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En tournée
Nyon et Genève : Quatuor Sine Nomine

Le Quatuor Sine Nomine dans la programmation des Matinales et de Temps & Musique.

Article mis en ligne le avril 2011
dernière modification le 26 août 2011

par Pierre JAQUET

Une citation d’un écrivain (voir ci-après) permet d’éclairer l’art et la technique de ces musiciens confirmés que l’on pourra applaudir à Nyon (le 1er mai) et à Genève (le 2 mai).

« Peut-être est-ce parce qu’il ne savait pas la musique qu’il avait pu éprouver une impression aussi confuse, une de ces impressions qui sont peut-être pourtant les seules purement musicales, inétendues, entièrement originales, irréductibles à tout autre ordre d’impressions. [...] Sans doute les notes que nous entendons alors, tendent déjà, selon leur hauteur et leur quantité, à couvrir devant nos yeux des surfaces de dimensions variées, à tracer des arabesques, à nous donner des sensations de largeur, de ténuité, de stabilité, de caprice. Mais les notes sont évanouies avant que ces sensations soient assez formées en nous pour ne pas être submergées par celles qu’éveillent déjà les notes suivantes ou même simultanées ».
Proust. Du côté de chez Swann

Le discours en mouvement
L’écrivain français pressentait-il l’art du quatuor helvétique ? On pourrait le penser tant cette brève évocation paraît correspondre à l’art de ces seize cordes.
Dans les concerts, tout comme sur le disque, l’oreille est immédiatement séduite par la façon d’allier la splendeur polyphonique de l’écriture avec une magnifique cohésion. La rythmique semble toujours se construire d’une seule et même voix. Mais surtout, comme l’évoque l’écrivain, les chambristes ont une façon singulière de mettre en valeur la modernité de l’écriture, les ruptures, les explorations auxquelles se sont livrés les compositeurs sans que jamais, à l’image de l’arabesque, le discours ne se brise. Les concertistes dégagent ainsi un substrat musical auquel l’oreille peut se confronter. De ce matériau, l’auditeur pourra à chaque fois lentement construire sa réception de la musique, une réception qui n’est jamais figée, comme l’indique la fin de la citation. N’est-ce pas la meilleure manière de communiquer avec le public ?

Quatuor Sine Nomine
Photo Pierre-Antoine Grisoni /Strates

Un rappel historique
Faut-il y revenir ? Fondé à Lausanne (Suisse), le Quatuor Sine Nomine est formé de Patrick Genet et François Gottraux, violons, Hans Egidi, alto, et Marc Jaermann, violoncelle.
En 1985, il remporte le « Premier Grand Prix du Concours international d’Evian » ainsi que le « Prix du Jury de la Presse ». En 1987, il est lauréat du premier « Concours Borciani » à Reggio Emilia. Depuis lors, le Quatuor Sine Nomine se produit régulièrement dans les principales villes d’Europe et d’Amérique, notamment au Wigmore Hall de Londres, au Concertgebouw d’Amsterdam et au Carnegie Hall de New York.
Le Quatuor Sine Nomine a choisi de s’appeler « sans nom » pour symboliser son désir de servir tous les compositeurs et les pages qu’il interprète. Son succès dépasse largement les frontières helvétiques. Le répertoire varié, rythmé par une recherche d’harmonie et de cohérence, attire un large public.
Depuis quelques années, ces artistes animent un Festival qui porte le nom de leur formation. La prochaine édition aura lieu du 25 au 29 mai à Lausanne. Qu’on se le dise !

Des amitiés fructueuses
Les artistes romands enrichissent régulièrement leur art par des collaborations très stimulantes. Lors de l’enregistrement d’une page de Henri Dutilleux, les interprètes ont pu dialoguer avec l’auteur de la partition. Mais c’est dans des échanges avec d’autres interprètes que les artistes ont pu accumuler leur important bagage : avec d’autres quatuors, et le « Melos » - un ensemble de référence s’il en est - figure en tête de liste. Mais le contact s’est aussi établi avec d’autres instrumentistes. C’est ainsi que le compte divers pianistes : Rebecca Chaillot, une artiste française au jeu très engagé, dans lequel les artistes ne pourront que s’identifier, tant leur art est un don envers la musique ; Claire Désert, une artiste qui fait montre d’une habileté dans la lecture. Anne Gastinel, la violoncelliste qu’on ne présente plus et qui a abordé un très large répertoire. Mais encore... André Charlet, la chorale du Brassus et le Choeur de chambre romand. Chaque expérience paraît nourrir les quatre chambristes qui s’imprègnent et ornent leur art de traits toujours inédits, mouvants, en évolution permanente. N’est-ce pas la meilleure façon de faire vivre la musique ?

Pierre Jaquet

Discographie
Essentiellement chez Claves et Cascavelle.
Dernière parution : Quatuors Maurice Ravel, Igor Stravinsky, Claude Debussy (Label Genuin)

Prochains concerts :
- 1er mai 2011 : Nyon « Les Matinales » Grande Salle de la Colombière, 11h15
Schubert quartettsatz D703, quintette D956 (F. Guye, violoncelle).
- 2 mai 2011 : Genève « Temps et Musique » Conservatoire, 20h30
Beethoven op.132, Schubert quintette D956 (F. Guye, violoncelle).