A la Comédie de Genève
Genève, La Comédie : “La Folie d’Héraclès“

Euripide, mis en scène par Bernard Meister et en collaboration avec Sylviane Dupuis.

Article mis en ligne le décembre 2006
dernière modification le 4 novembre 2007

par Claudia CERRETELLI ROCH

Accès de folie : tue sa femme et ses enfants… ce titre de manchette est une des composantes de l’histoire complexe et tragique d’Héraclès. L’histoire de ce héros poursuivi par le passé de ses ancêtres et qui finit par détruire son foyer est une figure masculine qui se trouve à la base de l’inconscient collectif universel.

Rappelons qu’Héraclès, Hercule en latin, est né de l’adultère de Zeus avec une mortelle. Cette naissance illicite, il la payera toute sa vie. En effet, comme cela est fréquent dans les tragédies grecques, les enfants payent toute leur vie pour les égarements de leurs parents. C’est une figure de souffrance, une victime de sa marâtre et de son cousin Eurysthée, qui lui impose un long martyre en pénitence.

Rappel des faits
La pièce commence au matin d’une exécution : la femme et les trois enfants du héros, son père adoptif aussi, sont sur le point d’être exécutés. Mais au dernier moment, Héraclès revient d’entre les morts – il s’y était rendu pour exécuter un des ses travaux, la récupération de Cerbère, le chien des enfers – et sauve sa famille. Il massacre également le tyran qui avait ordonné ces exécutions. Mais comme il se doit, le malheur se déguste jusqu’à la lie : Héra, sœur et épouse de Zeus, envoie quelques messagères afin de rendre fou le malheureux. Il massacre lui-même toute sa famille. Enfin, il souffre assez pour devenir un homme et pour abandonner son statut divin.

Analyse des causes
Selon le metteur en scène Bernard Meister, la figure masculine qui détruit son foyer existe dans tout le répertoire théâtral. Ce qui est intéressant, c’est d’analyser les causes de cet acte chez Héraclès. On peut expliquer cet acte par toute la violence qui l’a précédé, puisque le héros revient d’une longue période de guerre. Le metteur en scène refuse toute vision réductrice de ce héros, qui est complexe et particulier. Il s’agit d’un homme exténué par son travail et qui se rend compte qu’on lui demande encore et toujours un effort. Selon Euripide, tout part du père – n’en déplaise à Freud. Héraclès accomplit les douze travaux pour réparer la faute de son propre père. Dans cette pièce, le père est aussi la représentation l’absence : Zeus ne répond jamais, Héraclès passe de nombreuses années loin de son foyer. Reste Amphitryon, le père d’Héraclès, mais il est comique de lâcheté et d’égoïsme.
Cette pièce a nécessité la collaboration de Sylviane Dupuis, dramaturge romande et helléniste : « nous sommes partis des traductions existantes, notamment de celle de Marie Delcourt, pour proposer une traduction parfaitement fidèle, mais allégée de certaines allusions incompréhensibles pour le spectateur actuel. Nous avons écarté des références mythologiques lourdes qui n’ont plus de sens aujourd’hui, mais nous avons également privilégié le dialogue et le rythme. En effet, dans la pièce traditionnelle, le même comédien incarne trois personnages, et il nous a semblé utile, sur le plan de la mise en scène, de faire en sorte qu’il y ait un dialogue entre ces personnages de manière à équilibrer les reparties. » Ce travail de respect et de fidélité a permis la construction d’une pièce accessible et scéniquement équilibrée.
Après cette collaboration avec Bernard Meister, Sylviane Dupuis, qui est également enseignante et chargée de cours à l’Université de Genève, va créer une de ses pièces : « Le jeu d’Eve », qui a déjà été publié chez Marlyse Pietri. Cette pièce met en scène les figures féminines de l’ancien testament.

Claudia Cerretelli

Jusqu’au dimanche 10 décembre : La Folie d’Héraclès, d’après Euripide, m.e.s. Bernard Meister.
La Comédie, ma-ve-sa 20h, me-je 19h (loc. 022/ 320.50.01)