Opéra-Théâtre d’Avignon
Avignon : « Die Zauberflöte »

Un plaisir renouvelé !

Article mis en ligne le 1er juin 2011
dernière modification le 5 novembre 2013

par François JESTIN

Déjà vue à Avignon en 1998 et 2007 (voir SM 192), ainsi que sur d’autres scènes hexagonales, la production de Robert Fortune se regarde toujours avec autant de plaisir.

Le plaisir renouvelé est chose rare à l’opéra, et pourtant cette mise en scène est un tel modèle de simplicité, de bon goût, de dépouillement, qu’on y revient sans aucune mauvaise impression de déjà vu. Les images sont colorées et d’inspiration plutôt naïve, les symboles maçonniques sont présents dès le premier tableau (serpent aux trois têtes), et les voiles peints que l’on tire permettent des enchaînements rapides entre les différentes scènes. Au pupitre pour cette reprise, Laurence Equilbey imprime une direction franche et énergique. On détecte toutefois une originalité dans l’orchestration : la présence d’un pianoforte, auquel l’auditeur fidèle de la Flûte n’est vraiment pas habitué ! Cet instrument joue en effet pendant les airs, alors que les récitatifs restent parlés.

« Die Zauberflöte » avec Tamino (Frédéric Antoun) et les animaux
© ACM – Studio Delestrade

La distribution est globalement jeune, homogène vocalement, et crédible visuellement. Le ténor Frédéric Antoun (Tamino) conduit son joli timbre avec un style très élégant – dommage que l’intonation ne soit pas absolument parfaite – et le baryton Armando Noguera est un Papageno plus vrai que nature, qui fait rire aux éclats petits et grands, mais dans un allemand souvent très peu idiomatique ! La basse Burak Bilgili (Sarastro) chante sans problème sa partition, mais de manière un peu monolithique. En comparaison, les interventions de René Schirrer (der Sprecher / Erster Priester) font grosse impression, ainsi que celles de Stanislas de Barbeyrac (Zweiter Priester), jeune ténor qui semble avoir toutes les qualités d’un Tamino de valeur. Loïc Félix est toujours aussi convaincant dans le rôle de Monostatos, tandis que ce n’est pas le cas pour les trois garçons, issus du Centre de Musique Baroque de Versailles. Côté féminin, on pourrait penser qu’Amel Brahim-Djelloul possède tous les atouts pour dessiner une Pamina exceptionnelle : physique rêvé pour le rôle (d’ailleurs proche de Blanche-Neige au 1er acte, et mis à part les cheveux blonds évoqués dans le livret), beau grain de voix et musicalité appréciable. Mais les meilleurs ingrédients ne font pas toujours une mayonnaise succulente, et son interprétation reste trop peu émouvante. La soprano Isabelle Philippe (la Reine de la Nuit) rencontre de sérieuses difficultés – surtout lors de son 1er air – et ne maîtrise plus aujourd’hui avec une marge confortable les vocalises pyrotechniques de la partition ; elle n’en demeure pas moins une chanteuse remarquable, surtout dans le répertoire français. Katia Benz (Papagena) assure sa partie, tandis que les trois Dames – Kimy Mc Laren, Isabelle Druet et Clémentine Margaine – ont des timbres plutôt contrastés, qui s’assemblent en général de manière mélodieuse, malgré quelques faiblesses passagères.

François Jestin

Mozart : DIE ZAUBERFLÖTE le 21 avril 2011 à l’Opéra-Théâtre d’Avignon