En Suisse
Festival danse : « A Vivre et à Danser »

La danse en Suisse

Article mis en ligne le 1er mai 2011
dernière modification le 17 février 2014

par Bertrand TAPPOLET

Les 14 et 15 mai, 25 villes et communes de Suisse fêtent la danse sous toutes ses formes, avec des spectacles, bals populaires, performances publiques et cours destinés tant aux débutants qu’aux danseurs accomplis. Coup de projecteurs sur deux démarches de danse hors les murs.

Danser, c’est rendre l’espace visible. La danse hors les murs et les salles de spectacle joue parfois sur la transgression des règles dictant les lieux ouverts à tous, régis par des règlements d’ordre public, qui ont des limites de tolérance plus contraignantes que les théâtres et les galeries d’art.

Pièces à ressentir
La chorégraphe et danseuse française Nathalie Pernette est une figure quasi historique au cœur de cette pratique. Les Miniatures, duo ou quatuor de danseurs contemporains vêtus de noir, délivrés en dissocié ou en continu sont des modèles de créations de corps atypiques. Par tout un jeu sur la vitesse, de la vélocité explosive à la lenteur confinant à l’immobilité, qui n’est que pré-mouvement. Mais aussi par une large palette parcourue sur la manière de se mouvoir, ici de manière fragmentée, morcelée par des poses successives, là en privilégiant une incroyable fluidité d’exécution.

« Les Miniatures » selon Nathalie Pernette

Une façon de se réapproprier l’espace public en entrant en relation visible avec l’air. Et en distillant, par le mouvement, une réaction ou un questionnement relatif à l’environnement citadin. D’où une danse à la fois éminemment écrite, finement ciselée dans le tactile et continument soumise aux aléas et à des contraintes tant physiques, qu’architecturales ou techniques. En témoigne la merveilleuse petite forme intitulée "L’Oignon". Soit 17 couches successives d’habits à revêtir qu’accompagne un art de se peler, de se mettre littéralement à nu, en se dévêtant, tout en insistant, de manière pertinente, sur la façon de retirer un vêtement. Comme jadis dans la Post modern dance, la marche est ici un axiome de base qui ramène à « la fonction communicante du corps », souligne Nathalie Pernette.

La danse en échange
La danse s’aventure dans des lieux impréparés, rues, places, ponts, escaliers, lisières de fleuves. Des sites délaissés, urbains, parcs et autres territoires des flux et des activités non artistiques. A Genève, les expériences les plus intéressantes viennent notamment des interprètes de l’Atelier de danse Virevolte que dirige Manon Hotte. Les danseuses délivrent des interrogations au quidam, sur le fait de se sentir ou non programmé, entre le virtuel et l’intime, entre le conditionnement sociétal et la participation à un acte dansé impromptu. The Low cost dance project, qui trouvera son prolongement au Théâtre du Galpon en juin 2011, dévoile des actions chorégraphiques tissées par de juvéniles danseuses en lien polysémique avec le public immergé dans son cadre urbain habituel.

« The Low cost dance project ». La danseuse Sarh dans l’espace public.
Photo de Dorothée Thébert

Une forme de danse instantanée offerte au public qui est amené, selon son gré, ses visées et son imaginaire, à s’y immiscer. Cette capillarité se développe ainsi notamment par le biais d’un ipod partagé qui relie l’interprète au spectateur, par l’écoute intérieure de la musique, de paroles, rumeurs ou sons échantillonnés. Cette sorte de cordon ombilical trouble et surprend par un dispositif jouant à la fois du rapprochement sonore, quasi amniotique, et de la distance suscitée entre le corps saisi dans la danse et l’anatomie atone du spectateur. Aux yeux de la chorégraphe et pédagogue, Manon Hotte, « The Low cost dance project est une manière de montrer à de jeunes danseurs comment il est encore possible de créer en partant de soi, de son intimité, dans le plus grand dénuement ou avec peu de moyens. Le dessin est de chercher un endroit inédit où la danse peu se déployer. Ainsi au fil d’une année, les interprètes ont investi des lieux publics ou privés, tels musées, bibliothèques ou appartements. Ou comment créer une grammaire chorégraphique, une démarche artistique, une dramaturgie, un rapport sensible et parfois incertain avec l’autre au sein de l’architecture d’une cité. Et aux côtés de personnes connues ou anonymes. Cette réalisation interroge l’identité même de la culture. Est-ce un divertissement ? Un besoin ou l’occasion de réfléchir à sa vie, voire à la fonction et à la place de la création artistique dans la cité ? La démarche touche ainsi un état hors scène qui atteint à une forme d’universel.  »

On peut sans doute lire dans ce geste chorégraphique participatif, un prolongement de la "edestrian Dance et des explorations d’une Trisha Brown en milieu urbain, notamment sur les toits de New York dans les années 60. S’y lit néanmoins la même nécessité chevillée au corps de présenter un art devant témoins pouvant délaisser leur possible passivité de spectateur.

Bertrand Tappolet

Rens. : www.fetedeladanse.ch