Un nouveau musée à Paris
Musée du Quai Branly

Présentation du nouveau musée parisien.

Article mis en ligne le décembre 2006
dernière modification le 19 octobre 2007

par Régine KOPP

Ce n’est pas tous les jours que la République française inaugure une institution muséale d’aussi grande envergure. Il aura fallu onze ans (1995-2006) et 231 millions d’euros, pour que ce chantier culturel voie le jour.

Il est vrai que son plus fervent défenseur est l’actuel président de la République, Jacques Chirac, et que, si républicains que soient les présidents de la V° République, ils n’en sont pas moins nostalgiques des fastes et symboles culturels, perpétuant ainsi cette tradition des grandes réalisations culturelles, initiées par le Roi Soleil. C’est donc bien le grand événement de 2006 que l’ouverture – en juin dernier - de ce musée du Quai Branly, dédié aux civilisations extra-européennes.
Mais il y a un homme sans la pugnacité duquel Jacques Chirac n’aurait pu réaliser son rêve : le marchand d’art Jacques Kerchache (1942-2001) - que Jacques Chirac a rencontré de manière fortuite sur une plage de l’Océan Indien - qui demandait l’entrée des arts primitifs au Louvre et qui a convaincu Jacques Chirac de créer un musée pour les collections d’art africain et océanien.
Quant au choix du nom du musée, il y a eu de la fluctuation. A la dénomination de musée des Arts premiers, on préféra ensuite musée des Arts et des Civilisations, pour finalement se mettre d’accord sur musée du Quai Branly.

Le grand maître d’œuvre, l’architecte Jean Nouvel, et ses vingt-cinq collaborateurs, associant des paysagistes (dont le très médiatique Gilles Clément qui s’est dépassé en inventivité botanique), des artistes, notamment africains et arborigènes, mais aussi des conservateurs et scénographes, signent avec cette nouvelle arche une œuvre collective, dont on n’a pas fini de parler.
Il faudrait consacrer une étude particulière à cet édifice, fait de quatre bâtiments : le bâtiment côté quai, qui loge la direction et l’équipe scientifique. Un peu en retrait se situe le bâtiment qui abrite la médiathèque et les salles de consultations des fonds ainsi qu’un atelier pour enfants. A l’arrière, longeant la rue de l’Université, c’est la boutique et la librairie avec des façades asymétriques, où le verre domine. Et au centre, suspendu comme un hamac, le corps principal du musée, sans angle droit, offrant 7000 m2 d’expositions permanentes et temporaires. Depuis la Seine, le musée échappe au regard, protégé par un grand écran de verre, derrière lequel a été planté un rideau d’arbres.
Le bâtiment-musée qui abrite le fonds permanent est juché sur pilotis, présenté sur un seul plateau, sans cloisons et divisé en aires géographiques correspondant aux continents et identifiées au sol par différentes couleurs. Une conception qui semblait aux muséographes moins réductrice que si elle avait été thématique. Pour accéder à la collection permanente, on gravit en pente douce le chemin qui mène au premier étage, passant de la lumière à la pénombre. Cheminement voulu par Jean Nouvel pour sacraliser le parcours du visiteur.

Vision esthétique
Sur les 300’000 objets en réserve, 3’500 pièces sont exposées. Si l’on est fasciné par un jeu de reflets et de perspectives et que les vitrines s’effacent devant les objets, on est par ailleurs agacé par la proximité des vitrines qui, en cas d’affluence, a de quoi perturber le visiteur désireux de prendre son temps pour en savoir plus. Rappelons au demeurant que cette collection permanente, qui est la réunion de celles du Laboratoire d’ethnologie du musée de l’Homme et celles du musée des Arts d’Afrique et d’Océanie de la Porte Dorée, a déclenché une vive polémique sur la vocation de ces objets, qui privilégieraient l’esthétique au détriment de l’ethnographique. La muséographie a cependant fait l’unanimité des scientifiques. La vision esthétique existe bel et bien et l’accrochage veut susciter l’émotion, sans que l’approche ethnographique ait à en souffrir, car elle est soutenue par une présentation didactique, avec des cartels et panneaux explicatifs sur le côté ainsi que des écrans tactiles. Des informations qui permettent de replacer les objets dans leur contexte.
« Les objets doivent être vus comme des actions de la société qui les a produits et dont le musée cherche à mettre en avant les résonances symboliques ». Les pièces cérémonielles se mêlent aux usuelles. L’Océanie semble la plus spectaculaire, l’Afrique est riche mais lacunaire. L’Insulinde (Indonésie et Philippines) montre des trésors exceptionnels, réunis grâce surtout à l’achat de la collection Indonésie de Jean-Paul Barbier qui a également vendu au musée un ensemble Nigéria. Les deux Amériques sont représentés par quelques très beaux objets, des peaux de bisons peintes de plus de deux cents ans et des pièces inuites. A l’extrémité du département Océanie, une tour de verre abrite des instruments de musique (9’500), des pièces rangées à plat et que l’on peut entendre grâce à des enregistrements diffusés.
Les collections non exposées du musée ne resteront pas inexploitées, puisqu’elles rejoindront les expositions temporaires.
Pour Bernard Dupaigne, l’ancien directeur du laboratoire d’Ethnologie du Musée de l’Homme, auteur du livre Le Scandale des Arts Premiers, la véritable histoire du Quai de Branly, le succès du musée se mesurera à l’aune de l’aspect éthique et non pas esthétique, car il ne faut pas ramener ces cultures à leur seule expression artistique.
Le musée mise sur un million de visiteurs par an. Les conditions sont en tout cas réunies, pour que le Quai Branly soit aux arts premiers, ce que le centre Pompidou a été pour l’art moderne.

Régine Kopp

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