Cinémathèque suisse, Lausanne
Lausanne : Cinémathèque suisse

Programme

Article mis en ligne le 5 mai 2017
dernière modification le 21 avril 2017

par Raymond SCHOLER

Mai à la Cinémathèque

Aki Kaurismäki
Tous les longs métrages du Finlandais économe de paroles et de mouvements de caméra, mais en profonde empathie avec le genre humain, notamment les laissés-pour-compte, sont à l’affiche au mois de mai, ceci malgré la réception mi-figue mi-raisin réservée par certains de nos critiques à son dernier opus, L’Autre côté de l’espoir . Comme ils ont l’habitude de le faire à Ken Loach, ces acariâtres reprochent à Kaurismäki de faire toujours le même film. Comme si on reprochait à Picasso de faire du Picasso. Comme une toile de Picasso, un film de Kaurismäki se reconnaît immédiatement par une combinaison de caractéristiques qu’on ne retrouve nulle part ailleurs : décors dépouillés et intemporels rappelant une époque révolue, couleurs pastel, dialogues réduits au strict minimum, raideur du jeu d’acteurs confinant quelquefois au comique, mais l’humour, toujours présent, n’est jamais empreint de cynisme. Tournant à ses débuts presqu’un film par an, le (récent) sexagénaire a depuis Juha (1998) sévèrement réduit la cadence : 5 films en vingt ans. Voici donc l’occasion de faire le plein ou, du moins, de rattraper les non vus. Qui se souvient p.ex. que Kaurismäki a débuté au cinéma avec une adaptation de Crime et Châtiment (1983) de Dostoïevski ?

Jean-Pierre Léaud dans « I Hired a Contract Killer »

Ou que Jean-Pierre Léaud tient le rôle principal dans le désopilant I Hired a Contract Killer (1990), où, suicidaire inepte, il en est réduit à engager un tueur à gages pour pouvoir trépasser avec succès. Il faut le voir affronter avec effronterie un nid de truands en lançant un superbe « Where I come from, we eat people like you for breakfast ! » (trad. : Chez nous, on mange des gens comme vous pour le petit-déjeuner) Le comédien André Wilms, tant chéri de nos critiques, a joué 4 fois chez Kaurismäki : La Vie de bohème (1991), Leningrad Cowboys meet Moses (1995), Juha (1998) et Le Havre (2011). J’ai toujours trouvé qu’il y faisait fabriqué et pas à sa place, nonobstant sa tronche de loque intellectuelle. Je préférerai toujours l’imperturbable Sakari Kuosmanen, la bouleversante Kati Outinen ou le regretté Matti Pellonpää. Affaire de goût.

Kati Outinen et André Wilms dans « Le Havre »

Akira Kurosawa
L’hommage au titan japonais porte sur la moitié de l’œuvre, 16 films répartis sur toute sa carrière, dont Les Sept Samouraïs (1954) dans la version complète de 207 min. Il faut impérativement regarder les titres les plus anciens, parce qu’ils sont moins connus que les cinq derniers, venus après Dodes’ka-den (1970).

« Ran » de Akira Kurosawa

Les cinq premiers films de l’auteur, réalisés pendant la guerre, manquent à l’appel, mais le sixième, Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946) est l’un des films les plus ouvertement politiques de Kurosawa. Il parle de la résistance au régime en 1933, lorsque la fille d’un professeur d’université progressiste, démis de ses fonctions, tombe amoureuse du leader d’un groupe d’activistes et met ainsi sciemment sa vie en danger. Le rôle est incarné par l’actrice qui est en quelque sorte le symbole de l’âge d’or du cinéma nippon des années 1950, Setsuko Hara. Elle deviendra plus tard l’égérie de Mikio Naruse et de Yasujiro Ozu.

Toshiro Mifune et Takashi Shimura dans « Chien enragé » de Kurosawa

En 1948, L’Ange ivre , qui se joue dans le milieu de la pègre, constitue le début de la collaboration (14 films jusqu’en 1965 !) de Kurosawa avec son acteur fétiche Toshiro Mifune. Un an plus tard, il lui offrit un rôle merveilleux dans Chien enragé , l’histoire d’un inspecteur de police qui se fait voler son arme de service dans un bus bondé et apprend plus tard qu’elle a servi à tuer un innocent. Kurosawa commença par écrire le scénario sous la forme d’un roman, inspiré du style de Georges Simenon, pour lequel il avait une grande admiration. Les scènes de seconde équipe furent tournées par Ishiro Honda, un ami proche de Kurosawa depuis leurs débuts communs d’assistants dans les studios de la P.C.L. à la fin des années 30. Chaque jour Honda allait filmer dans les ruines du Tokyo de l’après-guerre des images qui furent intégrées dans le montage final et donnèrent à l’œuvre son cachet d’authenticité. Honda réalisa son premier film la même année et lança avec Godzilla (1954) la mode des kaiju eiga ou « films de monstres », dont il allait étoffer le cheptel au fil d’une bonne vingtaine de longs métrages jusqu’en 1975. Mais, en 1979, il rejoignit à nouveau la seconde équipe de Kurosawa sur Kagemusha et assista son ami sur tous ses derniers films.

Raymond Scholer