Opéra-Théâtre d’Avignon
Avignon : “Eugène Onéguine“

Un Onéguine dont la mise en scène était réglée par Claire Servais.

Article mis en ligne le avril 2011
dernière modification le 26 août 2011

par François JESTIN

L’Opéra-Théâtre d’Avignon monte un Eugène Onéguine tout à fait crédible, avec certes des faiblesses, mais aussi de très beaux moments.

Ayant vu en ouverture de saison monégasque la production de Claire Servais (voir SM 229), on se dirigeait sans surprise à Avignon pour Eugène Onéguine réglé par le même metteur en scène. Mais non, on a dû se tromper : la forêt de troncs de bouleaux a disparu, ainsi que les trois danseurs qui accompagnaient Tatiana tout au long du spectacle. Nous n’avons pas non plus le souvenir à l’acte I de ce praticable incliné en forme de gros camembert, et la réalisation visuelle avignonnaise est plutôt simple, dépouillée, efficace, mais sans grande relation avec le spectacle vu à Monte-Carlo il y a 3 mois. Et pourtant, un petit détail nous met la puce à l’oreille : l’idée du rideau qui rougit lorsque Lenski meurt d’un coup de feu est reprise ici… et c’est bien Claire Servais qui est à l’affiche !

« Eugène Onéguine » avec Nataliya Kovalova (Tatiana) et Armando Nogera (Eugène Onéguine)
© ACM – Studio Delestrade

Côté vocal, la distribution est plutôt cohérente et de bon niveau, à défaut d’être brillante, ce qui est particulièrement vrai pour les deux rôles principaux. En Eugène Onéguine, le jeune baryton Armando Nogera est sonore et capable de quelques aigus éclatants, tandis que les graves restent plus modestes. L’accent est cependant beaucoup plus méditerranéen que russe, et on décèle plus en lui la sympathie que le cynisme, le remords, le doute. En Tatiana, l’Ukrainienne Nataliya Kovalova chante sa partition, mais sans faire passer beaucoup d’émotions ; la voix a une couleur acide, et quelques aigus semblent tirés. Les meilleurs moments sont ses notes piani lorsqu’elle chante allongée, au 1er acte. Le ténor Florian Laconi (Lenski) est absolument formidable dans tous les domaines – accent, interprétation, legato, style, puissance – et excellent également Nicolas Courjal (le Prince Grémine) dont le timbre de basse est fort bien conduit. Christophe Mortagne possède un timbre idéal de ténor de caractère pour interpréter Monsieur Triquet, mais le style est un peu moins idéal, tandis que les autres rôles féminins sont moins nettement marquants : la trop discrète Marie Lenormand (Olga), Doris Lamprecht (Madame Larina) et la nourrice caricaturale d’Isabelle Vernet (Filipievna).

A la direction musicale, Rani Calderon semble manquer de brillant en début d’ouvrage, mais il doit composer avec les forces en présence : les quelques « temps faibles » rencontrés par l’Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence (OLRAP) invitent en effet à la prudence. La qualité orchestrale s’échelonne entre le très moyen (les bois sonnent parfois bien curieusement) et le très bon, comme quelques somptueux accords des cordes. Le chef se débride nettement par la suite, par exemple pendant la scène du bal chez madame Larina. Il faut signaler enfin la très bonne tenue d’ensemble des chœurs (les femmes sont excellentes), préparés par Aurore Marchand.

François Jestin

Tchaïkovski : EGENE ONEGUINE le 22 février 2011 à l’Opéra-Théâtre d’Avignon