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Cinémathèque suisse - avril 2015

Programme

Article mis en ligne le 6 avril 2015

En ce mois printanier, la Cinémathèque vous offre, soit de vous plonger dans la filmographie quasi complète de Barbet Schroeder, soit de visionner les films tirés des contes des frères Grimm.... Vous pourrez aussi, à fin avril, découvrir le film qui a gagné le Lion d’Or à Venise en 2014.

Mickey Rourke dans « Barfly »

Barbet Schroeder
Si on fait abstraction de l’absence du documentaire The Charles Bukowski Tapes (réalisé en 1987 dans la foulée de Barfly , dans lequel Mickey Rourke incarne l’alter ego du poète de la biture), ainsi que de quelques courts-métrages, le programme Barbet Schroeder est une vraie intégrale. On aura donc l’occasion de revisiter la trajectoire de ce semi Suisse qui, après des études de philosophie et un passage aux Cahiers du Cinéma, se lance dans la production en fondant, à l’âge de 21 ans, avec Eric Rohmer, les Films du Losange. L’essor de la Nouvelle Vague s’en trouva amplifié, comme le montre le titre paradigmatique de la maison, Paris vu par… (1965), un film à sketches signé par Godard, Chabrol, Rouch, Rohmer, Pollet et Douchet. En 1969, Schroeder passe à la mise en scène avec More , sans doute le premier film à aborder de face l’actualité de la drogue et des leurres qu’elle suscite : More ou comment on devient accro à l’héroïne dans le paradis hippie d’Ibiza. Afin de pouvoir distribuer le film internationalement sans encombre, Schroeder le produit au Luxembourg et devient ipso facto le créateur du premier long métrage de fiction luxembourgeois, quand bien même on y parle l’anglais (la naissance d’un cinéma parlé luxembourgeois n’eut lieu que dans les années 80, grâce à Andy Bausch).

Mimsy Farmer (d.) dans « More »

Après Ibiza, Schroeder met le cap sur la Nouvelle-Guinée orientale où il réalise un moyen métrage ( Sing-Sing , 1971) puis un long métrage de fiction, La Vallée (1972), où Bulle Ogier (future compagne du cinéaste) poursuit la quête d’un bonheur fantasmé. Changement de continent : sous prétexte de réaliser un film de propagande à la gloire du régime ougandais, le cinéaste gagne la confiance du dictateur et réalise le documentaire Général Idi Amin Dada : autoportrait (1974). L’émule du roi Ubu y est fascinant de naïveté et de mégalomanie. Avec Maîtresse (1976), Schroeder se plonge dans la France giscardienne qui vient non seulement de découvrir le cinéma porno, mais aussi les déviances sexuelles. Refusant toute titillation voyeuriste, Schroeder traite son sujet comme un documentariste et nous invite à une description détachée des pratiques sadomasochistes entre deux êtres mus par un amour absolu. Koko, le gorille qui parle (1978) montre à quel point les gorilles sont nos cousins, puisqu’on peut leur enseigner le langage des sourds-muets. Après une fiction sur la pernicieuse passion du jeu ( Tricheurs , 1984), le cinéaste entame une carrière hollywoodienne qui durera une quinzaine d’années et dont les quatre premiers titres sont bien des films d’auteur. Outre le déjà mentionné Barfly , citons Reversal of Fortune (1990, sur le procès von Bulow, un des plus médiatiques de l’histoire des États-Unis, l’auteur propose un jeu de miroirs d’un monde ambigu et figé, pris dans ses contradictions, son cynisme et son système d’apparences et de masques), Single White Female (1992, où Bridget Fonda subit la jalousie maladive et l’emprise diabolique de sa timide colocataire) et Kiss of Death (1995, un polar énergique avec Nicolas Cage dans une composition savoureuse et hallucinée de parrain paranoïaque). Les trois suivants sont un tantinet plus anonymes.

Jacques Vergès dans « L’Avocat de la terreur »

Mais La virgen de los sicarios (2000) sur les sentiments d’un écrivain vieillissant pour un ado, tueur au service des narcotrafiquants, tourné en vidéo haute définition à fleur de pavé dans Medellin, la létale, est hallucinant d’authenticité. Le contraire absolu de Inju, la bête dans l’ombre (2008), métadiscours déconcertant et hyper esthétique sur le cinéma de genre. Pour finir, ne manquez pas l’auto plaidoirie de Jacques Vergès, le défenseur des indéfendables, dans L’Avocat de la terreur (2007).

Les contes cinématographiques des frères Grimm
Parmi les 8 titres de cette rétrospective un peu maigrichonne, quatre ne sont pas si courants que ça. Cinderfella (Jerry Lewis, 1980) inverse les rôles du conte : Lewis incarne le fils gentil qui, après la mort de son père, se retrouve à la merci de sa belle-mère prétentieuse et de ses deux vauriens de demi-frères, du moins jusqu’à à la visite de la princesse Charmein du Grand-Duché de Monrovia. The Company of Wolves (Neil Jordan, 1984) évoque l’éveil à la sexualité de la jeune Rosaleen au moyen de la très suggestive symbolique des canidés, chère aux allégories.

Heath Ledger et Matt Damon dans « Les Frères Grimm » de Terry Gilliam
© DR

Dans The Pied Piper (Jacques Demy, 1972), le chanteur Donovan campe le joueur de flûte qui débarrassera Hamelin de ses rats et se heurtera à l’ingratitude des autorités avec les conséquences qu’on connaît, et dans The Brothers Grimm (Terry Gilliam, 2005), Monica Bellucci campe une sorcière envoûtante – le Reine des Miroirs - qui requiert le sacrifice de 12 vierges pendant une éclipse pour se (re)faire une beauté !

« A pigeon sat on a branch reflecting on existence » (Roy Andersson)

Roy Andersson
A Pigeon sat on a Branch Reflecting on Existence  : le titre a été inspiré au maître suédois par un tableau de Pieter Bruegel l’Ancien. Lion d’Or à Venise l’année passée, le film est dévoilé au Capitole le 28 avril : humour noir garanti ! √

Raymond Scholer