsiganes. La fidélité musicologique au texte n’est donc pas forcément au rendez-vous, mais pour l’artiste il s’agit de faire renaître un climat... tout en laissant libre cours à sa créativité. L’artiste refuse d’être qu’une simple exécutante, c’est le moins qu’ont puisse dire ! Pleine d’humour, cette « bête de scène » se doute bien qu’elle risque non pas « de fâcher le chef, mais de le rendre fou ! » Et pourtant, et là réside un apparent paradoxe, la concertiste se produit toujours avec la partition devant elle : « Quand j’ai le texte sous les yeux, encore et encore, cela nourrit mon inspiration, la stimule ! Si je me base sur de l’appris par cœur, j’ai peur de “bétonner les choses”. »
La violoniste considère Fazil Say, un autre tempérament hors normes, avec beaucoup d’admiration ! « C’est mon frère en musique ! » Avec lui elle a enregistré la « Sonate à Kreutzer », une composition qui « contient le monde du violon presque dans son intégralité ». Dans son travail, elle s’est laissée inspirer par les témoignages de l’élève de Beethoven, Karl Cerny, et d’autres contemporains. D’après ces récits, les mouvements rapides doivent être frénétiques, accidentés, à l’image d’un romantisme agité que Beethoven a vu naître et dans lequel, selon l’artiste, il n’a pu manquer de se reconnaître... De quoi ravir la jeune femme !

Exploration
Outre la musique classique appartenant au grand répertoire, l’artiste a exploré les mélodies roumaines et moldaves (Enescu, mais aussi des folkloristes). L’ont aussi intéressée des pages de Kurtag et « Tzigane » de Ravel avec son père au cymbalum. Dans cette production, apparaît un parcours, un cheminement et d’allers et retours entre des musiques aux racines communes. « Je veux un son qui sorte de mon cœur et qui touche mon cœur, c’est cela le plus important ! »
Pour la musique contemporaine, Patricia Kopatchinskaja a enregistré de nombreux concertos pour violon rédigés à son intention et créés par elle : Les concertos de Fazil Say (une partition qui intègre aussi des instruments traditionnels turcs), Gerd Kühr, Gerald Resch, Otto Zykan et Johanna Doderer. Elle a, de plus, gravé de la musique de chambre contemporaine née de la plume de Nikolai Korndorf, Dmitri Smirnov, Boris Yoffe... Une liste impressionnante pour une jeune femme ! « Il faut être curieux, découvrir, sans cela on est mort ! » Il arrive même à Patricia Kopatchinskaja de composer elle-même, ce qui peut expliquer son goût pour la transmission de la musique contemporaine au public. « Jouer Beethoven ou Ravel, c’est souper dans les meilleurs restaurants du monde. Composer c’est faire la cuisine soi-même ! »
Ambassadrice pour Terre des Hommes, Patricia Kopatchinskaja soutient des projets pour des enfants en Moldavie.

Pierre Jaquet

Site internet : http://www.patkop.ch/

Bâtiment des Forces Motrices à Genève. Mardi 8 mars 2011 à 
20h30
Antonio Vivaldi : Ouverture de l’Olimpiade rv 725

Wolfgang Amadeus Mozart : Symphonie n°40 en sol mineur kv 550
Ludwig van Beethoven : Romance n°2 pour violon et orchestre en fa majeur 

John Adams : Concerto pour violon et orchestre 1993

Orchestre de Chambre de Genève. David Greilsammer, direction