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A la Monnaie de Bruxelles
Bruxelles : “Tristan und Isolde“

Un “Tristan und Isolde“ épuré signé Yannis Kokkos, pour mettre en valeur la musique de Wagner.

Article mis en ligne le décembre 2006
dernière modification le 15 juillet 2007

par Nicolas LAMBERT

D’octobre à début novembre, La Monnaie de Bruxelles a donné un “Tristan und Isolde“ épuré signé Yannis Kokkos, qui démontra davantage ses qualités de scénographe et de peintre romantique que celles de metteur en scène.

De la légende médiévale, le livret de Wagner retient principalement l’action intérieure, les personnages torturés par leurs sentiments. La mise en scène volontairement dépouillée par Yannis Kokkos pour mettre en valeur la musique vibrant sous la baguette de Kazushi Ono d’une part, d’autre part pour approcher l’abstraction des remises en question et l’atemporalité du drame, rend le tout d’autant plus regrettablement statique. Le premier acte, difficile en sa qualité de situation initiale, en pâtit le plus, les acteurs étant servis par d’ingénieux jeux d’ombres et de seconds plans qui leur évitent bien des efforts. Au début du deuxième acte, le duo amoureux couché dans la nuit, toutefois bien interprété vocalement par John Keyes et Iréne Theorin, préfigure aussi bien la mort commune du troisième acte qu‘il en évoque le paysage côtier par ses airs figés et maladroits de baleines échouées.

“Tristan und Isolde“ © Johan Jacobs - La Monnaie/De Munt 2006

Il faut donc retenir de cet opéra la beauté de ces trois tableaux mouvants, où la lumière est aussi importante que dans la thématique du compositeur ; nuit propice aux amants, ciels changeants menacés par l’arrivée du matin, lumière crue du jour et de l’hypocrisie qui révèle une réalité grise à l’image d’une façade de briques devant laquelle Franz Hawlata interprète avec profondeur le monologue du roi Marke trahi. On devine la silhouette du berger au chalumeau mélancolique derrière les nappes de brume d’une côte bretonne ciselée, terre natale de Tristan dévastée au point d’en être belle, si belle qu’on regrette l’apparition des sbires du roi en longs manteaux noirs, cliché post-moderniste.
Ce sont finalement des nuages qui se suivent sans fin, sans résolution, comme des accords wagnériens, que l’on emporte au sortir du spectacle.

Nicolas Lambert